Michelin automatise le recreusage des pneus poids lourd, mais ne le déploiera qu’à partir de 2027

Une vingtaine de machines NAZCA sont en essai en Europe, où un scanner laser ajuste la coupe et laisse moins de trois minutes au technicien.

Dossier : Industrie et innovation

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Reste à comprendre ce qu’un transporteur gagne vraiment le jour où une machine reprend un geste que des techniciens exécutent au couteau depuis un siècle.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : ce que deviennent les pneus usagés et les déchets de caoutchouc.

Le recreusage des pneus poids lourd confié à une machine

Le manufacturier a présenté le 14 septembre 2026 une machine baptisée NAZCA, conçue pour automatiser le recreusage des pneus de poids lourds, de bus et d’autocars. Le recreusage consiste à retailler les sillons d’un pneumatique dont la sculpture est presque effacée, afin d’utiliser la gomme qui reste sous le fond des rainures. L’opération est une étape classique de l’entretien des flottes depuis plus d’un siècle, et elle se pratique à la main.

L’annonce a été faite à l’occasion du salon IAA Transportation, qui s’est tenu à Hanovre du 14 au 20 septembre 2026. Dans son communiqué, Michelin décrit NAZCA comme une solution développée par ses propres bureaux d’ingénierie, compatible avec de nombreuses marques et dimensions de pneumatiques poids lourd, à une condition : que la carcasse soit assez robuste pour accompagner l’allongement de durée de vie que le recreusage permet.

La carcasse, c’est l’ossature du pneu, la structure de câbles et de nappes qui porte la charge et qui survit à la bande de roulement. C’est elle qui décide si un pneu peut vivre plusieurs fois ou s’il part au recyclage. Michelin met en avant deux raisons de mécaniser le geste : la pénibilité du travail manuel, et la difficulté à renouveler un savoir-faire que peu de techniciens maîtrisent encore.

Ce que le scanner laser change dans le geste

La machine commence par numériser le pneu. Un scanner laser haute densité relève la géométrie de la bande de roulement, puis des algorithmes ajustent la profondeur de coupe en temps réel, sur toute la largeur et sur toute la circonférence. Michelin justifie ce détour par un constat simple : deux pneus de même référence n’ont jamais exactement la même forme après des dizaines de milliers de kilomètres.

Bande de roulement d'un pneu de poids lourd dont les sillons viennent d'être retaillés, avec les copeaux de gomme encore attachés
Sur un pneu poids lourd recreusé, la gomme découpée se retire en bandes une fois la rainure retaillée. Crédit : TireWorld, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Couper trop peu revient à laisser de la gomme inutilisée. Couper trop profond expose la première nappe de la carcasse et condamne le pneu, qui ne pourra plus être rechapé. Entre les deux, la marge se compte en millimètres, et c’est précisément cette marge que l’automatisation vise à sécuriser.

Le groupe insiste sur la répétabilité plutôt que sur la vitesse pure. NAZCA travaille à partir d’un catalogue de programmes de recreusage, que Michelin appelle des recettes, établi selon les recommandations des manufacturiers et enrichi au fil du temps. Une dimension absente du catalogue peut être étudiée au cas par cas par l’équipe NAZCA, mais elle n’est pas traitée automatiquement.

Moins de trois minutes de technicien par pneu

Le chiffre mis en avant par Michelin tient en une ligne : chaque opération demande moins de trois minutes d’intervention du technicien. Le reste du cycle se déroule sans lui, ce qui lui permet de passer à une autre tâche de l’atelier, par exemple la géométrie, une réparation ou un montage.

Cette estimation n’est pas théorique. Elle vient d’essais menés en conditions opérationnelles pendant un an cumulé, dans trois agences Euromaster, dont deux appartenant au groupe Michelin et une franchisée. Plus de 400 recreusages y ont été réalisés, ce qui a servi à établir un temps moyen d’intervention en marche normale, sans aléas.

Sur la capacité de l’atelier, Michelin avance une fourchette plutôt qu’un chiffre unique : 30 % à 50 % de recreusages supplémentaires, selon les conditions d’usage et à condition que la machine soit installée et utilisée selon les instructions de l’équipe NAZCA. Autrement dit, le gain dépend autant de l’organisation de l’atelier que de la machine elle-même.

Le recreusage n’est qu’un étage d’un modèle à plusieurs vies

Le recreusage ne vaut, dans la logique de Michelin, que parce qu’il s’articule avec le rechapage, qui consiste à poser une bande de roulement neuve sur une carcasse conservée. Les ordres de grandeur annoncés par le groupe pour chacune de ces étapes se résument ainsi :

Étape Ce qu’elle apporte Ordre de grandeur annoncé par Michelin
Recreusage Utilise la gomme restante jusqu’à l’usure maximale légale Jusqu’à 25 % de rendement kilométrique en plus, jusqu’à 5 % de carburant en moins
Premier rechapage REMIX Pose une bande de roulement neuve sur la carcasse Kilométrage doublé, pour environ 60 % du prix d’un pneu neuf
Second rechapage REMIX 2 Disponible sur 90 % des gammes poids lourds du groupe 95 % des performances d’un pneu neuf, pour environ 60 % de son coût
Modèle complet dit multi-vies Enchaîne pneu neuf, recreusages et rechapages Durée de vie jusqu’à 2,5 fois celle d’un pneu à vie unique
Chaque rechapage Évite de fabriquer un pneu entier Environ 50 kg de matière première économisés par pneu

Le groupe chiffre aussi l’effet financier du dernier étage : sur un modèle à six vies, le second rechapage premium améliorerait le coût par kilomètre de 33 %. Le coût par kilomètre est l’indicateur que suivent les gestionnaires de flotte, parce qu’il rapporte la dépense de pneumatiques à la distance réellement parcourue, et non au prix d’achat affiché.

La question suivante est celle de la ressource économisée en amont de l’atelier, un raisonnement proche de celui que nous avions détaillé à propos de la chaleur perdue que l’industrie et le bâtiment laissent s’échapper. Dans les deux cas, le gain ne vient pas d’une technologie inédite, mais d’une matière déjà présente que personne ne va chercher.

Une vingtaine de machines en essai, et un déploiement à faire

Les réserves tiennent d’abord au calendrier. À ce jour, une vingtaine de machines NAZCA sont en phase pilote en Europe, et Michelin indique poursuivre le déploiement en 2027 dans différents pays, en tenant compte des cadres réglementaires applicables. Le lancement commercial est annoncé comme progressif et adapté à chaque marché : aucun volume de vente, aucun prix et aucune liste de pays ne sont communiqués.

La deuxième réserve porte sur l’origine des chiffres. Le gain de capacité, le temps d’intervention et les performances du rechapage proviennent du constructeur, à partir d’essais internes ou de références professionnelles diffusés dans son espace presse. Le gain de carburant, par exemple, correspond à un essai mené sous le contrôle de l’organisme DEKRA en 2021 sur deux ensembles routiers identiques, qui avait mesuré 5,4 %. Ces conditions d’essai ne sont pas celles d’une tournée de livraison ordinaire.

Reste enfin la dépendance à la carcasse. Un pneu mal entretenu, roulé sous-gonflé ou blessé sur un trottoir ne se recreuse pas et ne se rechape pas davantage. L’automatisation sécurise la coupe, pas l’état du pneu qui arrive à l’atelier. La mécanisation d’un geste manuel suit d’ailleurs le même mouvement que celui observé chez Nexans, qui remplace les tableaux papier de ses ateliers par des écrans de performance, et le transport routier avance en parallèle sur son énergie, comme le montre le projet de huit industriels pour rendre les camions à hydrogène compétitifs en 2030. Pour suivre le déploiement de NAZCA et savoir dans quels pays la machine arrivera vraiment, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le moyen le plus simple de retrouver nos articles.

Crédit photo © LePointDuJour

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