Dossier : Industrie et innovation › Usines et sites de production
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- Nexans digitalise le pilotage de la performance dans ses usines françaises
- Ce que les tableaux numériques remplacent dans l’atelier
- Pourquoi un câblier mise sur la donnée d’atelier
- Autun, site pilote et gros consommateur de cuivre
- Des routines mieux tenues, pas encore une usine entièrement automatisée
Reste à mesurer ce qu’un tableau de bord numérique change réellement au pied d’une ligne, là où se jouent la sécurité et la cadence.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : le passage à quatre équipes de l’usine de dalles de plafond de Knauf à Illange.
Nexans digitalise le pilotage de la performance dans ses usines françaises
Le câblier Nexans a détaillé le 16 septembre 2026 la manière dont il déploie l’industrie 4.0 dans ses sites français. Dans sa publication, le groupe décrit une transformation structurée autour de quatre briques : l’automatisation, la donnée, la maintenance prédictive et la digitalisation de la performance opérationnelle.
C’est la quatrième brique qui avance le plus vite. Nexans a retenu la plateforme Fabriq pour numériser son standard de gestion de la performance en atelier, et la déploie progressivement sur une quarantaine de sites de fabrication, en France et à l’international. Schneider Electric accompagne l’ensemble de la transformation, sur l’architecture, l’intégration et l’innovation numérique, Fabriq n’en constituant que la partie la plus proche du terrain.
L’industrie 4.0 désigne, en une phrase, l’usage systématique des données d’atelier pour piloter une production : capteurs, remontée automatique des mesures, analyse, puis décision. Le terme recouvre des réalités très différentes, de la ligne entièrement robotisée au simple remplacement d’un tableau mural.
Ce que les tableaux numériques remplacent dans l’atelier
Dans les usines françaises du groupe, Fabriq remplace les tableaux papier par des tableaux de performance numériques, consultables directement sur le terrain. Les équipes y suivent en temps réel les indicateurs clés, sécurité, qualité, livraison et coûts, structurent leurs échanges au moment des changements d’équipe, et tracent les incidents ainsi que les actions correctives engagées.

Les routines quotidiennes passent au même format : contrôles de démarrage, audits de sécurité, rangement des postes selon la méthode dite des cinq S. Nexans indique que cette standardisation simplifie le travail des opérateurs et des managers de proximité, tout en renforçant la discipline opérationnelle. Rien de spectaculaire, donc, mais un changement qui touche chaque prise de poste.
L’enjeu est moins technologique qu’organisationnel. Un tableau papier reste dans l’atelier où il a été rempli, et son contenu disparaît au nettoyage suivant. Un tableau numérique garde la trace, la rend comparable d’un site à l’autre et permet de voir qu’un même incident revient ailleurs. La question suivante est celle des gisements d’efficacité que ces données révèlent, à commencer par l’énergie : nous l’avons détaillée à propos de la chaleur perdue de l’industrie et du bâtiment.
Pourquoi un câblier mise sur la donnée d’atelier
Fabriquer un câble, c’est enchaîner des opérations continues : fondre et couler le cuivre, l’étirer en fil de plus en plus fin, assembler les brins, puis déposer une gaine isolante par extrusion. La matière avance en longueur, à vitesse élevée, et un défaut détecté tard entraîne la mise au rebut de plusieurs centaines de mètres. Dans ce type de production, la minute d’arrêt coûte cher et l’écart de réglage se paie en tonnes.
C’est aussi une industrie exposée au prix de sa matière première. Le cuivre représente l’essentiel du coût d’un câble d’énergie, ce qui laisse peu de marge sur le reste : la productivité se gagne sur le taux de rendement des lignes et sur les rebuts, pas sur l’achat du métal. Une entreprise qui monte en cadence, comme l’usine Renault de Douai repassée en trois équipes, affronte la même équation, à ceci près que la part matière y est répartie sur des milliers de pièces.
Autun, site pilote et gros consommateur de cuivre
Le site de Nexans à Autun, en Saône-et-Loire, fait partie des pionniers du déploiement en France. Les équipes y utilisent la plateforme au quotidien pour animer la performance au plus près des lignes, et les pratiques mises au point sur place sont reprises par les autres sites du groupe. Alice Le Roy, responsable amélioration continue à Autun, le présente comme l’outil d’animation des routines de management, qui permet, dit-elle, « d’avoir un plan d’action partagé, de visualiser nos problématiques et d’améliorer notre culture lean ». Les repères industriels du site, publiés par le groupe, donnent la mesure de l’enjeu :
| Repère | Valeur | Précision |
|---|---|---|
| Création du site | 1979 | Plus de quarante-cinq ans d’activité |
| Effectif | 200 personnes | Emplois à temps plein |
| Cuivre transformé | 100 tonnes par jour | Matière entrante du site |
| Câble produit | 70 000 tonnes par an | Fils H07V-U et câbles U-1000 R2V |
| Investissement annoncé | 40 millions d’euros | Sur trois ans, pour l’automatisation, la digitalisation et la tenue au feu |
Ces chiffres figurent sur la fiche que Nexans consacre à l’usine d’Autun. Les 100 tonnes de cuivre transformées chaque jour correspondent à peu près au chargement de quatre semi-remorques, et les 70 000 tonnes de câble produites par an placent le site parmi les gros volumes du groupe en France. Les deux familles de produits citées, les fils H07V-U et les câbles U-1000 R2V, sont les plus courantes dans le bâtiment résidentiel et tertiaire.
Des routines mieux tenues, pas encore une usine entièrement automatisée
Il faut lire cette annonce pour ce qu’elle est. Nexans ne décrit ni une ligne nouvelle, ni une capacité supplémentaire, mais le remplacement d’un support de pilotage. Le groupe ne communique aucun gain chiffré, ni sur les rebuts, ni sur le taux de rendement, ni sur les accidents évités. Le déploiement est présenté comme progressif, sur une quarantaine de sites, sans calendrier d’achèvement.
Les 40 millions d’euros annoncés sur trois ans pour Autun couvrent l’automatisation, la digitalisation et la sécurité incendie, sans répartition publiée entre ces trois postes. Difficile, donc, de savoir ce que pèse le numérique dans cet investissement. L’expérience d’autres sites montre d’ailleurs que l’outil ne vaut que par son usage : une montée en charge réussie, comme celle de l’usine de batteries de CATL à Debrecen, se juge sur des lignes qui tournent, pas sur des écrans installés.
Reste que la direction prise est cohérente avec le métier. Dans une production continue, l’information qui circule vite vaut souvent mieux qu’une machine de plus. Pour suivre ce que donnera ce déploiement dans les usines françaises de Nexans, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le plus simple.
Crédit photo © LePointDuJour

