Un foil de 2,5 mètres en composite thermoplastique a tenu plus de 40 noeuds sous un trimaran, sans qu’une série soit lancée

Le projet breton FOIL Infinity, doté de 1,13 million d’euros, s’est achevé après vingt et un mois sur une pièce validée en navigation.

Dossier : Industrie et innovation › Recyclage et matériaux

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Reste à comprendre ce qui bloquait jusqu’ici ces résines réversibles sur des pièces épaisses, et pourquoi la marine s’y intéresse avant les autres.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : le prêt obtenu par PWO pour produire des composants allégés dans son usine serbe.

Un composite thermoplastique validé en mer sur un trimaran Ultim

Trois acteurs bretons, Avel Robotics, MerConcept et la plateforme technologique Compositic de l’université Bretagne Sud, ont bouclé le projet FOIL Infinity, annonce la revue professionnelle Industrie Mag le 29 septembre 2026. Un plan porteur de dérive de 2,5 mètres et 40 kilogrammes en composite thermoplastique a été conçu, fabriqué, puis monté sur le trimaran SVR-Lazartigue.

La pièce a navigué à plus de 40 noeuds, soit environ 74 kilomètres à l’heure. C’est le point important : un appendice de course subit à cette vitesse des efforts de compression et des chocs que peu de matériaux encaissent sans se délaminer.

Un foil, ou plan porteur, est une aile immergée qui soulève la coque au-dessus de l’eau dès qu’une certaine vitesse est atteinte. En réduisant la surface mouillée, il supprime une grande part de la traînée, ce qui explique les vitesses atteintes par les multicoques de course. En contrepartie, la pièce travaille en permanence sous des charges variables, et un défaut interne ne pardonne pas.

Le projet avait été labellisé le 14 juin 2024, pour un budget global de 1 131 000 euros, avec Avel Robotics comme porteur, indique la fiche publiée par le Pôle Mer Bretagne Atlantique. Le Fonds européen de développement régional et le conseil régional de Bretagne en sont les financeurs.

Thermodurcissable contre thermoplastique, tout tient à la chaleur

Un composite associe des fibres, ici du carbone, et une résine qui les tient ensemble. Dans un composite thermodurcissable, le plus répandu en nautisme comme en aéronautique, la résine époxy durcit une fois pour toutes : la réaction chimique est irréversible, et la pièce finit en broyat ou en incinération. Dans un composite thermoplastique, la résine ramollit quand on la chauffe et se reforme en refroidissant.

Bande large de préimprégné carbone sombre et brillant s’enroulant sur un gros mandrin dans un atelier
Une bande de préimprégné carbone et résine s’enroulant en sortie de ligne. Crédit : Acheolg, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Cette réversibilité ouvre trois portes : souder deux pièces au lieu de les coller, réparer une zone abîmée par apport de chaleur, et refondre la matière en fin de vie. Elle a longtemps buté sur un obstacle de fabrication, car ces résines demandent des températures élevées et supportent mal les fortes épaisseurs.

Le Pôle Mer décrit précisément ce verrou : gagner en résistance à la compression et parvenir à fabriquer des pièces épaisses et de grandes dimensions. Un foil de dérive, massif en son cœur et très sollicité en flexion, constitue de ce point de vue un cas d’école.

Vingt et un mois entre l’atelier et la mer

Les données publiques du projet se résument en quelques lignes :

Élément Valeur Ce qu’elle recouvre
Pièce fabriquée 2,5 mètres, 40 kilogrammes Plan porteur de dérive, une seule unité
Validation Plus de 40 noeuds En navigation, environ 74 km/h
Durée 21 mois Engagement des partenaires fin 2024
Budget global 1 131 000 euros Labellisation du 14 juin 2024
Financeurs FEDER et région Bretagne Fonds européen et collectivité régionale

Rapporté au budget d’un programme de course au large, ce montant est modeste : il finance une démonstration, pas un outil de production. Il faut aussi le comparer aux investissements industriels ordinaires du secteur, où la mise en série d’un matériau se chiffre en dizaines de millions d’euros.

Réutiliser la pièce plutôt que la broyer

L’argument mis en avant par les partenaires n’est pas seulement le recyclage, c’est le réemploi. Adrien Marchandise, cofondateur d’Avel Robotics, résumait le problème dès le lancement du projet dans la revue professionnelle Boat Industry : « Les matériaux d’un foil peuvent durer 50 ans », alors que le profil est souvent remplacé au bout de cinq ans, parce que les règles de jauge ou les choix d’architecture ont changé.

Autrement dit, ce qui est jeté n’est pas usé, il est dépassé. Une résine reformable permet en théorie de redécouper, de ressouder ou de refondre la matière pour un autre profil. La même logique d’économie de matière guide d’autres filières, qu’il s’agisse de l’allègement des bouteilles visé par Verallia et Moët Hennessy ou, plus anciennement, de la remise en matière des pneus usagés et des déchets de caoutchouc.

MerConcept a lancé une analyse de cycle de vie pour mesurer ce gain. Pierre-Alexis Michel, responsable du pôle construction, estime que ce matériau « pourrait remplacer les composites thermodurcissables » sur les appendices, les mâts et les outillages. Le conditionnel est de lui.

La course au large joue ici son rôle habituel de laboratoire. Les séries y sont minuscules, les budgets admettent le risque, et les pièces sont poussées au-delà de ce qu’un usage commercial leur demanderait. Un matériau qui tient dans ces conditions arrive ensuite, avec plusieurs années de décalage, sur des produits ordinaires. Les partenaires citent des mâts et des outillages parmi les débouchés possibles, sans avancer de date.

Un démonstrateur, pas encore une filière

Trois limites doivent être posées. La première est la quantité : une pièce a été fabriquée et naviguée. Rien n’indique à ce stade combien d’heures elle a passées en mer, ni comment elle vieillit après plusieurs saisons de chocs et d’immersion.

La deuxième est le bilan environnemental. L’objectif affiché au lancement, rapporté par Boat Industry, était une baisse d’environ 30 % de l’empreinte carbone par rapport à un foil classique. L’analyse de cycle de vie n’est pas publiée, et ses « premières tendances » positives, selon Industrie Mag, ne valent pas résultat.

La troisième est industrielle. Passer d’un appendice de course à une production régulière suppose une matière première disponible, des moyens de chauffe adaptés et des clients prêts à changer leurs habitudes d’atelier. Les filières matériaux françaises savent combien cette marche est haute, comme le rappelle la situation de la dernière usine française de pâte à papier. Pour suivre la suite donnée à ce démonstrateur breton, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le moyen le plus simple de rester informé.

Crédit photo © LePointDuJour

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