Dossier : Industrie et innovation › Usines et sites de production
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- Avantium sort le premier lot de FDCA de son usine de Delfzijl
- Du sucre de plante à la bouteille, en une molécule
- Quinze ans entre le pilote et l’usine
- Ce que l’usine a franchi, et ce qui reste
- Des contrats signés, une trésorerie qui se resserre
- Une première mondiale qui ne prouve pas encore grand-chose
Reste à comprendre pourquoi une poudre blanche produite à petite échelle dans le nord des Pays-Bas intéresse autant les fabricants de bouteilles et de textiles.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : le financement que Carbios cherche à boucler pour son usine de recyclage du PET de Longlaville.
Avantium sort le premier lot de FDCA de son usine de Delfzijl
Le 28 septembre 2026 à 7 heures, le chimiste néerlandais Avantium a annoncé avoir produit la première fournée de FDCA de son usine de Delfzijl, dans la province de Groningue. Le sigle désigne l’acide furanedicarboxylique, une molécule obtenue à partir de sucres végétaux. L’entreprise présente ce site comme la première usine au monde à produire du FDCA à l’échelle commerciale, selon son communiqué du jour.
La fournée arrive après la mise en service de toutes les grandes unités du procédé, la dernière, l’unité de purification, ayant été bouclée le 7 septembre. Tom van Aken, directeur général d’Avantium, y voit le passage d’une phase à l’autre : cette étape, dit-il, marque le basculement des essais de mise en service vers le démarrage opérationnel et la qualification du produit.
Les premières ventes sont attendues pour la fin 2026, dans le cadre de contrats d’enlèvement déjà signés. Entre les deux, l’usine doit prouver que sa production sort aux spécifications attendues par les clients, et passer d’un fonctionnement par lots à un fonctionnement en continu.
Du sucre de plante à la bouteille, en une molécule
Le procédé s’appelle YXY. Il transforme par catalyse des sucres d’origine végétale en FDCA, lequel sert de brique de base à un plastique nommé PEF, pour polyéthylène furanoate, commercialisé sous la marque releaf. Le PEF vise le même terrain que le PET, le plastique des bouteilles d’eau et des barquettes, mais sans pétrole à l’entrée.
Un point de vocabulaire s’impose. Une brique de base, en chimie, est une molécule simple à partir de laquelle on assemble un polymère, comme une brique sert à monter un mur. Le FDCA n’est donc pas un plastique : c’est l’ingrédient qui permet d’en fabriquer un. Avantium décrit ce couple FDCA et PEF dans sa fiche technologique.
La question suivante est celle du rendement de ces procédés qui font travailler des catalyseurs ou des enzymes sur de la matière végétale, un terrain que nous avons abordé avec les biocarburants produits grâce à une nouvelle enzyme. Le principe est le même : la chimie fonctionne en laboratoire depuis longtemps, la difficulté commence quand il faut la faire tourner jour et nuit.
Quinze ans entre le pilote et l’usine
Avantium exploite une usine pilote à Geleen, plus au sud des Pays-Bas, depuis 2011. Il aura donc fallu quinze ans pour passer du démonstrateur au site industriel. La décision finale d’investissement sur Delfzijl remonte à décembre 2021, pour une capacité annoncée de 5 000 tonnes de FDCA par an et un financement bancaire de 90 millions d’euros, comme le rappelait la presse spécialisée au moment de la décision.

Cinq mille tonnes, à l’échelle de la pétrochimie, ne pèsent presque rien : une seule ligne de PET tourne couramment à plusieurs centaines de milliers de tonnes par an. L’usine ne sert pas à inonder le marché, elle sert à démontrer que le procédé tient à taille réelle, condition pour vendre ensuite des licences à des industriels qui construiront, eux, des sites de grande capacité.
Cette stratégie de licence explique la prudence du calendrier. La montée en cadence jusqu’à la capacité nominale est annoncée sur douze à vingt-quatre mois, et la pleine capacité n’est pas attendue avant le second semestre 2028.
Ce que l’usine a franchi, et ce qui reste
Les étapes communiquées par l’entreprise se lisent mieux en séquence :
| Étape | Date | Ce qu’elle change |
|---|---|---|
| Décision finale d’investissement | Décembre 2021 | Usine de 5 000 tonnes par an engagée |
| Mise en service de l’unité de purification | 7 septembre 2026 | Dernier grand bloc du procédé raccordé |
| Premier lot de FDCA | 28 septembre 2026 | Passage des essais au démarrage opérationnel |
| Premières ventes attendues | Fin 2026 | Sous contrats d’enlèvement déjà signés |
| Pleine capacité visée | Second semestre 2028 | Fin d’une montée en cadence de douze à vingt-quatre mois |
Ce séquencement n’a rien d’exceptionnel dans la chimie, où une usine neuve met ordinairement un à deux ans à atteindre son régime. Il rappelle le calendrier annoncé par d’autres primo-industriels européens, à l’image de la première usine européenne de pièces en métaux amorphes ouverte par Vulkam en Isère, dont une seule ligne tourne pour l’instant.
Des contrats signés, une trésorerie qui se resserre
Le carnet commercial est le meilleur argument de l’entreprise. Au 19 août 2026, Avantium revendiquait 22 contrats d’enlèvement portant sur la production de Delfzijl et 15 réservations de capacité représentant plus de 150 kilotonnes de FDCA et de PEF à produire dans de futures usines sous licence, pour une valeur annuelle potentielle d’environ 750 millions d’euros. Deux réservations de capacité ont encore été signées en septembre, avec Sukano le 1er et Klöckner Pentaplast le 14, et un partenariat commercial a été noué avec Sojitz Pla-Net pour le marché japonais.
Les comptes, eux, se tendent. Le chiffre d’affaires du premier semestre 2026 est tombé à 4,7 millions d’euros, contre 6,7 millions un an plus tôt, et la trésorerie à 23,9 millions d’euros au 30 juin, contre 57,5 millions fin décembre 2025. L’entreprise a annoncé préparer un prêt convertible de 20 millions d’euros et une levée d’au moins 55 millions d’euros en capital, d’après son point semestriel publié le 19 août. Un programme de reprise des soudures en titane, achevé en avril 2026, a par ailleurs entraîné environ 7 millions d’euros d’investissements supplémentaires et retardé le démarrage de l’usine.
Une première mondiale qui ne prouve pas encore grand-chose
Un lot n’est pas une production. Avantium le formule d’ailleurs sans détour : l’étape suivante consiste à qualifier le produit, c’est-à-dire à vérifier lot après lot qu’il correspond aux cahiers des charges des clients, puis à tenir le régime continu. Tant que ce palier n’est pas franchi, les 150 kilotonnes réservées restent des promesses sur des usines qui n’existent pas.
Le contexte européen n’aide pas. La chimie du continent ferme des capacités plutôt qu’elle n’en ouvre, comme l’a montré la mise sous cocon des trois usines d’acide acétique d’INEOS à Hull. Un site neuf de 5 000 tonnes fait figure d’exception dans ce paysage, ce qui lui donne de la valeur, mais aussi peu de voisins sur qui s’appuyer.
Reste la question du prix. Le PEF ne s’imposera face au PET que si son surcoût est absorbé par la réglementation sur les emballages ou par le consommateur, ce qu’aucun chiffre public ne permet aujourd’hui de trancher. Pour suivre la montée en cadence de Delfzijl et les premières ventes attendues d’ici la fin de l’année, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le moyen le plus simple de ne rien manquer.
Crédit photo © LePointDuJour

