Danone engage 50 millions d’euros sur son usine d’eau de Volvic, qui doit réutiliser 80 % de son eau de lavage d’ici deux ans

Le groupe a présenté le 28 septembre, dans le Puy-de-Dôme, un plan courant jusqu'en 2030 sur la plus grosse usine d'eau minérale du pays.

Dossier : Industrie et innovation › Usines et sites de production

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Reste à comprendre ce que recouvre vraiment cette eau réutilisée, qui ne finira jamais dans une bouteille.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : les bouteilles allégées de 30 à 50 % visées par Moët Hennessy et Verallia.

Volvic reçoit 50 millions d’euros d’investissements d’ici 2030

Le 28 septembre 2026, sur le site d’embouteillage du Puy-de-Dôme, le directeur général de Danone, Antoine de Saint-Affrique, a engagé le groupe sur 50 millions d’euros d’investissements d’ici 2030 pour les Eaux de Volvic, rapporte le reportage réalisé sur place par la radio publique régionale. L’annonce tombe l’année où le site fête les cinquante ans de l’usine du Chancet, entrée en service en 1974, soit deux ans après la date théorique.

Le site revendique 1 400 emplois directs et indirects et se présente comme la quatrième entreprise du Puy-de-Dôme. Il change aussi de direction : Emmanuel Gerardin quitte ses fonctions le 1er octobre 2026 et cède la place à Catalin Manoli, jusque-là à la tête d’un site du groupe en Espagne.

L’enveloppe ne finance pas une hausse de capacité : elle couvre la création d’une ligne de production plus performante et des chantiers d’eau et d’énergie. Elle finance des chantiers qui visent le même résultat : sortir autant de bouteilles en prenant moins à la nappe et en brûlant moins de gaz. Autrement dit, produire à volume constant avec une ressource que la sécheresse rend plus disputée chaque été.

Réutiliser l’eau de lavage, pas celle de la source

Le premier chantier porte un nom interne, Re-Use. Une usine d’embouteillage ne consomme pas seulement l’eau qu’elle met en bouteille : elle en utilise beaucoup pour rincer les lignes, laver les machines et nettoyer les sols. Cette eau de nettoyage, appelée eau de process, part aujourd’hui au traitement puis au rejet. Le projet consiste à la récupérer une fois traitée et à la renvoyer dans le circuit de lavage.

Bâtiment de captage des eaux de Volvic en pierre volcanique, deux portes vertes sous un toit ondulé, entouré d'arbres
Le bâtiment de captage des eaux de Volvic, dans le Puy-de-Dôme, en août 2008. Crédit : KBWEi, Wikimedia Commons, domaine public

L’objectif affiché est de réutiliser 80 % de l’eau de process d’ici deux ans. Rapporté au volume, cela représente plus de 200 millions de litres par an, soit ce que consomment environ quatre mille foyers français en une année. Aucune de ces gouttes ne rejoint la bouteille : l’eau réutilisée reste dans le circuit de lavage.

C’est précisément ce qui rend l’opération intéressante à suivre. Le gain ne se voit pas dans le produit fini, il se voit sur le compteur d’entrée. Une usine qui lave avec de l’eau déjà utilisée pompe moins, sans rien changer à ce que le consommateur achète.

Le gaz de la chaufferie remplacé par du bois

Le deuxième chantier est thermique. Une chaudière biomasse, financée à hauteur de 5,5 millions d’euros, doit entrer en service en 2027 et couvrir 76 % des besoins en chaleur de l’usine des boissons aromatisées, d’après le détail publié par la presse industrielle. L’Agence de la transition écologique y contribue pour 1,6 million d’euros. Une chaudière biomasse brûle du bois, plaquettes ou résidus de scierie, pour produire la vapeur qu’un brûleur au gaz fournissait jusque-là.

La question suivante est celle de la chaleur qui s’échappe malgré tout des procédés industriels, un gisement que nous avons détaillé à propos de la récupération de la chaleur perdue dans l’industrie et le bâtiment. Pour l’électricité, le site est alimenté à 100 % en énergie renouvelable depuis janvier 2020, selon Danone, notamment par de l’éolien, du solaire et du biogaz.

Une eau qui met cinq ans à traverser la roche

La contrainte vient de la géologie autant que du climat. L’eau de Volvic est de la pluie tombée sur un impluvium protégé, qui descend ensuite à travers six couches de roche volcanique pendant environ cinq ans avant d’être captée, indique la fiche que Danone consacre à la marque. Ces roches viennent d’une éruption survenue il y a quelque 13 500 ans dans la chaîne des Puys.

Concrètement, la bouteille remplie aujourd’hui correspond à une pluie tombée il y a cinq ans. Le réservoir ne se recharge donc pas au rythme des saisons commerciales, et un industriel ne peut pas compenser un été sec en pompant davantage l’année suivante. Les associations Preva, Frane et France Nature Environnement ont attaqué en 2025 devant la justice administrative les autorisations de prélèvement délivrées par la préfecture, et le secteur de Volvic est placé en alerte sécheresse depuis le 20 août 2026. Volvic a cofondé en 2006, avec quatre collectivités de l’impluvium, un comité environnemental chargé de suivre le bassin d’alimentation.

Le reste de la démarche relève de l’emballage et de la logistique, deux terrains où les industriels des boissons avancent en parallèle, comme le montre la remise en matière des pneus usagés, autre chantier d’économie de ressources dans l’industrie. Danone indique par exemple que 78 % des volumes de Volvic destinés au Royaume-Uni quittent le site par le train.

Ce que pèsent les chiffres annoncés

Les montants et les pourcentages annoncés ne portent pas sur les mêmes choses, et gagnent à être séparés :

Élément Chiffre annoncé Ce qu’il recouvre
Plan d’investissement 50 millions d’euros d’ici 2030 Eau, énergie et modernisation de l’outil
Eau de process réutilisée 80 % visés d’ici deux ans Projet Re-Use, plus de 200 millions de litres par an
Chaudière biomasse 5,5 millions d’euros 76 % des besoins en chaleur de l’usine des boissons aromatisées
Baisse des prélèvements déjà obtenue 13 % entre 2017 et 2025 Mesurée avant le nouveau plan
Emplois revendiqués 1 400 directs et indirects Quatrième entreprise du Puy-de-Dôme

Le point de comparaison le plus parlant reste la trajectoire déjà parcourue : les prélèvements du site ont baissé de 13 % entre 2017 et 2025. Le nouveau plan ne part donc pas de zéro, il prolonge une série. Et 50 millions d’euros étalés sur quatre ans, pour un groupe de la taille de Danone, relèvent de l’entretien lourd d’un actif stratégique plus que du pari industriel.

Un calendrier annoncé, des résultats à vérifier

Trois réserves méritent d’être posées. La première tient aux délais. Le taux de 80 % de réutilisation est donné pour dans deux ans, la chaudière biomasse pour 2027, et le solde de l’enveloppe court jusqu’en 2030 sans que le détail des postes soit public. Un plan à quatre ans se juge sur ses livraisons, pas sur son annonce.

La deuxième porte sur l’unité de mesure. Réutiliser 80 % de l’eau de process ne dit rien, à soi seul, du volume total prélevé dans la nappe : tout dépend de la part que le nettoyage représente dans ce volume, part que le groupe ne publie pas. Le chiffre utile, pour un riverain comme pour un hydrogéologue, reste le mètre cube annuel prélevé, pas le pourcentage recyclé en interne.

La troisième est plus générale. Un site agroalimentaire qui investit pour consommer moins ressemble beaucoup à une plateforme chimique qui investit pour sécuriser son approvisionnement, comme le reformeur installé par Arkema sur son site isérois de Jarrie : dans les deux cas, la dépense ne crée ni capacité ni emploi, elle achète le droit de continuer. Pour suivre les prochaines étapes de ce dossier, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le moyen le plus simple de ne rien manquer.

Crédit photo © LePointDuJour

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