Dossier : Industrie et innovation › Rachats et investissements
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- La nanoimpression de grande surface vise la production en volume
- Un tampon souple, une résine et un rayon ultraviolet
- Le verrou n’est pas la finesse, c’est la surface
- Pourquoi les lunettes connectées butent sur leurs optiques
- Ce que le financement couvre
- Une brique d’équipementier, pas encore un produit grand public
Reste à saisir pourquoi une technique de tampon, dans son principe proche de l’imprimerie, décide aujourd’hui du sort des lunettes dites intelligentes.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : le financement encore incomplet de l’usine Carbios de Longlaville.
La nanoimpression de grande surface vise la production en volume
La Banque européenne d’investissement accorde un prêt convertible de 20 millions d’euros à la société néerlandaise Morphotonics, pour lui permettre de changer d’échelle sur ses plateformes de nanoimpression de grande surface. L’opération est annoncée le 22 septembre 2026 dans le communiqué de la BEI.
Un prêt convertible est un crédit que le prêteur peut transformer en parts du capital plus tard, au lieu d’être remboursé en argent. La banque agit ici avec la garantie du programme InvestEU de la Commission européenne, destiné à couvrir une partie du risque pris sur les jeunes entreprises technologiques.
Ces 20 millions d’euros s’insèrent dans un tour de table plus large: une série B de plus de 40 millions d’euros au total, auquel participent également la société de développement régional néerlandaise BOM et le fonds public Invest-NL. Installée à Veldhoven, aux Pays-Bas, Morphotonics travaille avec des clients et des partenaires technologiques en Europe, aux États-Unis et en Asie.
Un tampon souple, une résine et un rayon ultraviolet
La nanoimpression consiste à recopier un relief microscopique en pressant un moule dans une résine liquide, puis en durcissant cette résine par un rayonnement ultraviolet. Le moule se retire, le motif reste. Morphotonics utilise un tampon souple, déroulé sur la surface à imprimer selon un procédé dit rouleau vers plaque, décrit sur la page technique de l’entreprise.
Les motifs en jeu se mesurent en nanomètres et en micromètres. Un nanomètre vaut un milliardième de mètre: un cheveu humain fait environ 70 000 nanomètres de diamètre. Autrement dit, la machine reproduit des structures des centaines à des milliers de fois plus fines qu’un cheveu, sur du verre, du polymère ou d’autres supports.
Le contraste avec la photolithographie classique, celle des puces électroniques, est instructif. Cette dernière projette une image à travers un jeu d’optiques, ce qui suppose des machines extrêmement coûteuses et limite la surface traitée. La nanoimpression, elle, se contente d’un contact mécanique, comme un cachet posé sur de la cire.
Le verrou n’est pas la finesse, c’est la surface
Le point décisif tient à la taille des pièces. L’industrie des semi-conducteurs travaille sur des galettes de silicium, les wafers, dont le standard dominant plafonne à 300 millimètres de diamètre. Les composants optiques dont il est question ici se fabriquent mieux sur de grands panneaux, où l’on découpe ensuite des centaines d’unités. La BEI résume l’objectif ainsi: faire passer la nanoimpression d’une production de spécialiste à une fabrication en grand volume, ce qui lève l’une des principales barrières industrielles des lunettes à intelligence artificielle.

La question suivante est celle du rendement: sur un grand panneau, un défaut local ruine la pièce concernée, pas le panneau entier, à condition que l’uniformité soit tenue d’un bord à l’autre. C’est le même genre d’obstacle, déplacé d’un secteur à l’autre, que celui rencontré par les composants électroniques de rupture, à l’image de la mémoire flash ultrarapide développée en Chine.
Pourquoi les lunettes connectées butent sur leurs optiques
Dans une paire de lunettes à réalité augmentée, l’image n’est pas projetée devant l’oeil: elle est injectée dans l’épaisseur du verre, guidée par réflexions successives, puis extraite devant la pupille. Cette pièce s’appelle un guide d’onde. Elle fonctionne grâce à des réseaux de diffraction, c’est-à-dire des rainures d’une finesse nanométrique gravées dans le verre, qui dévient la lumière selon un angle précis.
Hugo da Silva, directeur général de Morphotonics, situe l’enjeu en une phrase: l’intelligence artificielle quitte l’écran pour entrer dans le monde réel, dans des lunettes, des systèmes spatialisés et une nouvelle génération d’appareils. Sans composants optiques fabricables à l’échelle de l’électronique grand public, ces appareils resteront des objets de niche.
Du côté européen, Chantal Schrijver, responsable du bureau du groupe BEI aux Pays-Bas, justifie l’intervention par un argument de compétitivité: pour rester dans la course, l’Europe doit garder une avance sur les technologies de pointe. Un raisonnement que l’on retrouve dans d’autres briques optiques du continent, comme le capteur thermique européen qualifié pour l’automobile, ou dans les architectures de calcul, avec la voie alternative proposée par une start-up française pour l’ordinateur quantique.
Ce que le financement couvre
Les éléments annoncés se résument à quelques lignes :
| Élément | Donnée annoncée | Portée |
|---|---|---|
| Prêt de la BEI | 20 millions d’euros | Prêt convertible, adossé à InvestEU |
| Tour de table complet | Plus de 40 millions d’euros | Série B, avec BOM et Invest-NL |
| Siège de l’entreprise | Veldhoven, Pays-Bas | Clients en Europe, aux États-Unis et en Asie |
| Objet du financement | Montée en cadence des plateformes | Du développement produit à la production en volume |
| Débouchés cités | Guides d’onde, lunettes à IA, écrans, photonique | Aucun client final nommé |
Rapporté aux standards du secteur, le montant reste modeste. Une ligne de production de semi-conducteurs se chiffre en centaines de millions, voire en milliards. Morphotonics ne fabrique pas les composants optiques: elle vend les machines qui permettent de les fabriquer, un métier bien moins capitalistique.
Une brique d’équipementier, pas encore un produit grand public
Trois limites méritent d’être posées. La première est l’absence totale de noms côté clients. Le communiqué évoque des lunettes à intelligence artificielle, des écrans et des composants photoniques, sans citer un seul fabricant ni un seul contrat signé. Le financement soutient une capacité, pas un carnet de commandes rendu public.
La deuxième tient au calendrier. Aucune date de mise en service, aucune cadence, aucun objectif de volume ne figure dans l’annonce. Passer du développement produit à la production en grande série est précisément l’étape où beaucoup de jeunes industriels s’arrêtent, faute de rendement ou de trésorerie.
La troisième porte sur le marché visé. Les lunettes connectées ont déjà connu plusieurs vagues d’enthousiasme suivies d’abandons, et rien ne dit que celle-ci se transformera en volumes durables. Si elle se confirme, l’Europe disposera d’un fournisseur d’équipements au bon endroit de la chaîne. Dans le cas contraire, la technique trouvera d’autres débouchés, dans les écrans ou les capteurs. Pour suivre la suite de ce dossier au fil des annonces, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le moyen le plus simple.
Crédit photo © LePointDuJour

