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# L'État prête 2 millions d'euros à la dernière usine française de pâte à papier, cinq fois moins que ce que demandait l'Occitanie

**URL:** https://lepointdujour.fr/industrie/7794-fibre-excellence-saint-gaudens-pret/
Date: 2026-09-27
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Publié au Journal officiel du 20 septembre, l'arrêté gagne quelques semaines à Saint-Gaudens, où 270 emplois attendent une offre de reprise.
Categories: Industrie et innovation
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/06-fibre-excellence-saint-gaudens-pret-scaled.jpg
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Reste à comprendre ce que finance vraiment cette somme, et pourquoi un pays qui consomme du papier tous les jours n'en produit presque plus la matière première.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [le rachat du polonais Radpol par l'isérois Elydan](https://lepointdujour.fr/industrie/7636-elydan-radpol-tubes-reseaux-chaleur/).

## Deux millions d'euros pour la dernière usine de pâte à papier de France
Un arrêté du 18 septembre 2026, publié au Journal officiel du 20 septembre, engage l'État à verser deux millions d'euros à la SAS Fibre Excellence Saint-Gaudens, en Haute-Garonne. La somme prend la forme d'un prêt, accordé au titre du Fonds de développement économique et social et versé par Bpifrance Assurance Export au nom de l'État, selon les modalités d'un contrat conclu entre les deux parties. Le texte est signé par Roland Lescure, ministre de l'Économie, et Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l'Industrie, comme le montre [l'arrêté publié sur Légifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000054861513).

L'usine visée n'est pas une entreprise ordinaire. C'est le **dernier site français producteur de pâte à papier**, la matière fibreuse obtenue à partir du bois, qui sert ensuite à fabriquer papiers et cartons. L'entreprise est placée en redressement judiciaire depuis la fin avril 2026, et environ 270 emplois dépendent de son sort.

Le 15 septembre 2026, le tribunal de commerce de Toulouse a accordé trois mois de délai supplémentaires pour qu'une offre de reprise puisse être finalisée. Le prêt de l'État arrive dans cette fenêtre : il ne règle rien sur le fond, il paie le temps qui reste.

## Un prêt, pas une subvention, et un guichet peu connu
La nuance compte. Le Fonds de développement économique et social est un dispositif ancien, réservé aux entreprises en difficulté, qui prête de l'argent remboursable au lieu de verser une aide. Bpifrance Assurance Export, filiale chargée de gérer certaines garanties publiques, n'apporte pas ses propres fonds : elle exécute l'opération pour le compte de l'État, selon les termes fixés par le contrat de prêt.

Concrètement, la trésorerie de l'usine tient quelques semaines de plus, mais le passif augmente d'autant. Les repères publics du dossier se lisent dans l'ordre :

DateDécisionPortéeFin avril 2026Ouverture du redressement judiciaireEnviron 270 emplois concernésFin août 2026Offre de la région Occitanie91 millions d'euros, avec nationalisation temporaire demandée15 septembre 2026Décision du tribunal de commerce de ToulouseTrois mois de délai supplémentaires18 septembre 2026Arrêté accordant le prêt du FDES2 millions d'euros versés via Bpifrance Assurance Export20 septembre 2026Publication au Journal officielLe prêt devient opposable et publicL'écart avec la demande régionale est net. Fin août, la région Occitanie a déposé une offre de 91 millions d'euros assortie d'une demande de nationalisation temporaire, le temps de trouver un investisseur, et sa présidente Carole Delga a réclamé à l'État dix millions d'euros supplémentaires. L'État en a accordé deux, soit cinq fois moins.

## Pourquoi une usine de pâte coûte si cher à faire tourner
Transformer du bois en fibres suppose de cuire les copeaux dans une solution chimique à haute température, de laver, de blanchir, puis de sécher. Le procédé consomme énormément de vapeur, d'eau et de produits chimiques, et exige une chaudière de récupération qui ne s'arrête pas sans dommage. C'est une industrie de flux continu : un site de ce type perd de l'argent à l'arrêt comme en sous-régime.

![Panaches de vapeur blanche s'élevant au-dessus des bâtiments d'une usine implantée au milieu d'un bourg, par temps couvert](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/06-fibre-excellence-saint-gaudens-pret-photo2.jpg)La papeterie de Saint-Gaudens vue depuis la ville, en octobre 2011. Les panaches proviennent du séchage et de la récupération de chaleur. Crédit : cazah, Wikimedia Commons, CC BY 3.0Cette lourdeur explique la disparition progressive des unités françaises. Fabriquer du papier à partir de fibres recyclées reste possible partout, mais la pâte vierge, celle qui vient directement du bois, demande une installation de très grande taille, adossée à un massif forestier et à une énergie bon marché. Les repreneurs potentiels ne rachètent donc pas seulement un outil, ils reprennent une position dans une chaîne d'approvisionnement que la France ne maîtrise plus.

## Tarascon, l'autre site, où l'État a dû envoyer l'Ademe
Le groupe Fibre Excellence possédait un second site français, à Tarascon dans les Bouches-du-Rhône, arrêté et placé en liquidation. Le 18 septembre 2026, le ministère chargé de la Transition écologique a annoncé une décision rare : confier à l'Ademe, l'agence de la transition écologique, la mise en sécurité du site, par un arrêté préfectoral de travaux d'office signé par le préfet des Bouches-du-Rhône.

Le motif est décrit sans ménagement. Des volumes importants de bois et de produits chimiques restent stockés à proximité immédiate du Rhône, sur un site classé Seveso. Une visite conjointe de l'inspection des installations classées et de l'Ademe, le 15 septembre 2026, a confirmé la présence de déchets dangereux liquides et solides. Les mises en demeure puis les réquisitions adressées aux liquidateurs, portant notamment sur la remise en service de la station d'épuration et du réseau incendie, n'avaient pas été exécutées. Le ministre Mathieu Lefèvre juge que **la situation n'a que trop duré** et rappelle dans [le communiqué de son ministère](https://www.ecologie.gouv.fr/presse/fibre-excellence-tarascon-devant-lincurie-mises-danger-reiterees-lenvironnement-du-fait-du) que la priorité est la protection des personnes et de la nature. La facture, précise l'État, sera adressée aux liquidateurs.

La question suivante est celle de la valeur des matières qui restent sur ces sites, un sujet que l'industrie apprend à traiter, qu'il s'agisse de transformer des déchets en carburant, comme dans notre article sur [les épluchures converties en carburant d'aviation](https://lepointdujour.fr/actualite/6392-carburant-pour-avions-vos-epluchures-deviennent-un-carburant-durable-qui-reduit-les-emissions/), ou de remplacer une ressource devenue rare, à l'image des [solutions cherchées face à la pénurie mondiale de sable de construction](https://lepointdujour.fr/actualite/1668-cette-solution-chinoise-revolutionnaire-face-a-la-crise-mondiale-du-sable-de-construction-07052025/).

## Trois mois de sursis, et rien de réglé
Quatre incertitudes demeurent. La première est le repreneur : aucune offre n'est retenue à ce stade, et le délai accordé par le tribunal court jusqu'à la mi-décembre 2026. La deuxième est la nationalisation temporaire demandée par la région, une solution que l'État n'a pas validée et dont le montant, 91 millions d'euros, dépasse de très loin les deux millions consentis. La troisième est l'écart de méthode entre les deux sites du groupe, aidé à Saint-Gaudens, mis sous surveillance environnementale à Tarascon. La quatrième est industrielle : même reprise, l'usine devra retrouver des clients et un modèle économique dans un marché européen de la pâte dominé par la Scandinavie et la péninsule ibérique.

L'enjeu dépasse un bassin d'emploi. Une usine de pâte est un point de passage obligé entre la forêt et l'industrie du papier et du carton, à un moment où les emballages en fibres remplacent le plastique dans de nombreux rayons. Sa disparition placerait la filière française du papier en dépendance complète des importations pour sa matière première. Le sujet rejoint celui, plus large, de l'empreinte industrielle du pays, que documentent par exemple [les 36 000 emplois revendiqués par Alstom sur ses quatorze sites français](https://lepointdujour.fr/industrie/7542-alstom-france-emplois-rapport-impact/). Pour suivre l'issue du dossier et le nom d'un éventuel repreneur, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le plus simple.

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