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# ClearSpace obtient de l'ESA le contrat d'un vaisseau de service en orbite à 36 000 kilomètres, mais aucune date de lancement n'est fixée
**URL:** https://lepointdujour.fr/industrie/7731-clearspace-phoenix-satellites-geostationnaires/
Date: 2026-09-25
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Signé le 22 septembre 2026, le contrat porte sur la maturation du vaisseau Phoenix, soutenu par le Luxembourg, les Pays-Bas et le Portugal.
Categories: Industrie et innovation
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/03-clearspace-phoenix-satellites-geostationnaires-scaled.jpg
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Reste à comprendre comment un satellite en parfait état de marche peut être mis hors jeu par une simple panne sèche, et ce qu'un vaisseau capable d'aller s'y accrocher changerait pour son propriétaire.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [la commande du satellite géostationnaire NigComSat-2A à Thales Alenia Space](https://lepointdujour.fr/industrie/7543-nigcomsat-thales-alenia-cannes/).
## Un contrat de service en orbite signé le 22 septembre entre l'ESA et ClearSpace
L'Agence spatiale européenne a signé le 22 septembre 2026 un contrat avec la société ClearSpace pour faire avancer la conception d'un vaisseau destiné à prolonger la vie des satellites placés en orbite géostationnaire. L'annonce a été publiée le lendemain. Ce contrat ouvre la phase suivante du Phoenix Partnership Project, dont l'objectif affiché est de poser les bases d'une offre européenne de **service en orbite** répétable et commercialisable, et non d'une opération unique. Le projet réunit un consortium européen conduit par ClearSpace, indique [le communiqué publié par l'ESA](https://www.esa.int/Applications/Connectivity_and_Secure_Communications/ESA_supports_development_of_European_spacecraft_for_servicing_geostationary_satellites).
L'orbite géostationnaire, souvent abrégée en GEO, est cet anneau situé à **36 000 kilomètres** au-dessus de l'équateur où un satellite tourne exactement au rythme de la rotation terrestre. Vu du sol, il paraît immobile, ce qui permet de pointer une antenne une fois pour toutes. L'agence rappelle qu'un engin y file à environ **11 000 kilomètres par heure**, soit plus de dix fois la vitesse de croisière d'un avion de ligne. S'amarrer à un tel objet suppose de l'approcher, de l'accrocher et de manoeuvrer autour de lui, à cette distance et à cette allure.
Phoenix est soutenu par plusieurs États membres de l'ESA, dont le Luxembourg, les Pays-Bas et le Portugal. Il est piloté par le Space Resilience Office de la direction Résilience, Navigation et Connectivité, et cofinancé par la ligne Compétitivité industrielle du programme ARTES, consacré aux télécommunications spatiales, complétée par des apports industriels de ClearSpace et d'autres entreprises européennes. Laurent Jaffart, directeur de la Résilience, de la Navigation et de la Connectivité à l'ESA, présente l'étape comme un travail de maturation de technologies censé renforcer la position européenne sur un marché encore naissant.
## Pourquoi un satellite meurt alors que sa charge utile fonctionne encore
Les satellites géostationnaires sont des infrastructures critiques : télécommunications, diffusion de programmes, surveillance météorologique. Leur durée de vie ne dépend pourtant pas seulement de leur électronique, mais des ergols embarqués, c'est-à-dire des carburants qui alimentent les petits moteurs de bord.
Le vaisseau de service en orbite OSAM-1 de la NASA, dont les protections sont retirées en salle blanche au centre Goddard, à Greenbelt, dans le Maryland, le 25 septembre 2023. Crédit : NASA/Mike Guinto, domaine publicCes ergols servent à deux choses. Le maintien à poste, d'abord : les petites manoeuvres régulières qui ramènent le satellite à la position orbitale qui lui a été attribuée, car il dérive en permanence. Le contrôle d'attitude, ensuite : l'orientation de l'engin, pour que ses antennes et ses instruments regardent au bon endroit. Quand les réservoirs se vident, le satellite ne peut plus assurer ni l'un ni l'autre, alors que sa charge utile, elle, peut encore fonctionner parfaitement.
Autrement dit, l'objet est retiré du service par une réserve de carburant, pas par une avarie. C'est précisément la brèche que vise le service en orbite. Un vaisseau serviteur rejoint le satellite, s'y amarre, puis prend en charge à sa place le maintien à poste et les corrections d'orientation. Or remplacer un satellite oblige à en construire un autre et à le lancer : si l'existant continue de fonctionner, ce remplacement peut être repoussé.
## Un système d'amarrage pensé pour des satellites qui ne l'attendaient pas
Le mécanisme développé dans Phoenix vise des satellites déjà en orbite, y compris ceux qui n'ont jamais été conçus pour être servis. L'ESA compare l'opération à ce que font les vaisseaux qui rejoignent la Station spatiale internationale, avec une différence de taille : là-haut, les deux engins ont été dessinés l'un pour l'autre, ici non. Le parti pris consiste donc à adapter le vaisseau serviteur au satellite client, plutôt qu'à exiger des satellites existants qu'ils soient redessinés autour d'une nouvelle norme d'accostage. Le projet s'appuie sur la technologie d'amarrage déjà mise au point par ClearSpace.
Une fois l'accostage maîtrisé, le même mécanisme ouvre d'autres usages. L'agence cite le déplacement d'un satellite vers une autre position, la correction de son inclinaison, son inspection à distance rapprochée et l'accompagnement de sa fin de vie. Le ravitaillement en ergols et d'autres formes de maintenance pourraient venir plus tard, sans calendrier annoncé. La question suivante est celle du modèle économique : qui paie pour trois ans de sursis, l'opérateur ou l'assureur, et à quel prix par rapport à un satellite neuf. Les opérateurs européens connaissent bien ce genre d'arbitrage, comme le montre [la contre-offensive d'Eutelsat face à Starlink pour la connexion à bord des avions](https://lepointdujour.fr/actualite/1315-eutelsat-propose-une-alternative-francaise-a-starlink-dans-les-avions-07042025/).
## Aux Pays-Bas, l'ESA fait répéter l'approche et l'accostage
Phoenix n'est pas le seul chantier européen sur le sujet. Le 24 septembre 2026, l'agence a rendu compte d'une campagne d'essais menée pendant l'été à l'ESTEC, son centre technique de Noordwijk, aux Pays-Bas, dans le cadre d'un programme distinct baptisé In-Space Proof of Concept, ou InSPoC. Deux séries d'essais ont été conduites, décrites dans [le compte rendu publié par l'ESA](https://www.esa.int/Enabling_Support/Space_Engineering_Technology/New_tests_for_rendezvous_and_docking_interoperability).
La première portait sur le rendez-vous. Des bras robotisés installés sur des rails de **33 mètres**, l'installation GRALS, ont rejoué l'approche d'un engin vers un autre, de quelques centaines de mètres jusqu'à quelques centimètres, le système de navigation reconnaissant par caméra une série de marqueurs noir et blanc. La seconde portait sur l'accostage proprement dit, dans le laboratoire de robotique orbitale, où des plateformes flottantes reproduisent l'absence de pesanteur. Partant de 4 centimètres d'écart, le mécanisme du vaisseau serviteur s'est verrouillé sur l'interface de capture passive du satellite client, avant de raccorder les ports de ravitaillement puis les connexions d'énergie et de données.
Ces essais ont été menés avec The Exploration Company, Sener, GMV, Almatech, Thales Alenia Space et CDS, et visent des interfaces interopérables, c'est-à-dire compatibles entre industriels différents, pour de futurs relais logistiques en orbite capables de ravitailler, réparer ou réaffecter un satellite. Lorenzo Pasqualetto-Cassinis, ingénieur guidage, navigation et contrôle à l'ESA, rappelle qu'un rendez-vous spatial consiste d'abord, pour le vaisseau serviteur, à aligner son orbite sur celle de son client. Le contrat du 22 septembre couvre plusieurs opérations, à des degrés de maturité très différents :
Opération envisagéeCe qu'elle exige du vaisseauStatut dans l'annonce de l'ESAMaintien à posteS'amarrer puis fournir la poussée à la place du satelliteCoeur du concept PhoenixContrôle d'attitudeOrienter l'ensemble une fois les deux engins solidairesCoeur du concept PhoenixChangement de position orbitaleDéplacer le satellite vers un autre créneauUsage cité comme possibleCorrection d'inclinaisonManoeuvre plus coûteuse en énergieUsage cité comme possibleInspection et fin de vieApproche rapprochée, puis évacuation de l'orbiteUsage cité comme possibleRavitaillement en ergolsTransfert de fluides entre deux enginsDéveloppement éventuel, plus tard
## Un contrat de maturation, pas encore une mission
La prudence s'impose sur trois points. L'ESA ne publie ni le montant du contrat ni une date de lancement. Le texte signé porte sur le développement de briques technologiques prises séparément, puis sur la démonstration qu'elles fonctionnent ensemble dans des conditions représentatives de leur emploi réel : c'est une étape de maturation, pas une commande de vaisseau. Enfin, Phoenix reste au stade de la consolidation, une phase soutenue par l'Agence spatiale luxembourgeoise à travers le programme LuxIMPULSE, selon [la fiche de mission publiée par ClearSpace](https://clearspace.today/missions/phoenix).
Ce qui est acquis tient en peu de mots. Un maître d'oeuvre est désigné, trois États membres financent, une technologie d'amarrage existe déjà chez l'industriel, et les essais de l'ESTEC montrent que l'approche et le verrouillage se répètent aujourd'hui en laboratoire. Ce qui manque tient en une phrase : aucun satellite client nommé, aucun lanceur réservé, aucun prix de service annoncé. L'Europe spatiale a l'habitude de ces calendriers longs, comme le rappelle [la commande de 229 satellites OneWeb dont seule la phase initiale est signée](https://lepointdujour.fr/industrie/7398-oneweb-airbus-toulouse-eutelsat/).
Pour suivre les prochains jalons de ce dossier, du choix d'un premier satellite client au montant du programme, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le geste le plus simple.
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