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# Carbios vise 60 % de préventes pour son usine de Longlaville, mais les 230 millions d'euros de financement ne sont pas encore réunis

**URL:** https://lepointdujour.fr/industrie/7697-carbios-longlaville-financement-pet/
Date: 2026-09-25
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Le biorecycleur de Clermont-Ferrand a publié le 24 septembre 2026 une trésorerie de 48 millions d'euros et des dépenses en baisse de 19 %.
Categories: Industrie et innovation
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/03-carbios-longlaville-financement-pet-scaled.jpg
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Reste à comprendre pourquoi une technologie déjà passée par cent lots de production n'a toujours pas d'usine en service en France.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [le rachat du polonais Radpol par l'isérois Elydan dans les tubes en polymère](https://lepointdujour.fr/industrie/7636-elydan-radpol-tubes-reseaux-chaleur/).

## Le biorecyclage du PET progresse, mais l'usine de Longlaville reste en attente
Carbios, société de Clermont-Ferrand cotée sur Euronext Growth, a publié ses comptes du premier semestre le 24 septembre 2026, arrêtés par son conseil d'administration la veille. Les dépenses d'exploitation ont reculé de 3,4 millions d'euros, soit **19 % de moins qu'au premier semestre 2025**. Le résultat opérationnel s'établit à moins 11,8 millions d'euros, contre moins 15,6 millions un an plus tôt, et la perte nette se réduit à 9,4 millions d'euros contre 11,9 millions. Surtout, la consommation de trésorerie de la maison mère est tombée à 4,2 millions d'euros sur six mois, contre 33,4 millions sur la même période de 2025, selon [le communiqué de résultats publié par Carbios](https://www.carbios.com/fr/carbios-presente-ses-resultats-semestriels-2026/).

Le biorecyclage désigne un recyclage par voie biologique. Des enzymes, ces protéines qui accélèrent une réaction chimique, découpent dans l'eau les longues chaînes du polyéthylène téréphtalate, le plastique des bouteilles et des fibres de polyester, qui redevient alors deux briques élémentaires, l'acide téréphtalique et le monoéthylène glycol. Autrement dit, la matière ne se dégrade pas à chaque tour, contrairement au recyclage mécanique qui fond et refond le plastique en perdant un peu de qualité chaque fois.

« Les résultats du premier semestre 2026 reflètent les effets de la discipline financière mise en œuvre depuis plus d'un an », résume Benoît Grenot, directeur général depuis le 1er juin 2026, en remplacement de Vincent Kamel. Sa feuille de route tient en trois points : finaliser le financement de Longlaville, dérouler le partenariat chinois et accélérer la vente de licences.

## Deux cent trente millions d'euros et un tour de table qui s'étire
Le projet est porté par Carbios 54, une société créée pour exploiter l'usine, à Longlaville en Meurthe-et-Moselle. En mars 2026, l'entreprise chiffrait le coût de construction à **230 millions d'euros** et confirmait 42,5 millions d'euros d'aides publiques conventionnées, le reste devant venir de prêts bancaires garantis par Bpifrance Assurance export et son homologue danois EIFO, et de fonds propres apportés par des partenaires français. Dans ce montage détaillé le [30 mars 2026](https://www.carbios.com/fr/grace-a-des-avancees-significatives-dans-le-financement-de-son-projet-industriel-en-france-carbios-confirme-son-objectif-de-construction-de-lusine-de-longlaville/), Carbios resterait minoritaire et ne consoliderait ni la dette ni les résultats de l'usine.

Depuis, plusieurs verrous ont sauté. Des audits indépendants sur les volets technique, économique, environnemental et juridique ont conclu à la viabilité du projet et à la pertinence de son implantation en France. Les comités de crédit d'une majorité des prêteurs ont donné leur accord, et un contrat commercial en cours de finalisation avec un acteur majeur des boissons doit porter les préventes à **60 % de la capacité nominale**. En mars, l'entreprise visait encore 70 % dans les mois suivants : le chiffre annoncé est donc à la fois une avancée et un objectif revu.

Les caractéristiques publiées pour ce site tiennent en six repères :

ÉlémentValeur annoncéeCe que cela signifieCapacité de traitement50 000 tonnes de déchets PET préparés par anDes flux que le broyage laisse de côtéEmprise au sol13,7 hectaresUne vingtaine de terrains de footballCœur du procédé4 réacteurs de 300 m³Une dépolymérisation en continu, dans l'eauEmplois annoncés150 directs et indirectsUn site de taille moyenne pour le Grand EstCoût de construction230 millions d'eurosPorté par Carbios 54, non par CarbiosAides publiques42,5 millions d'euros conventionnésMoins d'un cinquième du coût total
## Ce que l'enzyme sait faire et que le broyeur ignore
L'intérêt industriel du procédé tient à la nature des déchets acceptés. Carbios présente son usine comme capable de traiter des flux complexes et difficiles à recycler pour en tirer des monomères de qualité équivalente au plastique vierge, destinés à l'emballage comme au textile. Selon [la fiche du site de Longlaville](https://www.carbios.com/fr/biorecyclage-du-pet/usine-de-longlaville-france/), l'analyse de cycle de vie conduite en mars 2025 pour un scénario français aboutit à 92 % d'émissions de CO2 en moins qu'un PET vierge produit en Europe, et l'indicateur de circularité de la fondation Ellen MacArthur situe le procédé à cinq fois le niveau du recyclage traditionnel.

Ces chiffres méritent une lecture prudente. Une analyse de cycle de vie compare des scénarios, pas des usines en marche : celle citée ici suppose que 75 % des déchets PET concernés échappent à leur fin de vie habituelle. La question suivante est celle du débouché des matières une fois séparées, un problème que d'autres filières ont déjà appris à résoudre, comme le montre [le recyclage des pneus usagés et des déchets de caoutchouc en matériaux utiles](https://lepointdujour.fr/actualite/1464-recyclage-des-pneus-usages-et-des-dechets-de-caoutchouc-en-materiaux-utiles-24042025/). La logique est la même que pour le marc de café, dont un laboratoire a montré qu'il pouvait [renforcer le béton et réduire l'usage de sable](https://lepointdujour.fr/actualite/6377-marc-de-cafe-recycle-renforce-le-beton-de-30-et-reduit-lusage-de-sable/) : donner une deuxième vie industrielle à un flux considéré comme un déchet.

## Le textile, un marché deux fois plus vaste que la bouteille
Le 21 juillet 2026, Carbios a annoncé avoir franchi le cap des 100 lots produits dans son démonstrateur de Clermont-Ferrand et étendu son offre de licences au textile. Un lot, ou batch, correspond à un cycle complet de production dans les cuves du démonstrateur : accumuler des lots sert à vérifier que le procédé donne le même résultat à chaque fois. L'entreprise annonce **plus de 95 % de conversion en vingt-quatre heures** sur des flux de déchets textiles complexes issus de la collecte, d'après [son communiqué du 21 juillet](https://www.carbios.com/fr/carbios-franchit-le-cap-des-100-batchs-produits-au-sein-de-son-demonstrateur-industriel-et-etend-son-offre-de-licences-au-marche-textile/).

![Main tenant une poignée de paillettes de plastique vertes, bleues et translucides au-dessus d'un tas, dans un atelier](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/03-carbios-longlaville-financement-pet-photo2.jpg)Des paillettes de PET obtenues après broyage et lavage de bouteilles usagées, en juin 2023. Crédit : TOP PLASTIC, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0L'enjeu commercial est considérable. Carbios chiffre à environ 67 millions de tonnes par an la consommation mondiale de polyester dans le textile, vêtements, fibres techniques, tapis et couettes comprises, en citant des travaux de Wood Mackenzie et de McKinsey publiés en 2025, soit près du double du marché de l'emballage en PET. Concrètement, un vêtement en polyester usé finit presque toujours incinéré ou enfoui, faute de filière capable de le ramener à l'état de matière première.

## La Chine avance pendant que la Meurthe-et-Moselle patiente
Le partenariat signé le 2 décembre 2025 avec Wankai New Materials est entré en application début 2026. Les deux groupes ont constitué une coentreprise, Kaibio Biotechnology, chargée de construire une unité industrielle sous licence, et des tests d'homologation ont confirmé que les déchets disponibles sur place conviennent au procédé français. Le modèle est donc double : une usine en France, détenue minoritairement, et des licences ailleurs.

Le cadre réglementaire pousse dans le même sens. En France, l'arrêté du 5 septembre 2025 sur l'incorporation de matières plastiques recyclées instaure une prime pouvant atteindre 1 000 euros par tonne pour les plastiques recyclés issus de flux difficiles à traiter. Au niveau européen, une décision d'exécution adoptée le 6 février 2026 reconnaît le recyclage chimique et limite la prise en compte du PET recyclé importé hors Union européenne jusqu'au 21 novembre 2027. Ces deux textes valorisent précisément le type de matière que Longlaville doit produire. D'autres filières industrielles ont bâti leur modèle sur le même ressort, à commencer par ceux qui savent [extraire l'or des appareils électroniques jetés](https://lepointdujour.fr/actualite/4181-ces-appareils-que-tout-le-monde-jettent-dans-la-poubelle-contiennent-de-l-or-22-carats-03082025/).

## Une technologie mûre, une usine toujours sur le papier
Le calendrier reste le point faible du dossier. Le 3 août 2026, Carbios reconnaissait que l'objectif d'un bouclage financier avant le 30 septembre 2026 ne serait pas tenu, ce qui décalait d'autant l'horizon de démarrage de la production, jusque-là annoncé pour le premier semestre 2028. Le communiqué du 24 septembre ne donne aucune nouvelle date : les vérifications des agences de crédit à l'export et des apporteurs de fonds propres se poursuivent, dans un processus « nécessairement long » selon l'entreprise.

Reste ce qui est acquis : cent lots produits, un procédé qui traite l'emballage comme le textile, et 48 millions d'euros de trésorerie qui couvrent les dépenses d'exploitation au-delà de douze mois. Ce qui manque tient en une phrase : aucune signature définitive de financement, donc aucun chantier relancé et aucune tonne de PET biorecyclée à l'échelle commerciale.

Pour suivre les prochains jalons de ce dossier, du bouclage financier à la reprise du chantier, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le moyen le plus simple.

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