L’isérois Elydan rachète le polonais Radpol et ses 200 salariés pour viser 300 millions d’euros de ventes en 2030

Le groupe Elydan, fabricant de tubes en polymères installé à Tullins, en Isère, a annoncé le 17 septembre le rachat du polonais Radpol Pipes.

Dossier : Industrie et innovation › Rachats et investissements

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Pour saisir la portée de l’opération, il faut regarder sous nos rues, là où circule l’eau chaude des réseaux de chaleur, un marché que ce rachat vise directement.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : les 3 000 tonnes de tubes Vallourec destinés au stockage de CO2 en Grèce.

Elydan s’offre Radpol Pipes pour grandir dans les réseaux de chaleur

Le groupe industriel Elydan, basé à Tullins, en Isère, a annoncé le 17 septembre 2026 l’acquisition de Radpol Pipes, un fabricant polonais de tubes pré-isolés en acier et de canalisations en polyéthylène. Selon le communiqué diffusé par Bpifrance, l’opération est financée avec le soutien des investisseurs historiques d’Elydan : Bpifrance, Crédit Mutuel Equity, Siparex Territoires et IXO Private Equity, qui réinvestissent dans le groupe. Le prix n’a pas été rendu public.

La cible est installée à Lublin, dans l’est de la Pologne. Elle conçoit des systèmes complets de canalisations pour les réseaux de chaleur et de froid, l’industrie, l’eau, l’assainissement et le gaz. Elle revendique plus de trente ans d’expérience, plus de 200 collaborateurs, plus de 1 000 clients et une présence sur plus de 30 marchés.

Pour Elydan, l’enjeu est clair : couvrir toute la chaîne de distribution de la chaleur. Le président du groupe, Marc-Antoine Blin, résume l’opération ainsi : « nous renforçons notre expertise industrielle et complétons notre offre pour les réseaux de chaleur et de froid ».

Un tube pré-isolé, comment ça marche

Un réseau de chaleur est un ensemble de canalisations enterrées qui transportent de l’eau chaude depuis une chaufferie, une usine d’incinération ou un site industriel jusqu’aux bâtiments raccordés. Sur des kilomètres, la moindre perte de température coûte cher. D’où l’intérêt des tubes pré-isolés.

Tranchée de chantier le long d’une route à plusieurs voies, avec de gros tubes noirs aux embouts bleus posés sur des palettes, une pelleteuse jaune et deux ouvriers au travail
Pose de canalisations du réseau de chaleur de la métropole de Lille à Marcq-en-Barœul, en juin 2020. Crédit : Thomas Housieaux, Wikimedia Commons, CC BY 4.0

Concrètement, il s’agit d’un tube de service, en acier ou en plastique, déjà entouré en usine d’une épaisse couche d’isolant, puis d’une gaine extérieure qui le protège de l’humidité du sol. Le tube arrive sur le chantier prêt à poser, ce qui limite les opérations de terrain. C’est exactement le savoir-faire de Radpol, qui propose aussi des tubes pré-isolés à gaine recyclée, selon le site de l’industriel polonais.

Elydan, de son côté, s’est construit sur les tubes en polymères, ces matières plastiques techniques dont fait partie le polyéthylène. Le rachat marie donc deux familles de produits : les conduites en acier pré-isolées du polonais et les solutions plastiques de l’isérois.

De Tullins à Lublin, une croissance par étapes

Elydan n’en est pas à son coup d’essai. Créé en 1962 à Tullins, le groupe conçoit et fabrique des tubes, canalisations et gaines pour l’eau, le gaz, le chauffage, la protection électrique ou la géothermie. Il est présidé depuis 2005 par Marc-Antoine Blin.

Sa trajectoire s’est accélérée par les rachats : Polypipe France en 2018, l’allemand Multitubo en 2022, puis en 2025 le suédois Heat-Up, le finlandais Flextra et le français Geoconnect Energies. Avant l’arrivée de Radpol, le groupe comptait 6 sites de production et un centre de recyclage, qui collecte les tubes usagés en polyéthylène et polypropylène pour les nettoyer et les réutiliser. L’entreprise met aussi en avant le lancement en 2026 d’une canalisation d’eau potable présentée comme 100 % biosourcée et décarbonée, certifiée ISCC+, un label qui trace l’origine renouvelable ou recyclée des matières.

Le recyclage des plastiques et caoutchoucs usagés reste d’ailleurs un sujet industriel à part entière, comme le montrent les procédés qui transforment les pneus usagés en matériaux utiles.

Ce que le rachat change, en chiffres

Le communiqué permet de mesurer le changement de taille du groupe. Les principaux indicateurs se comparent ainsi :

Indicateur Elydan seul Elydan avec Radpol Pipes
Chiffre d’affaires 2025 Près de 170 M€ 250 M€
Effectifs Près de 500 personnes Près de 700 personnes
Sites industriels 6 usines et 1 centre de recyclage 8 sites de production et de recyclage en France, Belgique et Pologne
Objectif à 2030 Non communiqué 300 M€ de chiffre d’affaires

Le groupe vise donc 300 millions d’euros de ventes à l’horizon 2030, soit une hausse de 20 % par rapport au chiffre d’affaires combiné de 2025. La direction attend une croissance organique, c’est-à-dire tirée par l’activité existante plutôt que par de nouveaux rachats, portée par ses marchés, l’intégration de Radpol et les synergies entre les deux entreprises.

Des réseaux de chaleur qui s’allongent chaque année

Le pari repose sur un marché en expansion. En France, l’enquête annuelle de la FEDENE, la fédération des services énergie environnement, recense 1 041 réseaux de chaleur totalisant 7 944 km en 2024, contre 7 515 km un an plus tôt. Les réseaux ont gagné 430 km en un an, soit la distance entre Paris et Lyon.

La même enquête indique que le taux d’énergies renouvelables et de récupération des réseaux a atteint 67 % en 2024. Un térawattheure, ou TWh, vaut un milliard de kilowattheures. Le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie vise 52,7 TWh livrés par les réseaux en 2030, dont 75 % d’origine renouvelable ou de récupération. Chaque kilomètre supplémentaire suppose des tubes, et donc des industriels capables de les fournir.

Encore faut-il des sources de chaleur à distribuer. Une question revient alors : comment récupérer l’énergie que rejettent déjà les usines et les bâtiments ? Notre dossier sur la chaleur perdue dans l’industrie et le bâtiment détaille les pistes existantes.

Une ambition qui reste à concrétiser

Ce qui est acquis tient au rachat lui-même et aux chiffres de 2025. Le reste relève de l’objectif. Les 300 millions d’euros de 2030 dépendent de la réussite de l’intégration d’une entreprise installée à l’autre bout de l’Europe, de synergies qui ne sont pas chiffrées, et du rythme réel de construction des réseaux en Europe.

Les objectifs publics, eux, ne sont pas des commandes : ils fixent un cap, mais leur réalisation dépend des collectivités, des financements et des chantiers effectivement lancés. Le communiqué ne détaille ni le montant de la transaction ni d’éventuels investissements prévus dans l’usine de Lublin.

Pour suivre l’intégration de Radpol Pipes et l’évolution des réseaux de chaleur en France, le plus simple est d’ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google.

Crédit photo © LePointDuJour

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