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# Les tracteurs sans chauffeur d’EasyMile ont bouclé 50 000 missions dans les aéroports, et changent de propriétaire
**URL:** https://lepointdujour.fr/industrie/7605-easymile-alvest-tld-robotics/
Date: 2026-09-22
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Le groupe Alvest a racheté EasyMile et lancé le 16 septembre TLD Robotics, qui regroupe ses véhicules autonomes pour les aéroports et les usines.
Categories: Industrie et innovation
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/04-easymile-alvest-tld-robotics-scaled.jpg
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Derrière ce changement de nom se joue une question simple : pourquoi un constructeur de véhicules d’aéroport met la main sur un spécialiste du logiciel de conduite autonome, et ce que valent vraiment les chiffres avancés.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [les projets de robotaxis d’Uber en Europe](https://lepointdujour.fr/actualite/1674-uber-se-prepare-a-lancer-des-robotaxis-en-europe-des-2026-07052025/).
## EasyMile passe sous le contrôle d’Alvest et donne naissance à TLD Robotics
Le 16 septembre 2026, le groupe Alvest a annoncé le lancement de **TLD Robotics**, une société consacrée aux opérations au sol autonomes. Elle est née du regroupement d’**EasyMile**, que le groupe vient d’acquérir, de TractEasy, la coentreprise que les deux partenaires avaient créée pour commercialiser leurs véhicules, et des activités sans conducteur de TLD, constructeur d’équipements d’aéroport rattaché au même groupe. L’annonce, datée de Chicago, a été faite à l’occasion du salon professionnel GSE Expo Europe, selon [le communiqué publié par EasyMile](https://easymile.com/en/news-insights/tld-robotics-launched-as-alvest-group-acquires-easymile-and-tracteasy).
La nouvelle entité est dirigée par Richard Reno, qui dirigeait jusqu’ici TractEasy. Elle reprend l’ensemble des contrats et des déploiements signés sous la marque TractEasy, qui disparaît. Le montant de la transaction n’a pas été rendu public.
Concrètement, TLD Robotics réunit sous un même toit tout ce qu’il faut pour faire rouler un véhicule sans chauffeur sur un site industriel : le logiciel embarqué qui perçoit l’environnement et pilote le véhicule, le logiciel de supervision qui coordonne toute une flotte, les véhicules eux-mêmes et les équipes chargées de les installer et de les entretenir.
## De la navette de Lausanne au tracteur de Sochaux
EasyMile a été fondée en 2014 entre Singapour et Toulouse par l’entrepreneur Gilbert Gagnaire, rappelle [l’historique publié par l’entreprise](https://easymile.com/en/about-us). Elle s’est d’abord fait connaître avec l’EZ10, une petite navette électrique sans conducteur pour passagers, dont la première flotte a circulé à Lausanne, en Suisse, en 2015.
Une navette autonome EZ10 d’EasyMile en test à Stolberg, dans le Harz, en Allemagne, en juin 2021. Crédit : Jacek Rużyczka, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0En 2017, Alstom, Bpifrance et l’équipementier Continental entrent à son capital. L’année suivante, l’entreprise lance l’EZTow, un tracteur autonome mis en service dans l’usine PSA de Sochaux. En 2021, elle lève 55 millions d’euros. En 2022, elle devient le premier fournisseur européen autorisé à faire rouler des véhicules en niveau 4 sur la voie publique, c’est-à-dire sans intervention humaine dans un périmètre défini. En 2023, ses véhicules totalisent 1,5 million de kilomètres parcourus en mode autonome sur plus de 300 sites.
Le virage vers l’industrie est net. Plutôt que de transporter des passagers dans la circulation urbaine, EasyMile applique désormais son savoir-faire aux véhicules lourds qui déplacent des charges sur des sites fermés. En 2024, elle crée TractEasy avec TLD, puis présente en 2025 l’EZDolly, un chariot de fret autonome.
## Des tracteurs à bagages qui roulent sans personne à bord
Dans un aéroport, les équipements d’assistance au sol, désignés par le sigle anglais GSE, regroupent tous les engins qui s’affairent autour des avions : tracteurs à bagages, chariots de fret, tapis de chargement, engins de repoussage. Ce sont ces tracteurs que TLD Robotics automatise, pour acheminer bagages, fret et marchandises sur des trajets répétitifs, en intérieur comme en extérieur.
Le cas de Lufthansa Cargo, à Francfort, donne un ordre de grandeur. D’après [le bilan publié en avril 2026](https://easymile.com/en/news-insights/easymile-powers-120-daily-autonomous-missions-at-lufthansa-cargo-frankfurt), deux tracteurs EZTow y circulent jour et nuit, au milieu d’autres véhicules et de piétons. Chacun parcourt environ 2 000 kilomètres par mois, soit plus de 60 kilomètres par jour en moyenne, et le système réalise jusqu’à 120 missions autonomes les jours de pointe. En un peu plus d’un an, les engins ont couvert plus de 20 000 kilomètres.
La liste des clients cités mêle aéroports et industrie : dnata, l’usine BMW de Dingolfing, Daimler Truck, Bosch, John Deere, les aéroports de Munich et de Narita, Japan Airlines ou encore Lufthansa Cargo. À Narita, EasyMile revendique les premières opérations de niveau 4 au Japon.
Les chiffres revendiqués par la nouvelle entité se résument ainsi :
IndicateurValeur annoncéeCe que cela recouvreSites en exploitationPlus de 35Dans plus de 10 pays, sur quatre continentsAéroportsPlus de 15Dont Munich et NaritaSites industrielsPlus de 20Dont BMW Dingolfing et Daimler TruckMissions autonomes réaliséesPlus de 50 000En conditions réelles d’exploitationUsines de TLD12Réparties dans 7 pays
## Pourquoi un fabricant de tracteurs rachète un spécialiste du logiciel
TLD se présente comme le premier constructeur mondial d’équipements d’assistance au sol. En absorbant EasyMile, Alvest ajoute aux usines de TLD la brique qui leur manquait : le logiciel qui rend ses engins autonomes. L’inverse est vrai aussi, puisque EasyMile gagne une capacité de production industrielle qu’une jeune entreprise de logiciel n’a pas.
La collaboration n’est pas nouvelle. Elle remonte à 2017, et TractEasy en était déjà la vitrine commerciale depuis trois ans. « Depuis la création de TractEasy il y a trois ans, nous avons multiplié notre échelle par dix », affirme Richard Reno, directeur général de TLD Robotics, qui vise une nouvelle multiplication par dix dans les années à venir. Le communiqué assure que la flotte triple chaque année et que l’entreprise a plus d’un an d’avance sur ses prévisions initiales.
Le président-directeur général d’Alvest, Valentin Schmitt, justifie l’opération par les contraintes de ses clients : sécurité, disponibilité de la main-d’œuvre, coûts et décarbonation. « Nos clients n’achètent pas un pilote : ils investissent dans des décennies d’exploitation », résume-t-il. Autrement dit, le groupe mise sur des contrats longs plutôt que sur des expérimentations ponctuelles.
L’automatisation ne s’arrête pas aux tracteurs, et la question suivante porte sur les machines qui imitent le corps humain, comme [ces robots humanoïdes présentés en Chine lors d’un combat de kick-boxing](https://lepointdujour.fr/actualite/2143-des-robots-humanoides-s-affrontent-en-kick-boxing-une-premiere-mondiale-en-chine-02062025/). Les aéroports et les usines restent toutefois des terrains plus simples, car les trajets y sont balisés, comme sur les aires de [l’immense centre de livraison qu’Airbus prépare à Toulouse](https://lepointdujour.fr/industrie/7468-airbus-centre-livraison-a320-toulouse/).
## Des chiffres flatteurs, mais une transaction encore opaque
Plusieurs réserves s’imposent. Les indicateurs cités proviennent tous de l’entreprise elle-même et restent formulés en seuils, plus de 35 sites ou plus de 50 000 missions, sans détail par site ni par type de véhicule. Le rythme de croissance annoncé n’est pas davantage chiffré en nombre d’engins.
Le prix payé par Alvest pour EasyMile n’est pas communiqué, pas plus que l’avenir des équipes toulousaines au sein de la nouvelle organisation. Le communiqué, publié depuis les États-Unis, ne dit rien de l’emploi en France.
Enfin, 50 000 missions autonomes restent modestes à l’échelle du trafic aérien mondial. À Francfort, deux tracteurs seulement circulent sans chauffeur. Le passage de ces flottes pilotes à des centaines d’engins par aéroport est précisément le pari que TLD Robotics doit encore gagner.
Pour suivre les prochains déploiements de ces tracteurs sans chauffeur, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google permet de retrouver nos articles dès leur parution.
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