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# Cette PME bretonne qui équipe le LHC du CERN inaugure une usine de 7 000 m² à 11 millions d’euros, avec la fusion nucléaire en ligne de mire
**URL:** https://lepointdujour.fr/industrie/7604-sigmaphi-electroaimants-usine-saint-ave/
Date: 2026-09-22
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Sigmaphi, fabricant d’électroaimants pour accélérateurs de particules, a inauguré le 17 septembre à Saint-Avé, dans le Morbihan, sa nouvelle usine.
Categories: Industrie et innovation
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/03-sigmaphi-electroaimants-usine-saint-ave-scaled.jpg
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Reste à comprendre ce qu’est au juste un électroaimant d’accélérateur, pourquoi une entreprise de taille moyenne s’y est fait une place mondiale, et ce que cette nouvelle usine lui permet vraiment d’espérer.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [les armoires de sauvegarde sans logiciel livrées par des industriels français à la centrale de Hinkley Point C](https://lepointdujour.fr/industrie/7502-hinkley-point-controle-commande-sauvegarde/).
## Sigmaphi inaugure son usine de Saint-Avé en présence de deux ministres
Le jeudi 17 septembre 2026, le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, et la ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Anne Le Hénanff, ont coupé le ruban de la nouvelle usine de **Sigmaphi**, à Saint-Avé, aux portes de Vannes. Selon [la note aux rédactions publiée la veille par le ministère de l’Économie](https://presse.economie.gouv.fr/nar-deplacement-de-sebastien-martin-et-danne-le-henanff-dans-le-morbihan-jeudi-17-septembre-2026/), le site couvre **7 000 m²** et représente un investissement de **11 millions d’euros**.
Le ministère présente l’entreprise comme un spécialiste des électroaimants pour accélérateurs de particules, soutenu par le programme d’investissement France 2030. La nouvelle unité doit lui permettre de poursuivre son développement dans quatre secteurs de haute technologie : la recherche, l’énergie, le médical et la défense.
Le même matin, à Saint-Avé, Sébastien Martin présidait une table ronde consacrée au suivi des grands projets industriels de Bretagne, cinquième étape de son tour des régions. Le président de la République l’a chargé de suivre les grands projets stratégiques de réindustrialisation, surnommés projets « Notre-Dame ». L’usine de Sigmaphi figure parmi ceux de la région.
## Un électroaimant, ou l’art de guider des particules invisibles
Un accélérateur de particules propulse des électrons, des protons ou des ions à des vitesses très élevées. Pour les faire tourner dans un anneau ou les conduire vers une cible, il faut les dévier et les maintenir groupés. C’est le rôle des électroaimants : des bobines parcourues par un courant électrique, souvent enroulées autour d’un noyau de fer, qui créent un champ magnétique réglable à volonté.
Deux familles dominent. Le dipôle courbe la trajectoire du faisceau, comme un virage sur une route. Le quadripôle, lui, joue le rôle d’une lentille : il resserre le faisceau pour éviter qu’il ne s’étale. Autrement dit, sans dipôles le faisceau ne tourne pas, et sans quadripôles il se disperse.
Sigmaphi fabrique trois grandes catégories d’aimants, selon [la présentation de ses réalisations pour la recherche](https://www.sigmaphi.com/sectors/research/). Les aimants résistifs fonctionnent à température ambiante avec des bobines classiques. Les aimants supraconducteurs utilisent un alliage de niobium et de titane refroidi à l’hélium liquide, vers 4,2 kelvins, soit environ moins 269 degrés Celsius : à cette température, le courant circule sans perte et permet des champs bien plus intenses. Les aimants pulsés, enfin, produisent un champ bref et variable pour injecter ou extraire un faisceau d’un anneau.
L’unité de mesure du champ magnétique est le tesla. Parmi ses références, l’entreprise cite un dipôle supraconducteur de 24 tonnes atteignant 4,25 teslas, conçu pour un spectromètre du Jefferson Lab, aux États-Unis, et un prototype de quadripôle de 4 mètres pour le programme HiLumi du CERN, dont le champ culmine à 6,1 teslas.
## Du LHC à Chicago, une PME dans les plus grandes machines du monde
L’histoire de Sigmaphi commence en 1981 à Paris, où Henri Le Gal fonde l’entreprise, selon son propre historique. Elle s’installe à Vannes en 1994, est reprise par Jean-Luc Lancelot en 2001, puis livre son premier équipement au CERN en 2003. Des filiales suivent en Chine en 2008 et au Japon en 2009. Depuis 2022, son actionnaire principal est Breizh Rebond, et elle est dirigée par Sébastien Longelin.
Ses aimants équipent aujourd’hui des installations parmi les plus puissantes de la planète, du grand collisionneur de hadrons du CERN au synchrotron de l’Institut Paul Scherrer, en Suisse. Le programme HiLumi, pour lequel elle a réalisé un prototype, vise à multiplier par dix les performances du LHC afin d’augmenter le nombre de collisions et de collecter davantage de données.
Les commandes se comptent parfois en centaines de pièces. Les principales livraisons que l’entreprise met en avant se résument ainsi :
InstallationPaysFourniture de SigmaphiSLS 2.0, Institut Paul ScherrerSuisse112 quadripôlesAPS-U, Argonne National LaboratoryÉtats-Unis246 quadripôlesHESR, accélérateur FAIR de DarmstadtAllemagne42 dipôles (35 tonnes) et 86 quadripôles (7 tonnes)MESA, université de MayenceAllemagne101 dipôlesHiLumi, CERNSuisse et FrancePrototype de quadripôle supraconducteur de 4 mètresLe médical constitue le deuxième pilier. Pour le centre d’hadronthérapie autrichien MedAustron, Sigmaphi a fourni les aimants du synchrotron, des lignes de faisceau et du bras rotatif qui oriente le faisceau vers le patient. L’un d’eux, un dipôle courbé à 90 degrés, mesure 5,8 mètres et pèse plus de 100 tonnes avec sa structure.
## Une usine pensée pour manipuler des pièces de plusieurs dizaines de tonnes
Ce dernier chiffre explique en partie le déménagement. D’après [l’annonce publiée par l’entreprise](https://www.sigmaphi.com/behind-the-scenes-at-our-future-factory-2/), les équipes ont pris possession du nouveau site à la mi-mai. L’atelier dispose d’une capacité de levage de 50 tonnes, une caractéristique que Sigmaphi qualifie de particulièrement rare dans son secteur, qui lui permet de manipuler des équipements de très grande taille.
L’entreprise décrit un site de plus de 6 200 m², dont 1 000 m² de bureaux qui accueillent désormais son siège. La fiche du chantier indiquait un terrain de 17 645 m² et une toiture couverte de 1 800 m² de panneaux photovoltaïques, pour une puissance de 400 kilowatts-crête. La construction a été pilotée par SemBreizh et conçue par Adent. Le projet avait été retenu le 22 avril parmi les 150 grands projets stratégiques identifiés par le gouvernement.
L’entreprise bénéficie par ailleurs du soutien du programme national ETIncelles, conçu pour soutenir le développement des PME industrielles, et de celui de la Région Bretagne.
## La fusion nucléaire, le marché que vise la nouvelle usine
Sigmaphi ne cache pas l’objectif : le nouveau site doit l’aider à accélérer sur les marchés dits stratégiques, au premier rang desquels la fusion nucléaire. Cette technique cherche à reproduire la réaction qui alimente le Soleil, en faisant fusionner des noyaux légers dans un plasma chauffé à des températures extrêmes.
La file d’électroaimants de l’anneau intérieur du synchrotron SESAME, en Jordanie, en avril 2017. Crédit : IAEA Imagebank, Wikimedia Commons, CC BY 2.0Or un plasma ne se retient par aucune paroi matérielle. Dans un tokamak, une chambre en forme d’anneau, ce sont des champs magnétiques très puissants qui le confinent et l’empêchent de toucher les parois. Les aimants y occupent donc une place centrale. Sur [sa page consacrée à l’énergie](https://www.sigmaphi.com/sectors/energy/), l’entreprise indique fabriquer des bobines de déviation et de correction de champ pour le tokamak SPARC de la société américaine Commonwealth Fusion Systems, et une bobine prototype pour le projet NSTX-U du laboratoire de Princeton.
Le passage de la physique fondamentale à l’énergie suit une logique industrielle simple : un fabricant capable de produire des bobines hors normes pour un collisionneur peut en produire pour un réacteur expérimental. Ce savoir-faire rare n’est pas le seul pari français sur une technologie de rupture, et la question suivante porte sur d’autres jeunes pousses nationales, comme [cette start-up française qui propose une autre voie pour construire l’ordinateur quantique](https://lepointdujour.fr/industrie/6505-ordinateur-quantique-une-start-up-francaise-propose-une-autre-voie-de-construction/).
## Un pari industriel dont plusieurs chiffres restent à confirmer
Plusieurs points appellent la prudence. D’abord, les surfaces ne concordent pas tout à fait : 7 000 m² selon le ministère, un peu plus de 6 200 m² selon l’entreprise, dont la fiche de chantier affichait 6 167 m² de bâtiments. L’écart n’est pas expliqué.
Ensuite, Sigmaphi fixe un cap : atteindre 30 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici trois ans. Elle ne publie pas, sur les pages consultées, son chiffre d’affaires actuel ni ses effectifs exacts, ce qui empêche de mesurer l’ampleur de la progression attendue. Il s’agit d’une ambition, pas d’un résultat.
Enfin, la fusion reste un marché de long terme. Les réacteurs cités sont des machines expérimentales, et la production d’électricité par fusion n’existe encore nulle part à l’échelle industrielle. Les électroaimants ne sont d’ailleurs qu’une famille d’aimants parmi d’autres : les aimants permanents, qui dépendent souvent des terres rares, posent d’autres défis d’approvisionnement, comme le rappellent [les travaux de la chimiste Marie Perrin sur le recyclage des terres rares](https://lepointdujour.fr/actualite/1737-linnovation-de-marie-perrin-a-seulement-28-ans-va-tout-changer-sur-les-terres-rares-11052025/).
Pour suivre les prochaines commandes de Sigmaphi et l’avancée des projets de fusion qu’elle équipe, il suffit d’ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google.
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