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# Pas un seul logiciel dans ces armoires livrées à Hinkley Point C : Framatome et TechnicAtome ont bouclé le système de secours analogique du second EPR
**URL:** https://lepointdujour.fr/industrie/7502-hinkley-point-controle-commande-sauvegarde/
Date: 2026-09-19
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Framatome et TechnicAtome ont livré les armoires de contrôle-commande de sauvegarde, non numériques, du réacteur 2 d’Hinkley Point C, en Angleterre.
Categories: Industrie et innovation
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/03-hinkley-point-controle-commande-sauvegarde-scaled.jpg
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Derrière cette livraison discrète se cache un choix d’ingénierie à contre-courant, qui dit beaucoup de la manière dont on protège un réacteur nucléaire en 2026.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [les couvertures fertiles qui doivent produire le tritium d’ITER](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7436-iter-tritium-couvertures-fertiles/).
## Hinkley Point C : le contrôle-commande de sauvegarde du réacteur 2 est arrivé
Le 11 septembre 2026, Framatome a annoncé que le chantier de **Hinkley Point C**, dans le sud-ouest de l’Angleterre, avait reçu les armoires du système de contrôle-commande de sauvegarde de son réacteur 2. Selon [le communiqué de Framatome](https://www.framatome.com/medias/framatome-et-technicatome-livrent-le-controle-commande-de-sauvegarde-pour-epr-hpc/?lang=fra), repris le 14 septembre par [TechnicAtome sur son site](https://www.technicatome.com/actualites/framatome-et-technicatome-livrent-le-controle-commande-de-sauvegarde-pour-lepr-dhinkley-point-c/), ces équipements ont été livrés par les deux entreprises françaises. Le même système avait déjà été livré pour le réacteur 1 en 2025.
La livraison clôt une étape clé d’un programme au nom technique, le « Non-Computerised Safety System », abrégé NCSS. Autrement dit, un système de sûreté non informatisé. Le système a été développé par TechnicAtome pour le compte de Framatome, qui en est le fournisseur auprès du chantier.
Le contrat couvre trois étapes : la conception, la qualification et la fourniture des armoires de contrôle-commande de sauvegarde du cœur du réacteur. Il inclut aussi les systèmes associés à la ventilation. La qualification désigne l’ensemble des essais qui prouvent qu’un équipement fonctionnera comme prévu, y compris dans des conditions dégradées.
## Pourquoi un réacteur neuf a besoin de circuits sans ordinateur
Le contrôle-commande est souvent présenté comme le système nerveux d’une centrale. Il regroupe les capteurs qui mesurent température, pression ou niveau d’eau, et les automatismes qui transmettent les ordres aux pompes, aux vannes et aux barres de commande. Dans un réacteur moderne, l’essentiel de ce travail passe par des systèmes numériques, c’est-à-dire des calculateurs qui exécutent des logiciels.
*Le dôme d’un bâtiment réacteur en cours d’achèvement sur le chantier d’Hinkley Point C, dans le Somerset, en février 2025. Crédit : Lewis Clarke, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0C’est justement là que se situe la question. Un logiciel, même vérifié ligne à ligne, peut contenir une erreur commune à toutes ses copies. Si plusieurs voies de protection reposent sur le même programme, un seul défaut peut les rendre muettes en même temps. Pour se prémunir de ce scénario, l’autorité de sûreté britannique a posé une condition lors de l’évaluation de la conception générique, la Generic Design Assessment* ou GDA, procédure qui examine un modèle de réacteur avant sa construction au Royaume-Uni.
Cette condition est rappelée par Framatome : l’EPR d’Hinkley Point C doit disposer d’un contrôle-commande de sauvegarde **indépendant et non numérique**. Ce dispositif ajoute un niveau supplémentaire de conduite et de protection, mobilisable dans des situations exceptionnelles, en complément des systèmes principaux des deux réacteurs.
Concrètement, les armoires livrées reposent sur une technologie analogique. Un circuit analogique traite des signaux électriques continus avec des composants câblés, sans programme à exécuter. Il ne peut donc pas partager un défaut logiciel avec les systèmes principaux. C’est le principe de la diversité : protéger une installation par des moyens de nature différente, pour qu’une même cause ne puisse pas tous les mettre en échec. Framatome insiste sur trois qualités attendues pour l’exploitant : robustesse, fiabilité et redondance des systèmes de sûreté.
## Trois acteurs français autour des mêmes armoires
Le projet mobilise d’abord Framatome, filiale du groupe EDF qui conçoit, entretient et installe des composants, des combustibles et des systèmes de contrôle-commande pour les centrales nucléaires. L’entreprise revendique plus de 22 000 salariés.
Le deuxième acteur, TechnicAtome, est connu pour ses réalisations dans la propulsion nucléaire et les réacteurs de recherche, comme le réacteur Jules Horowitz. Le communiqué précise que la technologie analogique utilisée est propre à Framatome et qu’elle a été développée spécifiquement pour ce programme avec TechnicAtome.
Le troisième maillon s’appelle Arcys. Il s’agit de la filiale commune des deux groupes, spécialisée dans les solutions électroniques de sécurité pour les environnements critiques. Selon son site, cette entreprise conçoit, qualifie, fabrique et maintient des équipements électroniques pour trois marchés : le nucléaire civil, le transport et la défense. Pour le nucléaire civil, elle met en avant un contrôle-commande sécuritaire certifié et de l’instrumentation classée, comme des capteurs de niveau ou de pression.
Chez Framatome, Laurent Thieffry, Senior Executive Vice President de la Business Unit Instrumentation & Control, parle d’une « étape-clé franchie par Framatome pour le chantier HPC ». Thierry Grenier, directeur infrastructures et réacteurs civils chez TechnicAtome, retient surtout le calendrier : « Le départ des dernières armoires dans les délais est un succès pour un programme de développement complet. »
Ce savoir-faire nucléaire français ne se limite pas à la fission : la France fabrique aussi des pièces majeures pour la fusion, comme le montrent [les aimants géants produits pour la recherche sur la fusion nucléaire](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/6479-force-magnetique-en-france-des-aimants-capables-de-soulever-un-porte-avions-propulsent-la-fusion-nucleaire/).
## Un chantier géant qui avance malgré ses retards
Pour mesurer l’enjeu, il faut revenir à la taille du projet. D’après [la présentation d’EDF Energy](https://www.edfenergy.com/energy/nuclear-new-build-projects/hinkley-point-c), la filiale britannique d’EDF, les deux réacteurs d’Hinkley Point C totaliseront **3 260 MW**, de quoi alimenter environ six millions de foyers pendant 60 ans. Chaque réacteur représente donc un peu plus de 1 600 MW. En janvier 2024, EDF estimait que la centrale fournirait environ 7 % de la consommation d’électricité du Royaume-Uni.
L’EPR, pour réacteur pressurisé européen, est un réacteur à eau sous pression de troisième génération. En France, son premier exemplaire, Flamanville 3, a atteint 100 % de sa puissance en 2025, selon EDF.
Le chantier anglais, lui, a pris du retard. Dans ses résultats annuels 2025, publiés le 20 février 2026, EDF a ajusté à 2030 le démarrage de la production de l’unité 1. Le groupe évoque un décalage de 12 mois lié aux travaux électromécaniques, c’est-à-dire au montage des tuyauteries, des câbles et des équipements dans les bâtiments. Le coût à terminaison est désormais estimé à 35 milliards de livres, exprimés en livres de 2015. La même publication signale un jalon industriel : la livraison par Framatome de la cuve du réacteur de l’unité 2.
Les principales étapes connues se résument ainsi :
ÉtapeDate ou valeurSourceContrôle-commande de sauvegarde du réacteur 1Livré en 2025FramatomeCuve du réacteur de l’unité 2Livrée par FramatomeEDF, résultats annuels 2025Contrôle-commande de sauvegarde du réacteur 2Livraison annoncée le 11 septembre 2026FramatomeDémarrage de la production de l’unité 1Prévu en 2030EDF, 20 février 2026Coût à terminaison35 milliards de livres de 2015EDF, 20 février 2026Hinkley Point C sert aussi de modèle à la centrale suivante. EDF indique que Sizewell C, autre projet britannique, a obtenu sa décision finale d’investissement, et qu’un paiement de 1,6 milliard de livres a été versé à Hinkley Point C au titre du savoir-faire et de l’effet de série dont Sizewell C a bénéficié. L’expérience accumulée sur le premier chantier a donc une valeur chiffrée.
## Une étape franchie, pas encore un réacteur en service
Il faut lire cette annonce pour ce qu’elle est. Les armoires sont livrées et le programme NCSS atteint la fin d’une étape clé. En revanche, le communiqué ne détaille ni le nombre d’armoires, ni leur installation dans les bâtiments, ni le calendrier des essais sur site. Un équipement livré doit encore être monté, raccordé puis testé avec le reste de la centrale.
La livraison ne change pas non plus le calendrier global. C’est le lot électromécanique qu’EDF désigne comme la cause du décalage de l’unité 1, pas le contrôle-commande de sauvegarde. Enfin, ce système n’a pas vocation à piloter la centrale au quotidien : il n’interviendra que si les systèmes principaux venaient à faire défaut. Son meilleur résultat serait de ne jamais servir.
Pour suivre les prochaines étapes du chantier d’Hinkley Point C, et savoir si l’objectif de 2030 tient, il suffit d’ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google.
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