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# Environ 80 % des zones humides françaises dégradées ou perdues depuis 1700, un stock de carbone encore mal compté

**URL:** https://lepointdujour.fr/energie-environnement/8708-zones-humides-carbone-puits-source/
Date: 2026-10-20
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Mise en ligne le 15 octobre par l'ADEME, une étude estime à 25 ou 33 % du carbone organique des sols mondiaux le stock des zones humides.
Categories: Énergie et environnement
Tags: Biodiversité, Climat et réchauffement, Eau et ressources
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/04-zones-humides-carbone-puits-source-scaled.jpg
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Reste à comprendre pourquoi un milieu qui retient autant de carbone est si mal représenté dans les outils qui servent à compter les émissions françaises.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [la chute du puits de carbone des forêts françaises](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/8141-forets-puits-carbone-mortalite/).

## Les zones humides stockeraient 25 à 33 % du carbone organique des sols mondiaux
L'ADEME a mis en ligne le 15 octobre 2026 une étude générale et prospective intitulée [Carbone et gaz à effet de serre en zones humides](https://librairie.ademe.fr/agriculture-alimentation-foret-bioeconomie/9695-11527-carbone-et-gaz-a-effet-de-serre-en-zones-humides.html), éditée en août 2026. Elle a été conduite par le Forum des Marais Atlantiques, pôle-relais national des zones humides de l'Atlantique, de la Manche et de la mer du Nord, avec le soutien de l'ADEME, de WWF France et de la DREAL Nouvelle-Aquitaine, entre autres. Ses auteurs, Lucas Degos, Bastien Charrier, Armel Dausse et Loïc Anras, ont parcouru **plus de 1 000 références**, scientifiques comme issues de la littérature grise.

Le premier chiffre pose l'échelle. Les zones humides représentent entre 2 et 8 % des surfaces continentales, dont 91 % à l'intérieur des terres et 9 % en zones côtières. Sur cette fraction, elles « stockeraient environ 25-33 % du carbone organique des sols mondiaux », écrit le rapport final, qui ajoute qu'à surface égale il s'agirait des écosystèmes aux stocks de carbone les plus importants. Le conditionnel est celui des auteurs. Avec un revers : la production de méthane en zones humides « correspondrait à environ 25 % des émissions totales de CH4 vers l'atmosphère ».

## Le même marais peut être un puits ou une source
L'étude le résume ainsi : « Un même type de zone humide peut agir comme une source de carbone ou comme un puits de carbone selon son état de dégradation. » Les auteurs désignent le drainage comme le principal facteur aggravant, parce qu'en abaissant les niveaux d'eau il induit un bilan de gaz à effet de serre globalement défavorable au climat.

![Fossé en eau bordé de roseaux devant une prairie d'élevage plate, au coucher du soleil](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/04-zones-humides-carbone-puits-source-photo2.jpg)Photo d'illustration : prairie d'élevage du marais au coucher de soleil, classée dans le Marais poitevin sur sa page source, le 3 mars 2018. Crédit : Wawaldino, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)La comparaison est celle du rapport : les émissions des tourbières dégradées « représenteraient l'équivalent du trafic aérien mondial, entre 5-10 % des émissions mondiales de CO2 ». Quant aux dégâts déjà faits, [la synthèse de l'étude](https://librairie.ademe.fr/index.php?controller=attachment&id_attachment=11698) les résume en une ligne : **environ 80 % des zones humides françaises ont été dégradées ou perdues depuis 1700**. Le rapport final, lui, situe les pertes les plus importantes en Europe, avec 50 % de zones humides dégradées, et y cite la France à part, autour de 80 %.

## Pourquoi l'engorgement ralentit la décomposition
Tout tient à l'oxygène : sa concentration est plus faible dans l'eau que dans l'air, et sa diffusion y est environ 1 000 fois plus lente. Les micro-organismes aérobies, qui participent à la décomposition de la matière organique et ont besoin d'oxygène pour fonctionner, agissent donc moins efficacement en zones humides, et la matière organique peut s'accumuler dans le sol sous forme de biomasse morte, parfois durant des milliers d'années dans le cas des tourbières. Le rapport parle lui-même d'un « revers de la médaille » : l'émission accrue de méthane en conditions d'inondation prolongée ou de saturation des pores du sol en eau. Ce processus, la méthanogénèse, se déroule en conditions anaérobies, c'est-à-dire en l'absence d'oxygène.

## Ce que l'inventaire français recense, et ce qu'il laisse de côté
En juillet 2025, 2 300 000 hectares de zones humides étaient inventoriés en France métropolitaine, pour environ deux tiers du territoire couvert par un inventaire. L'étude en tire une première répartition par grands types d'habitats, selon la classification européenne EUNIS, en prévenant que « ces premiers ordres de grandeur doivent être considérés avec grande précaution ». Le référentiel qu'elle préfigure retient 22 habitats, et non la totalité des milieux visés par la réglementation. La répartition des surfaces inventoriées, où les landes et fourrés humides pèsent aussi 6 % et où un premier travail d'inventaire des tourbières françaises suggère entre 100 000 et 120 000 hectares au niveau métropolitain :

Grand type d'habitat humidePart de la surface inventoriéePrécision apportée par l'étudePrairies humides48 %la part la plus élevée de l'inventaireForêts et habitats boisés humides27 %deuxième part de l'inventaireMares et roselières6 %même part que les landes et fourrés humidesTerres cultivées6 %écartées du référentiel, qui cible la végétation spontanéeTourbières2 %un premier inventaire suggère 100 000 à 120 000 hectares
## Restaurer réduit les émissions, sans effacer la dette
La restauration des zones humides conduirait à une réduction des émissions de gaz à effet de serre comprise entre **43 et 90 %** par rapport à des zones humides drainées équivalentes. Le gain ne se lit pourtant pas sur tous les gaz : la restauration, en grande majorité continentale, conduirait à une augmentation moyenne à court terme de 544,4 % des émissions de méthane et à une réduction de 62 % de celles de protoxyde d'azote, avec des variations importantes selon le type de milieu. La même phrase du rapport ajoute une troisième valeur, que son ampleur rend trompeuse au premier regard : une réduction à long terme du CO2 « de l'ordre de 138.8 % ». Le taux dépasse 100 % parce que le bilan change de sens plutôt que de diminuer, le milieu restauré cessant d'émettre du CO2 pour en retirer davantage qu'il n'en émettait, l'étude classant les habitats humides continentaux en bon état du côté des puits. Les stocks de carbone, eux, peuvent atteindre environ 50 % de ceux de zones humides naturelles de référence entre dix et vingt ans après restauration. D'où la conclusion des auteurs : « La priorité est à préserver les zones humides existantes et éviter le déstockage de carbone. »

## Comptées par le règlement européen depuis 2026, mal vues par l'outil des territoires
Le [règlement européen 2018/841](https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2018/841/oj) sur l'usage des terres ouvre, « à compter de 2026 », une catégorie comptable supplémentaire, les « zones humides gérées ». Son treizième considérant le justifie ainsi : « Les zones humides sont des écosystèmes efficaces pour le stockage du carbone. » Le texte renvoie à la révision des lignes directrices du GIEC, c'est-à-dire au [supplément Wetlands de 2013](https://www.ipcc.ch/publication/2013-supplement-to-the-2006-ipcc-guidelines-for-national-greenhouse-gas-inventories-wetlands/), dont l'étude reprend la démarche. Côté français, elle inscrit dans ses perspectives l'obligation faite au Citepa d'intégrer les zones humides dans l'inventaire national des gaz à effet de serre.

Reste ALDO, l'outil des diagnostics carbone territoriaux. L'absence de typologie, d'enveloppe cartographique de référence et de valeurs dédiées aux différents types de zones humides « limitent considérablement son potentiel », juge l'étude, même si une nouvelle version prévue en 2026 ou 2027 répondra à certaines des difficultés identifiées. Entre le 29 avril et le 16 juin 2025, 1 219 questionnaires ont été envoyés, 175 réponses collectées et 32 entretiens menés : le frein le plus cité est **le manque de données disponibles, à 25 %**, devant l'applicabilité des solutions, à 17 %.

## Un référentiel encore en préfiguration
Rien de tout cela ne constitue pour l'instant un barème opposable. Le rapport écrit que « les valeurs mentionnées sont susceptibles d'être remplacées par des valeurs plus précises, robustes ou actualisées », et présente ses chiffres d'inventaire comme provisoires, donnés à titre indicatif. La comptabilité européenne garde aussi ses angles morts : les espaces naturels non gérés, dont certaines zones humides, ainsi que les stocks de carbone, ne sont pas comptabilisés dans l'inventaire des gaz à effet de serre.

La question suivante est celle du puits lui-même : notre article sur [les poissons des océans, puits de carbone menacé par la pêche et le réchauffement](https://lepointdujour.fr/actualite/6394-poissons-des-oceans-un-puits-de-carbone-vital-menace-par-la-peche-et-le-rechauffement/) décrit un autre milieu où le stockage dépend de l'état du vivant. Sur le littoral, [la surcote et les vagues-submersion](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/8654-vagues-submersion-surcote-coefficient-maree/) commandent la reconnexion à la mer dont dépend la restauration tidale, et [le traitement des eaux usées par des champignons](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/8598-micropolluants-eaux-usees-champignons/) agit sur l'eau qui arrive dans ces milieux. Nos dossiers [climat](https://lepointdujour.fr/tag/climat/), [eau et ressources](https://lepointdujour.fr/tag/eau-ressources/) et [biodiversité](https://lepointdujour.fr/tag/biodiversite/) suivent ces fils. Ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google permet de retrouver la suite de ce référentiel dès sa publication.

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