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# Traitement des eaux usées par des champignons : Myco-Micro lauréat d'Octo'pousse, et l'Ifremer veut caractériser la toxicité des molécules produites
**URL:** https://lepointdujour.fr/energie-environnement/8598-micropolluants-eaux-usees-champignons/
Date: 2026-10-16
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: L'Ifremer accompagnera Myco-Micro, qui veut faire dégrader pesticides, PFAS et résidus de médicaments par les enzymes de champignons.
Categories: Énergie et environnement
Tags: Eau et ressources, Solaire et éolien
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/07-micropolluants-eaux-usees-champignons-scaled.jpg
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Reste à savoir ce que deviennent ces molécules une fois coupées, et c'est la première question que posent les chercheurs chargés du dossier.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [une piste de dépollution des PFAS dans l'eau](https://lepointdujour.fr/actualite/2074-solution-innovante-contre-les-pfas-une-avancee-prometteuse-dans-la-lutte-contre-la-pollution-de-l-eau/).
## Le traitement des eaux usées laisse passer des micropolluants, et un projet breton veut s'y attaquer
Le 6 octobre 2026, à Brest, pendant la SeaTechWeek, deux projets ont remporté la sixième édition du concours Octo'pousse. [L'Ifremer l'a annoncé le lendemain](https://www.ifremer.fr/fr/presse/des-champignons-pour-traiter-les-eaux-usees-et-une-peau-electronique-pour-le-velique-et-l) : Myco-Micro, qui veut améliorer le **traitement des eaux usées** en faisant travailler des champignons, et SmartSkin, qui équipe de capteurs les matériaux composites. Le premier sera accompagné par l'Ifremer, le second par l'École nationale supérieure de techniques avancées, l'ENSTA.
Le point de départ de Myco-Micro est une limite des stations d'épuration. Pesticides, hydrocarbures, résidus médicamenteux, perturbateurs endocriniens, PFAS : de nombreux micropolluants présents dans les eaux usées sont, écrit l'Ifremer, **« difficilement éliminés par les procédés de traitement conventionnels »**. Le projet vise donc à réduire les rejets de ces molécules dans les milieux aquatiques, et l'impact environnemental qui en découle.
Les lauréats reçoivent de 12 à 18 mois d'accompagnement scientifique et technique, un accès aux infrastructures des organismes partenaires et une enveloppe de soutien global pouvant atteindre 250 000 euros pour leurs travaux de recherche et développement. Depuis sa première édition, le concours, fondé par l'Ifremer en 2021 et coorganisé depuis 2024 avec le Technopôle Brest Iroise, a soutenu neuf projets, à l'origine de six start-up, dont deux figurent dans l'Index French Blue Tech 2026.
## Des enzymes décrites comme des ciseaux moléculaires
Le procédé porte un nom : la mycoremédiation. Il consiste, selon l'Ifremer, à utiliser le mycélium, « réseau de filaments formé par les champignons », et les enzymes qu'il produit, pour transformer et dégrader certaines molécules polluantes.
Photo d'illustration : les filaments ramifiés du mycélium d'un champignon, à la surface du sol d'une forêt. Crédit : FungiFriendly, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0« Les champignons possèdent des capacités remarquables pour dégrader des molécules complexes », explique François Audrézet, fondateur de Myco-Micro, cité par l'Ifremer. Il décrit des enzymes qui agissent comme de véritables « ciseaux moléculaires », capables de transformer de nombreux micropolluants, et dit viser une solution « innovante, efficace, durable et économiquement accessible » face à des micropolluants « persistants et difficiles à traiter ».
À plus long terme, le projet ambitionne aussi de contribuer à une gestion plus durable de la ressource en eau, en améliorant la qualité des eaux traitées et en favorisant leur réutilisation. La qualité de l'eau rejetée conditionne d'ailleurs des usages très concrets, comme le montre [le bilan des premières saisons de baignade dans la Seine à Paris](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/8301-baignade-seine-bilan-saisons/). Les deux sujets se retrouvent dans notre [dossier sur l'eau et les ressources](https://lepointdujour.fr/tag/eau-ressources/).
## Le point sur lequel l'Ifremer annonce vouloir travailler
Couper une molécule ne la fait pas disparaître : elle en donne d'autres. C'est le point sur lequel le laboratoire Phytness de l'Ifremer, spécialisé notamment dans l'écophysiologie des organismes marins, annonce vouloir travailler aux côtés du porteur de projet.
« Nous porterons une attention particulière aux molécules produites lors de la dégradation des micropolluants par les enzymes des champignons. Certaines pourraient présenter une toxicité qu'il faut caractériser », déclare Arnaud Huvet, chercheur à l'Ifremer. Le conditionnel est celui de la source. Autrement dit, la caractérisation des produits de dégradation fait partie du programme de travail.
## Le calendrier européen dans lequel le projet s'inscrit
Myco-Micro s'inscrit, précise l'Ifremer, dans le contexte de la révision de la directive européenne sur les eaux résiduaires urbaines, qui renforce les exigences d'élimination de certains micropolluants. Les États membres doivent en transposer une grande partie dans leur droit national au plus tard le 31 juillet 2027.
[La fiche de synthèse publiée par l'Observatoire législatif du Parlement européen](https://oeil.europarl.europa.eu/oeil/fr/document-summary?id=1799240) détaille ce calendrier. La directive raisonne en équivalent habitant, noté EH, l'unité dans laquelle elle exprime la charge d'une agglomération ou d'une station. Le [traitement quaternaire](https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32024L3019), celui qui vise les micropolluants, s'impose d'abord aux stations traitant une charge égale ou supérieure à 150 000 EH, et le texte l'étend par ailleurs aux agglomérations de 10 000 EH et plus qui rejettent dans des zones identifiées comme à risque, par paliers jusqu'à la totalité d'entre elles au 31 décembre 2045 : **20 % de ces stations au 31 décembre 2033, 60 % au 31 décembre 2039, la totalité des rejets au 31 décembre 2045**.
Deux autres obligations encadrent l'ensemble. Le traitement secondaire, c'est-à-dire l'élimination de la matière organique biodégradable, est étendu à toutes les agglomérations de 1 000 EH et plus d'ici à 2035, avec un certain nombre de dérogations. Et la directive fixe un objectif de neutralité énergétique : au niveau national, l'énergie produite à partir de sources renouvelables par les stations de 10 000 EH et plus, ou pour leur compte, devra équivaloir à 20 % de l'énergie qu'elles consomment au 31 décembre 2030, 40 % au 31 décembre 2035, 70 % au 31 décembre 2040 et 100 % au 31 décembre 2045.
Le financement, lui, ne repose pas sur les seuls services d'assainissement. Toujours selon la même fiche, les fabricants de produits pharmaceutiques et cosmétiques qui entraînent une pollution des eaux résiduaires urbaines par des micropolluants devront contribuer à hauteur de 80 % minimum de la totalité des coûts liés à ce traitement supplémentaire, surveillance des micropolluants comprise, dans le cadre d'un régime de responsabilité élargie des producteurs à mettre en place au plus tard le 31 décembre 2028, dans le cadre d'un régime de responsabilité élargie des producteurs.
Les repères ci-dessous séparent ce qui est déjà en vigueur de ce qui reste à venir :
ObligationPérimètreStatutDateEntrée en vigueur de la directive réviséeUnion européenneSituation observée1er janvier 2025Transposition dans le droit nationalÉtats membresÉchéance fixée par la directive31 juillet 2027Traitement quaternaire, 20 % des stationsStations de 150 000 EH et plusÉchéance fixée par la directive31 décembre 2033Traitement quaternaire, 60 % des stationsStations de 150 000 EH et plusÉchéance fixée par la directive31 décembre 2039Traitement quaternaire, tous les rejetsStations de 150 000 EH et plusÉchéance fixée par la directive31 décembre 2045Énergie d'origine renouvelableStations de 10 000 EH et plusÉchéance fixée par la directive2045
## Une peau électronique pour les pales d'éoliennes
Le second lauréat change complètement de terrain. SmartSkin propose une structure souple et ultrafine intégrant des capteurs qui mesurent en temps réel les contraintes exercées sur les matériaux. Cette peau électronique s'intègre à la surface ou au cœur de matériaux composites par une technique brevetée appelée transfer printing, et mesure les déformations, la température, en caractérisant aussi les écoulements d'air.
« Des premiers prototypes ont déjà été instrumentés. Nous travaillons actuellement sur un démonstrateur à l'échelle avec des industriels de la propulsion vélique », indique Anne-Cécile Clément, directrice générale d'Inkaptis, entreprise créée à la suite du projet. Pour Laure Civier, enseignante-chercheuse à l'ENSTA qui accompagnera l'équipe, cette peau électronique « ouvre la possibilité d'instrumenter des zones clés des pales d'éoliennes ». Elle ajoute que le suivi en service des systèmes permettrait d'améliorer la maintenance et la fiabilité des parcs, un enjeu pour la filière de l'éolien en mer, dont [le premier parc français, à Saint-Nazaire](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/8359-parc-eolien-mer-saint-nazaire-production/), donne une idée des volumes en jeu. Notre [dossier sur le solaire et l'éolien](https://lepointdujour.fr/tag/solaire-eolien/) suit cette filière.
## Un accompagnement, pas encore un procédé installé
Octo'pousse finance de la recherche et du développement, pas un déploiement : les deux projets entrent dans une phase d'accompagnement de 12 à 18 mois. Côté SmartSkin, le communiqué fait état de premiers prototypes instrumentés et d'un démonstrateur à l'échelle en cours avec des industriels de la propulsion vélique. Côté Myco-Micro, il n'en décrit que les objectifs. Octo'pousse finance de la recherche et du développement, pas un déploiement : les deux projets entrent dans une phase de 12 à 18 mois. Pour la mycoremédiation, l'inconnue reste celle que pose l'Ifremer lui-même, la toxicité éventuelle des molécules issues de la dégradation. Ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google permet de suivre les étapes suivantes de ces deux dossiers.
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