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# L'Ifremer a ouvert 276 estomacs de harengs au large du Pas-de-Calais : la cinquième semaine, certains en contenaient plus de mille oeufs

**URL:** https://lepointdujour.fr/energie-environnement/8509-hareng-downs-cannibalisme-oeufs/
Date: 2026-10-11
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Prélevés entre la baie de Somme et Dunkerque fin 2022, 276 estomacs de harengs de Downs étaient presque tous vides, sauf la cinquième semaine.
Categories: Énergie et environnement
Tags: Biodiversité
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/07-hareng-downs-cannibalisme-oeufs-hero-scaled.jpg
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Reste à comprendre ce qu'un tel repas apporte vraiment à un poisson qui vient de traverser la mer du Nord sans rien avaler.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [le réseau JERICO et l'observation des façades maritimes européennes](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/8393-jerico-observation-cotiere-esfri/).

## Le hareng de Downs mange ses propres oeufs après la ponte
Des chercheurs de l'Ifremer basés à Boulogne-sur-Mer ont ouvert les estomacs de harengs pêchés en Manche orientale pendant la saison de reproduction. Leur résultat, [rendu public par l'Ifremer le 6 octobre 2026](https://www.ifremer.fr/fr/actualites/quand-le-jeune-du-hareng-vire-au-cannibalisme-de-ses-oeufs) et publié dans la revue Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, tient en une phrase : juste après la ponte, ces poissons se nourrissent de leurs propres oeufs.

Le hareng de Downs est une population particulière du hareng de l'Atlantique, celle qui se reproduit en hiver au large du Tréport, de Boulogne-sur-Mer ou encore de Calais. Son mode de vie est éprouvant. Il accumule de l'énergie en été dans le nord de la mer du Nord, puis cesse de s'alimenter pendant sa migration et pendant sa ponte. **Il arrive donc sur ses frayères le ventre vide**, à une saison où la Manche offre peu de zooplancton, dont il se nourrit d'ordinaire.

Le hareng de l'Atlantique sert de proie à de nombreuses espèces de poissons, d'oiseaux et de mammifères marins, et il est pêché depuis des siècles : comprendre comment il refait le plein d'énergie éclaire un maillon entier de la chaîne alimentaire de la Manche.

## Quatre semaines de jeûne, puis des estomacs pleins
L'équipe a disséqué 276 estomacs de harengs capturés par des pêcheurs professionnels entre la baie de Somme et Dunkerque, du 15 novembre au 20 décembre 2022. Les contenus ont d'abord été observés à l'oeil. Une partie d'entre eux a ensuite été numérisée avec un scanner, le ZooScan, puis analysée par un logiciel de reconnaissance d'images qui trie et compte automatiquement les proies, y compris les oeufs collés en grappes, difficiles à dénombrer à la main.

La chronologie est nette. Les estomacs des poissons pêchés pendant les quatre premières semaines étaient toujours vides ou presque. Puis, la cinquième semaine, après la ponte d'environ la moitié des harengs, beaucoup avaient l'estomac garni de centaines d'oeufs, parfois plus de mille. **99 % des proies identifiées par le logiciel étaient des oeufs**, indique l'Ifremer. L'étude ajoute une sixième et dernière semaine de prélèvement, le 20 décembre : les estomacs y étaient de nouveau vides pour la plupart, la ponte s'étant achevée quelques jours plus tôt.

Les principaux repères chiffrés de cette campagne tiennent en quelques lignes :

ÉlémentValeurPrécision donnée par l'IfremerPériode de prélèvementdu 15 novembre au 20 décembre 2022poissons capturés par des pêcheurs professionnelsZonede la baie de Somme à DunkerqueManche orientale, pendant la migration de ponteEstomacs analysés276observés à l'oeil, une partie passée au ZooScanQuatre premières semainesestomacs vides ou presquele gros de la ponte n'a pas encore eu lieuCinquième semainedes centaines d'oeufs, parfois plus de millel'oeuf de hareng est alors la seule proie observée
## Un repas qui ne paie pas tout le voyage
Pourquoi cette ruée sur les oeufs ? L'Ifremer répond : ils sont riches en énergie, faciles à avaler et abondants juste après la ponte, au moment où le zooplancton se fait rare.

Le besoin énergétique, lui, est considérable. Le voyage retour coûte cher, environ 1 à 2 kilojoules par kilomètre, soit des centaines de kilojoules au total. Un repas d'oeufs ne couvre pas tout le trajet, mais il offre un premier regain d'énergie.

Deux tendances se dessinent, que les auteurs présentent avec prudence parce que l'échantillon était trop petit pour aller plus loin. Davantage de femelles que de mâles ont mangé des oeufs, ce qui concorde avec le coût énergétique plus élevé de leurs organes reproducteurs. Et les harengs les plus âgés en ont avalé plus en moyenne que les plus jeunes.

## Pourquoi ces oeufs avalés ne vident pas les frayères
Un poisson qui mange sa propre descendance semble jouer contre lui. L'Ifremer conclut pourtant que cette pratique ne semble pas avoir d'impact négatif sur la reproduction.

![Un hareng de l'Atlantique posé dans une main ouverte, au-dessus de l'eau](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/07-hareng-downs-cannibalisme-oeufs-photo2.jpg)Photo d'illustration. Un hareng de l'Atlantique, Clupea harengus, observé à l'embouchure de la Shark River, dans le New Jersey, en juin 2024. Crédit : zakqaryroy, Wikimedia Commons, licence CC BY 4.0La raison tient à l'arithmétique de la ponte. Les oeufs sont pondus en quantité colossale, rappelle l'Ifremer, et la majorité périssent de toute façon, mangés par d'autres espèces ou victimes de la densité des pontes. Les chercheurs parlent alors de cannibalisme « partiel » : le poisson sacrifie une partie de sa ponte pour préserver ses chances de se reproduire à nouveau.

Ce raisonnement rejoint une interrogation plus large, celle de la capacité des populations marines à encaisser les chocs. [La question suivante est celle du réchauffement de l'océan, qui vide déjà certaines zones de leurs espèces](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/6319-ocean-le-rechauffement-le-vide-de-ses-especes-des-forets-sous-marines-disparaissent-dans-le-monde/). Le sujet rejoint aussi les travaux réunis dans notre [dossier consacré à la biodiversité](https://lepointdujour.fr/tag/biodiversite/), et les tentatives de restauration menées au large, comme [la pose de récifs pour relancer des coraux d'eau froide](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7437-coraux-eau-froide-restauration/).

## Le rouget se sert aussi dans les pontes de hareng
Les harengs ne sont pas seuls à profiter de cette manne. Une étude antérieure, signée en partie par les mêmes auteurs et parue dans la revue Cybium en mai 2024, portait sur cinq rougets, Mullus surmuletus, dont l'estomac contenait des oeufs de hareng. [Le résumé déposé dans l'archive ouverte de l'Ifremer](https://archimer.ifremer.fr/doc/00892/100436) indique que les oeufs de harengs représentaient plus de 90 % des proies dans ces estomacs.

Les auteurs avaient couplé l'analyse semi-automatisée des images de contenus stomacaux à des traceurs trophiques intégrés, les isotopes stables du carbone et de l'azote ainsi que le rapport carbone sur azote. Ces valeurs étaient cohérentes avec une consommation régulière d'oeufs de hareng, et non avec un repas occasionnel. C'était, écrivaient-ils, la première occasion de documenter l'importance trophique des oeufs de hareng en Manche.

Autrement dit, la ponte hivernale du hareng de Downs nourrit plusieurs espèces à la fois, dont le hareng lui-même.

## Ce que l'étude ne dit pas encore
Plusieurs questions restent ouvertes, et les auteurs les posent eux-mêmes. Les harengs reconnaissent-ils leurs propres oeufs ? Il faudrait un échantillonnage quotidien, et non hebdomadaire, ainsi que davantage d'estomacs, pour savoir si ce comportement est général. Enfin, si la nourriture se raréfiait avec le changement climatique, la consommation d'oeufs pourrait-elle compenser le manque, au risque de fragiliser le renouvellement de la population ?

Cette dernière question est au coeur du programme dans lequel l'étude s'inscrit. Le projet C3P-Eaux, pour « Changements de Productivité des Petits Pélagiques en Manche et sud Mer du Nord », est financé par France Filière Pêche et porté par l'Ifremer, qui le coordonne depuis Boulogne-sur-Mer. Lancé en février 2025, il se poursuivra jusqu'en janvier 2029 et réunit notamment, [parmi ses partenaires](https://c3p-eaux.ifremer.fr/Partenaires), From Nord, la Coopérative maritime Étaploise, Mercator Ocean International, les universités d'Artois et de Wageningen ainsi que la Pelagic Freezer Trawler Association.

Son point de départ est un paradoxe. La population de hareng de Manche et mer du Nord est exploitée durablement depuis plus de vingt ans et se développe bien, mais les jeunes harengs sont peu nombreux depuis une dizaine d'années. L'hypothèse cible un manque de nourriture à deux moments critiques, le développement des larves et la reproduction. Une première campagne estivale à bord du navire néerlandais Tridens, à l'été 2025, avait déjà réservé une surprise : plusieurs harengs avaient l'estomac rempli de larves de poissons, alors qu'ils se nourrissent d'ordinaire de petits crustacés à cette période.

Le projet se poursuit jusqu'en janvier 2029. Ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google permet de suivre les résultats de ce programme.

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