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# Sécheresse : 80 à 100 % du débit des rivières vient des nappes en été, et un test de recharge grandeur nature se déroule en Haute-Garonne

**URL:** https://lepointdujour.fr/energie-environnement/8340-secheresse-recharge-nappes-sous-sol/
Date: 2026-10-08
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Dans un éclairage publié le 6 octobre, le BRGM distingue quatre sécheresses et détaille les dispositifs qui stockent l'eau dans le sous-sol.
Categories: Énergie et environnement
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/07-secheresse-stockage-eau-sous-terre-scaled.jpg
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Reste à comprendre pourquoi ce réservoir invisible rend des services qu'aucune retenue de surface ne remplace.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [la vidange des nappes phréatiques suivie point par point en septembre](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7607-nappes-phreatiques-vidange-septembre/).

## Le BRGM distingue quatre sécheresses, et la dernière n'a rien de météorologique
Le 6 octobre 2026, le BRGM, service géologique national, a publié [un éclairage consacré aux sécheresses](https://www.brgm.fr/fr/actualite/eclairage/faire-face-aux-secheresses). Le texte s'ouvre sur un rappel : l'été 1976, avec un déficit pluviométrique allant jusqu'à 70 %, 60 départements placés en restriction d'eau et plus de 105 000 hectares de végétation brûlés, avait été jugé historique à l'époque. L'établissement écrit que celle de 2026 **surpasse** même cette référence, en mettant le mot entre guillemets.

Encore faut-il s'entendre sur le mot. « Il y a plusieurs sécheresses », pose d'emblée Jean-Christophe Maréchal, hydrogéologue du BRGM. Le terme en recouvre quatre, qui s'enchaînent. La sécheresse météorologique est un déficit prolongé de précipitations. Associée à des températures élevées, elle entraîne une sécheresse pédologique, celle des sols. Vient ensuite la sécheresse hydrologique, reconnaissable à de faibles débits dans les cours d'eau, à des périodes d'assec plus longues, à une recharge insuffisante des nappes souterraines et à la baisse de leur niveau. La quatrième, dite socio-économique, ne se mesure plus en millimètres : elle désigne les impacts sur le fonctionnement des milieux et sur les activités humaines.

Le changement climatique agit deux fois dans cette chaîne, relève l'hydrogéologue. Directement, en asséchant. Indirectement ensuite, car plus il fait chaud et sec, plus les besoins en eau augmentent, et avec eux les prélèvements, pour les usages domestiques, l'agriculture, l'industrie et la lutte contre les incendies. La demande monte au moment précis où la ressource baisse.

## En été, 80 à 100 % de l'eau des rivières sort du sous-sol
Deux chiffres clés accompagnent le texte du BRGM, et ils suffisent à expliquer pourquoi l'établissement travaille sur l'invisible. Le premier : **entre 80 et 100 % du débit des cours d'eau provient des nappes souterraines durant l'été**. Autrement dit, à la saison où la pluie manque, une rivière coule surtout parce qu'une nappe se vide en dessous. Le second : 66 % des prélèvements d'eau destinés à la consommation humaine viennent de ces mêmes eaux souterraines.

La sécheresse ne réduit pas seulement la quantité disponible tout au long du cycle de l'eau, elle en dégrade aussi la qualité, à commencer par l'élévation de sa température. S'y ajoute un effet moins intuitif : la diminution des apports d'eau souterraine, de bonne qualité, entraîne une plus forte concentration de certains contaminants dans les eaux de surface.

Question suivante : que deviennent ces contaminants une fois arrivés dans le réseau hydrographique ? [Les résidus de pesticides qui persistent des décennies dans les sols et les rivières françaises](https://lepointdujour.fr/actualite/6401-pesticides-des-residus-fantomes-polluent-sols-et-rivieres-en-france-pendant-des-decennies/) donnent un élément de réponse.

Deux autres conséquences sont plus matérielles. L'assèchement des sols amplifie le retrait-gonflement des argiles, ce mouvement de terrain à l'origine de fissures et d'instabilités sur le bâti. Et en zone côtière, la baisse du niveau des nappes laisse progresser le biseau salé vers l'intérieur des terres, avec le risque de saliniser des ressources d'eau douce.

Les quatre étages de la sécheresse, tels que le BRGM les décrit :

Type de sécheresseCe qui est observéConséquence citée par le BRGMMétéorologiqueUn déficit prolongé de précipitationsPoint de départ de la chaîne, aggravé par des températures élevéesPédologiqueLe dessèchement des solsAmplification du retrait-gonflement des argilesHydrologiqueLe débit des cours d'eau et la recharge des nappesPériodes d'assec plus longues, baisse du niveau des nappesSocio-économiqueLes impacts sur les milieux et les activités humainesRestrictions d'eau, voire interdiction de certains prélèvements
## Recharger une nappe l'hiver pour la soulager l'été
Face à cela, l'établissement décrit plusieurs leviers, dont deux retiennent l'attention parce qu'ils touchent au sous-sol. La première rassemble des solutions fondées sur la nature : désimperméabilisation des sols, reforestation, reméandrage des cours d'eau, changement de pratiques agricoles. La seconde regroupe des dispositifs techniques dont le principe tient en une phrase, stocker de l'eau sous terre pour en disposer ultérieurement.

![Cascade jaillissant au pied d'une falaise calcaire percée d'un large porche, au-dessus d'une vasque d'eau verte](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/07-secheresse-stockage-eau-sous-terre-photo2.jpg)La source du Lison, résurgence karstique du Jura, près de Nans-sous-Sainte-Anne, dans le Doubs. Crédit : Einaz80, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).Le plus abouti porte un sigle, MAR, pour recharge maîtrisée des aquifères. Il consiste à infiltrer dans une nappe, l'hiver, de l'eau de surface en surplus, afin que cette nappe puisse ensuite soutenir, l'été, la capacité d'un captage ou le débit d'étiage d'un cours d'eau, ainsi que les écosystèmes associés. Le BRGM indique avoir développé une expertise solide sur ce procédé. Sa mise en œuvre reste exigeante : elle suppose des études préalables et un test grandeur nature, comme celui mené actuellement en Haute-Garonne.

Le stockage souterrain n'est pas le seul modèle. [La réserve agricole du lac de Serre-Ponçon](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/8194-serre-poncon-villages-engloutis-reserve-eau/) représente la version de surface, concentrée en un point et visible de tous.

## Des barrières sous terre, et des réserves encore mal connues
Le BRGM étudie également les barrières physiques souterraines. Ces ouvrages, utilisés depuis longtemps dans des régions à fort contraste de précipitations, pourraient constituer un outil d'adaptation aux sécheresses en France. L'établissement développe des modèles afin d'identifier les caractéristiques les mieux adaptées, type et dimensions, selon le contexte hydrogéologique et la situation locale. L'infographie publiée la veille range ces barrières parmi les dispositifs de stockage souterrain et de lutte contre l'intrusion d'eau salée en zone côtière.

Reste la question des réserves elles-mêmes. L'établissement explore la piste des eaux non conventionnelles, les eaux de mine par exemple, et cherche à identifier des ressources encore inexploitées et potentiellement importantes. Trois pistes sont citées : les aquifères karstiques, ces réseaux creusés dans les roches carbonatées, les aquifères dits sous couverture, surmontés d'une formation imperméable, et les nappes fluvio-glaciaires en montagne.

Un autre chantier du BRGM, le projet ESTHER, a mis en évidence le rôle des eaux souterraines dans la régulation de la température des rivières qu'elles alimentent : leurs arrivées profondes créent des refuges thermiques pour la faune aquatique. Les travaux se poursuivent pour anticiper les effets du réchauffement climatique sur la température des cours d'eau et réduire la vulnérabilité de ces refuges.

L'été écoulé a donné la mesure du problème à l'échelle du continent : [les débits des grands fleuves européens sont tombés à leur plus bas niveau depuis 1992](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/8232-debits-rivieres-europe-record-bas/).

## Prévoir à six mois, projeter à 2100, et rien d'universel
Tout cela suppose de mesurer. Le BRGM suit en continu l'état des ressources en eaux souterraines grâce au réseau piézométrique national. Ces données permettent d'établir toutes les deux semaines le bulletin de situation des nappes, à la fois outil d'information, de sensibilisation et d'aide à la décision. Les mesures sont ensuite diffusées, archivées puis valorisées dans MétéEAU Nappes, une plateforme de l'établissement.

De la mesure à la prévision, le pas est technique. « Pour pouvoir simuler l'évolution d'une nappe, il faut comprendre son fonctionnement, afin de concevoir le modèle numérique et disposer d'un grand nombre de données antérieures, afin de le calibrer », explique Jean-Christophe Maréchal. Le résultat tient en une échéance : des prévisions jusqu'à six mois. Le projet national Explore 2 va plus loin, avec des projections de l'évolution du niveau des nappes et de la recharge naturelle en France à l'horizon 2100.

La limite est posée par l'hydrogéologue lui-même : « La gestion durable de l'eau ne repose pas sur une seule action mais sur la combinaison de plusieurs réponses adaptées au contexte local. » Aucune des solutions réunies dans [l'infographie du 5 octobre](https://www.brgm.fr/fr/actualite/infographie/leviers-action-reponse-aux-secheresses) ne vaut donc partout. Le BRGM ne chiffre d'ailleurs ni le volume qu'une recharge maîtrisée permettrait de stocker à l'échelle du pays, ni le coût de ces ouvrages : le test de Haute-Garonne est précisément là pour répondre, sur un cas.

Les prochaines étapes, de cet essai grandeur nature aux projections d'Explore 2, se liront au fil des publications du service géologique national. Ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google permet de ne pas les manquer.

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