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# Inaugurée en 1966, l'usine marémotrice de la Rance tire 500 GWh par an des marées, et des experts lui imputent la moitié des dépôts de l'estuaire
**URL:** https://lepointdujour.fr/energie-environnement/8249-usine-maremotrice-rance-sedimentation/
Date: 2026-10-06
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Inaugurée en 1966, l'usine de la Rance produit 500 GWh par an avec 24 groupes bulbe, mais des experts estiment qu'elle double les dépôts de l'estuaire.
Categories: Énergie et environnement
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/usine-maremotrice-rance-sedimentation-scaled.jpg
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Derrière la route qui relie Dinard à Saint-Malo, une centrale sous-marine pionnière vit au rythme de la Manche, avec un entretien coûteux et des dépôts de sédiments que les scientifiques ont fini par chiffrer.
Le 26 novembre 1966, le général de Gaulle inaugure entre Dinard et Saint-Malo une usine qui n'existe encore nulle part ailleurs. Sous la chaussée qui porte aujourd'hui la route départementale 168, 24 machines en forme de bulbe attendent que la mer monte puis redescende. En 2026, elles tournent toujours, sous une route où passent en moyenne 30 000 véhicules par jour selon EDF.
## L'usine marémotrice de la Rance, 240 MW installés sous une route
L'usine marémotrice de la Rance est exploitée par EDF à l'embouchure de l'estuaire, en Ille-et-Vilaine. Selon [la page que l'exploitant consacre au site](https://www.edf.fr/usine-maremotrice-rance/produire-de-lelectricite), sa mise en service en 1966 en a fait la première usine marémotrice au monde, au terme de six ans de travaux. Les dimensions publiées par EDF :
- une usine sous-marine de 390 mètres de long et 33 mètres de large, qui descend jusqu'à 13 mètres sous le zéro des cartes marines ;
- 24 groupes de production de type bulbe de 10 MW chacun, soit 240 MW installés ;
- un barrage mobile de 115 mètres équipé de 6 vannes de 100 tonnes chacune ;
- une retenue de 184 millions de mètres cubes d'eau, longue de 20 kilomètres et classée Natura 2000.
EDF rappelle que le site connaît les plus grandes marées d'Europe, avec une variation du niveau de la mer qui peut atteindre 13,50 mètres.
## Des turbines bulbe qui produisent dans les deux sens
À marée montante, l'eau traverse l'usine et les vannes pour remplir l'estuaire, puis les vannes se ferment. Quand la mer redescend et que l'écart de hauteur atteint 4 mètres, les groupes démarrent. Lors des grandes marées, l'usine produit aussi dans l'autre sens, de la mer vers l'estuaire.
Chaque groupe bulbe associe une turbine Kaplan à quatre pales orientables et un alternateur logé dans une coque étanche immergée. Un communiqué EDF de février 2024 précise qu'un groupe mesure 14 mètres de long, 5 mètres de diamètre et pèse 470 tonnes. L'exploitant affirme que ces machines ont été conçues spécialement pour la Rance et qu'elles sont aujourd'hui utilisées partout dans le monde.
EDF indiquait en janvier 2021 que l'usine produit chaque année 500 GWh, l'équivalent de la consommation de 225 000 habitants, soit la ville de Rennes. En 2023, selon le communiqué de février 2024, le site a représenté un peu moins de 10 % de l'électricité produite en Bretagne. Pour la situer dans le bilan national, on peut relire [notre point sur les chiffres clés de l'énergie en France en 2025](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/8069-chiffres-cles-energie-france/).
## 30 millions d'euros pour maintenir l'usine jusqu'en 2026
EDF a annoncé 30 millions d'euros d'investissements sur la période 2021 à 2026, après 56 millions d'euros engagés depuis 2012. Les chantiers décrits dans ses communiqués :
Vue de l'intérieur du barrage depuis l'espace de découverte de l'usine marémotrice de la Rance (janvier 2014). Crédit : Samshay, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
- à partir du 1er février 2021, la rénovation de la vanne n°5 du barrage mobile, prévue sur 9 mois pour environ 1 million d'euros ;
- en 2023, plus de 7 millions d'euros de travaux, dont le remplacement de l'un des 3 transformateurs ;
- de novembre 2023 à mai 2025, la rénovation complète d'un groupe, la cinquième depuis 2012, programmée sur 19 mois pour 6,7 millions d'euros, dont 6 mois rien que pour le démontage.
## Une sédimentation de l'estuaire multipliée par deux
Sur [sa page consacrée à la sur-sédimentation](https://www.edf.fr/groupe-edf/produire-durablement/accelerer-le-developpement-des-energies-renouvelables/l-usine-maremotrice-de-la-rance/sur-sedimentation-de-l-estuaire-de-la-rance), EDF écrit que le barrage a un effet sur les dépôts de l'estuaire, tout en rappelant que tous les estuaires sédimentent naturellement. L'entreprise reprend l'estimation du Conseil scientifique du plan de gestion des sédiments en Rance, pour qui la part liée à l'usine représente 50 % du volume déposé chaque année.
Dans un entretien vidéo publié par EDF, Pierre Le Hir et Bruno Caline, président et membre de ce conseil, détaillent le mécanisme. L'usine a fortement réduit l'amplitude de la marée, les courants y sont à peu près deux fois plus faibles et les étals de pleine mer durent plus longtemps, deux conditions favorables au dépôt. Leurs simulations concluent à une sédimentation multipliée par deux, un résultat retrouvé dans les carottes prélevées dans le bassin. Les écarts restent forts selon les secteurs :
- près du barrage, la sédimentation est doublée mais reste inférieure à un centimètre par an ;
- dans le secteur central et le bras de Châteauneuf, le facteur varie entre 2 et 3 ;
- dans les deux secteurs les plus en amont, les taux atteignent 5 à 6 centimètres par an, et le facteur monte à 3 dans le plus éloigné.
Les mêmes experts notent que l'essentiel des apports arrive de la mer pendant les tempêtes, sans appauvrissement de la biodiversité. Depuis 2020, l'usine applique un nouveau référentiel des niveaux d'eau, issu d'une concertation menée de 2015 à 2019. D'après les relevés de l'établissement public territorial de bassin Rance Frémur, le volume déposé chaque année a baissé d'un tiers depuis 2018, et EDF présente le lien avec ces réglages comme une hypothèse. D'autres modes de fonctionnement doivent être testés en grandeur nature à partir de 2026 ; selon le conseil scientifique, ce type de réglage se traduit par une perte de production électrique. EDF finance à 50 % le plan de gestion 2024 à 2028.
Les principaux repères chiffrés tirés des documents d'EDF :
IndicateurValeurSource et datePuissance installée240 MW (24 groupes de 10 MW)EDF, page du siteProduction annuelle500 GWhEDF, communiqué de janvier 2021Part de l'électricité produite en Bretagneun peu moins de 10 % en 2023EDF, communiqué de février 2024Investissements prévus30 millions d'euros sur 2021 à 2026EDF, communiqués 2021 et 2024Part du dépôt annuel attribuée à l'usine50 %Conseil scientifique, cité par EDFVolume déposé chaque annéeen baisse d'un tiers depuis 2018EPTB Rance Frémur, cité par EDF
## Pourquoi le modèle a peu essaimé
EDF présente la Rance comme l'une des deux seules usines au monde à produire de l'électricité à grande échelle grâce aux marées, et comme la deuxième plus grande. La plus puissante est celle du lac Sihwa, en Corée du Sud : selon [la base Tethys du laboratoire américain PNNL](https://tethys.pnnl.gov/project-sites/sihwa-tidal-power-plant), elle est entrée en service en août 2011 avec 10 turbines pour 254 MW et produit environ 550 GWh par an. Elle s'appuie sur une digue de 12,7 kilomètres fermée en 1994 pour un projet de poldérisation.
Le Royaume-Uni illustre l'obstacle économique. Le 25 juin 2018, le ministre Greg Clark a refusé devant le Parlement de soutenir [la lagune marémotrice de Swansea Bay](https://www.gov.uk/government/speeches/proposed-swansea-bay-tidal-lagoon), faute de rapport qualité-prix suffisant. Le projet coûtait 1,3 milliard de livres pour environ 0,15 % de l'électricité consommée chaque année dans le pays, quand la même production sur 60 ans aurait coûté environ 400 millions de livres en éolien en mer.
Le site compte aussi : EDF explique avoir choisi la Rance pour la forte amplitude de ses marées, et son barrage modifie le fonctionnement de tout l'estuaire. Les grandes retenues d'eau transforment elles aussi les vallées, comme le montre [l'histoire des deux villages engloutis sous le lac de Serre-Ponçon](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/8194-serre-poncon-villages-engloutis-reserve-eau/).
## Ce que l'on ne sait pas encore
EDF écrit elle-même, dans sa foire aux questions, que les effets de la mise en service du site sur les dépôts ne sont pas quantifiés à ce jour, alors que le conseil scientifique avance une part de 50 %. D'autres points restent ouverts :
- la baisse des dépôts depuis 2018 n'est pas formellement attribuée aux réglages de 2020 ;
- l'efficacité des nouveaux modes de fonctionnement ne sera connue qu'après les essais de 2026 ;
- la part de la production bretonne varie selon les pages d'EDF, entre 8 %, un peu moins de 10 % et 12 %.
## Questions fréquentes
### Quand l'usine marémotrice de la Rance a-t-elle été inaugurée ?
Elle a été inaugurée le 26 novembre 1966 par le général de Gaulle, après six ans de travaux. Elle était alors la première usine marémotrice au monde, selon EDF.
### Combien d'électricité produit-elle ?
EDF indiquait en 2021 une production annuelle de 500 GWh pour 240 MW installés, soit la consommation de 225 000 habitants selon l'exploitant.
### Combien de turbines compte l'usine ?
Elle compte 24 groupes bulbe de 10 MW chacun, capables de produire dans les deux sens.
### Le barrage est-il responsable de l'envasement de la Rance ?
En partie. Le conseil scientifique du plan de gestion estime que l'usine est à l'origine de la moitié du volume déposé chaque année, le reste relevant de la sédimentation naturelle de l'estuaire.
### Pourquoi n'en construit-on pas davantage ?
Il faut un site à très fort marnage, et le coût peut être dissuasif. Au Royaume-Uni, le projet de Swansea Bay a été rejeté en 2018, l'éolien en mer offrant la même production pour bien moins cher.
### Peut-on visiter l'usine ?
Oui, EDF présente le site comme la 9e entreprise la plus visitée de Bretagne, avec une offre entièrement gratuite.
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