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# Les scolytes ont sinistré plus de 110 000 hectares d'épicéas depuis 2018, et la crise gagne maintenant les forêts d'altitude
**URL:** https://lepointdujour.fr/energie-environnement/8176-scolytes-epiceas-crise-forets/
Date: 2026-10-04
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: L'ONF chiffre à 20 millions de mètres cubes le bois d'épicéa atteint depuis 2018, et le Haut-Jura reste le massif le plus marqué.
Categories: Énergie et environnement
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/07-scolytes-epiceas-crise-forets-une-scaled.jpg
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Reste à comprendre comment un coléoptère de deux à sept millimètres parvient à vider des versants entiers de leurs épicéas.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [le plan national contre le frelon à pattes jaunes et ses quatre niveaux de pression](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7576-frelon-pattes-jaunes-plan-national/).
## Les scolytes ont sinistré plus de 110 000 hectares d'épicéas depuis 2018
Le 30 septembre 2026, le Commissariat général au développement durable a remis les chiffres de cette épidémie sur la table dans [une note consacrée aux forêts d'épicéas](https://www.notre-environnement.gouv.fr/actualites/breves/article/scolytes-les-forets-d-epiceas-face-a-une-crise-qui-dure). Les scolytes ont touché **plus de 110 000 hectares depuis 2018**, soit près de six fois la superficie de Paris. Au total, environ 20 millions de mètres cubes de bois sont concernés, l'équivalent de près de 8 000 piscines olympiques de 2 mètres de profondeur.
Trois régions concentrent l'essentiel des dégâts : le Grand Est, la Bourgogne-Franche-Comté et l'Auvergne-Rhône-Alpes. Dans ces massifs, la quasi-totalité des épicéas de plaine situés sous 800 mètres d'altitude a été détruite. L'Office national des forêts, qui gère les forêts publiques, parle d'une épidémie partie du Grand Est et étendue depuis à la quasi-totalité des forêts d'épicéas de la moitié nord du pays.
Un scolyte est un petit coléoptère qui se développe sous l'écorce des arbres. Celui qui s'attaque à l'épicéa porte un nom de métier, le typographe, à cause du dessin très régulier qu'il laisse dans le bois. Il n'est pas un nouveau venu : il vit en permanence dans les forêts européennes, en faibles effectifs, et ne devient dangereux que lorsque sa population explose.
## Deux à sept millimètres, et des galeries creusées sous l'écorce
La taille de l'insecte varie entre deux et sept millimètres, précise l'ONF. Les femelles creusent des galeries dans le cambium, la fine couche vivante située juste sous l'écorce, et y déposent leurs œufs. En coupant cette couche qui fait circuler la sève, elles condamnent l'arbre, un par un et par milliers.
Galeries de scolyte typographe mises à nu sous l'écorce d'un épicéa abattu. Crédit : CosyCobra, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0La difficulté tient à la discrétion de l'attaque. **Les trous d'entrée sont presque invisibles**. « Les trous font à peine quelques millimètres de diamètre. Un promeneur ne pourrait pas les voir », résume Hubert Schmuck, chef de projet complexe environnement à l'ONF. Les signes qui alertent arrivent ensuite : des dépôts de sciure sur le tronc et à son pied, des aiguilles qui passent du vert au brun, puis un houppier entièrement dégarni.
Le Département de la santé des forêts, le réseau de surveillance sanitaire du ministère de l'Agriculture, ajoute un seuil utile : le typographe s'attaque surtout aux arbres d'au moins 20 centimètres de diamètre. Autrement dit, ce sont les peuplements arrivés à maturité, ceux qui représentent la valeur économique d'une parcelle, qui partent les premiers. Depuis 2019, ce même département a installé des pièges à phéromones pour suivre les envols.
## Des printemps et des étés trop chauds ont tout déclenché
L'ONF désigne une cause claire : les effets conjugués des printemps et des étés depuis 2018, exceptionnellement chauds et secs. Un épicéa en manque d'eau produit moins de résine, et la résine est sa seule défense, celle qui noie l'insecte quand il perce l'écorce. Un arbre affaibli devient donc une cible, et la chaleur accélère en parallèle le cycle de l'insecte.
Le massif jurassien donne la mesure du changement. Le Département de la santé des forêts y mesure **un excédent thermique de 3 degrés depuis 2018** par rapport à la période 1871-1900. Sur ce terrain réchauffé, les scolytes gagnent désormais les zones hautes du Jura et des Alpes, là où les conditions étaient jusqu'ici plus favorables à l'épicéa qu'à son ravageur. La sécheresse estivale est devenue le facteur déterminant, comme pour tous les milieux qui dépendent d'un stock d'eau, à l'image [des réserves que les barrages de castors relâchent lentement pendant l'été](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7744-barrages-castors-reserves-eau-secheresse/).
## Dans le Jura, la crise ralentit sans s'arrêter
Le ralentissement est réel et il se chiffre. Entre 2019 et 2020, plus de 85 % des épicéas exploités dans le Jura étaient infestés ou dépérissants. Cette part est désormais passée sous les 50 %. La moyenne masque toutefois des écarts importants d'une commune à l'autre : à Saint-Claude, les coupes sanitaires représentent encore 80 % des bois récoltés cette année, contre 40 % à Labergement-Sainte-Marie.
Le bilan dressé par les forestiers tient en quelques ordres de grandeur :
IndicateurValeurCe que cela représenteÉpicéas sinistrés depuis 2018plus de 110 000 hectaresprès de six fois la superficie de ParisBois atteintenviron 20 millions de mètres cubesprès de 8 000 piscines olympiques de 2 mètres de profondeurÉpicéas récoltés en forêt publique entre les étés 2025 et 2026721 000 mètres cubesle rythme actuel des coupes sanitairesÉpicéas exploités infestés ou dépérissants dans le Juraplus de 85 % en 2019 et 2020, moins de 50 % aujourd'huila mesure du ralentissementForêt publique mise à nu dans le Haut-Jura5 000 à 6 000 hectaresun peu moins de 5 % de la forêt publique du départementSur l'ensemble du Haut-Jura, les scolytes ont mis à nu entre 5 000 et 6 000 hectares de forêt publique, un peu moins de 5 % de la forêt publique du département. Le Département de la santé des forêts estime qu'environ 20 % de la surface d'épicéas et de sapins du massif a été affectée depuis 2018. Une bonne nouvelle apparaît tout de même dans son bilan : les mortalités de sapins pectinés adultes, dues à d'autres scolytes du genre Pityokteines, ont fortement régressé en 2025.
## Couper vite, puis replanter autrement
La parade immédiate tient en un mot, la vitesse. Les forestiers repèrent les premiers foyers, abattent les arbres atteints et les sortent de la forêt avant que la génération suivante d'insectes ne s'envole vers les voisins. [Le bilan de huit années de crise publié par l'ONF](https://www.onf.fr/vivre-la-foret/enjeux-foret/changement-climatique-foret/dangers/parasites/+/2d7c::scolytes-le-lourd-bilan-de-huit-annees-de-crise-dans-les-forets-francaises.html) chiffre l'effort : **721 000 mètres cubes d'épicéas ont été récoltés entre les étés 2025 et 2026** dans les forêts publiques concernées. À l'échelle du pays, les volumes d'épicéas récoltés sont passés de 5,1 à 9,2 millions de mètres cubes, soit 18 % du volume total de bois prélevé en forêt.
Ce bois n'est pas perdu. « Un bois scolyté prend une coloration bleu-gris en raison d'un champignon inoculé par l'insecte », explique Aymeric Albert, directeur commercial bois et services à l'ONF, qui rappelle que ce bleuissement est un défaut d'aspect et non de résistance. Le siège national de l'établissement, à Maisons-Alfort, a d'ailleurs été construit avec du bois scolyté.
La réponse de long terme est plus lente. L'ONF plante des essences mieux adaptées à la sécheresse et aux températures élevées, et s'appuie pour cela sur Clim'essences, un outil qui projette le climat futur d'une station forestière afin d'orienter le choix des arbres. L'objectif porte un nom, la forêt mosaïque : mélanger les essences et les âges pour qu'un seul ravageur ne puisse plus faire tomber un versant entier. La reconstitution est financée dans le cadre du dispositif public France Nation verte. Le principe rappelle les protections installées ailleurs sur des milieux fragiles, comme [les bâches blanches qui ralentissent la fonte des glaciers suisses](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7843-baches-glacier-rhone-fonte/).
## Une crise qui ne se refermera pas d'elle-même
La prudence reste de mise. [Le point du Département de la santé des forêts sur le massif jurassien](https://draaf.bourgogne-franche-comte.agriculture.gouv.fr/scolytes-sur-epiceas-une-epidemie-toujours-active-dans-le-massif-jurassien-a1381.html) décrit une épidémie toujours active, et [la description de la crise par l'ONF](https://www.onf.fr/vivre-la-foret/enjeux-foret/changement-climatique-foret/dangers/+/2885::en-foret-la-crise-des-scolytes-saccelere-partout-en-france.html) rappelle que les attaques se déplacent plutôt qu'elles ne disparaissent. Un peuplement replanté aujourd'hui mettra plusieurs décennies à retrouver une hauteur comparable, et personne ne peut garantir que les étés des années 2030 seront plus cléments que ceux de 2018.
La question suivante est celle des autres menaces qui pèsent sur ces mêmes forêts affaiblies, à commencer par [le risque de feux de forêt que Météo-France suit département par département](https://lepointdujour.fr/actualite/4358-meteo-france-alerte-sur-un-risque-eleve-de-feux-de-foret-dans-16-departements-10062025/). Un versant couvert d'épicéas morts et secs ne brûle pas comme une futaie verte, et les coupes sanitaires changent aussi cette donnée.
Ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google permet de suivre les prochains bilans sanitaires publiés sur la forêt française.
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