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# Les forêts françaises ne captent plus que 39 millions de tonnes de CO2 par an contre 63 dix ans plus tôt, car leurs arbres meurent en masse

**URL:** https://lepointdujour.fr/energie-environnement/8141-forets-puits-carbone-mortalite/
Date: 2026-10-04
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Selon l'inventaire forestier 2025 de l'IGN, le puits de carbone des forêts est tombé de 63 à 39 Mt de CO2 par an et la mortalité a bondi de 125 %.
Categories: Énergie et environnement
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/forets-puits-carbone-mortalite-scaled.jpg
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Sécheresses à répétition, scolytes et maladies ont fait basculer la machine à carbone des forêts dans un autre régime, et les deux grands inventaires publics racontent la même histoire.

Chaque année, des équipes de l'IGN parcourent des milliers de placettes de forêt pour mesurer le diamètre et la hauteur des arbres, noter les branches mortes et les arbres disparus. Près de 60 000 placettes ont ainsi été inventoriées de 2020 à 2024, dont 12 000 visitées en 2024. Le 14 octobre 2025, le résultat de ce travail a été publié, et il dessine une forêt qui s'étend encore mais respire beaucoup moins de CO2 qu'avant.

## Puits de carbone des forêts françaises : 39 millions de tonnes de CO2 par an au lieu de 63

Le chiffre central tient en une ligne du [communiqué de l'IGN sur les résultats 2025 de l'Inventaire forestier national](https://www.ign.fr/institut/espace-presse/decouvrez-les-resultats-2025-de-linventaire-forestier-national). Sur la période 2015-2023, les forêts de l'Hexagone et de la Corse ont séquestré en moyenne 39 millions de tonnes de CO2 par an, soit 10,5 millions de tonnes de carbone. Sur la période 2005-2013, elles en absorbaient 63 millions de tonnes par an. La baisse atteint donc 38 % d'une décennie à l'autre.

Un puits de carbone, dans le vocabulaire de l'inventaire, désigne la hausse du stock de carbone contenu dans les arbres. Quand les arbres grandissent plus vite qu'ils ne meurent ou ne sont coupés, le stock augmente et du CO2 est retiré de l'atmosphère. Trois flux font varier ce bilan :

- la production biologique, c'est-à-dire la croissance de tous les arbres vivants ;

- la mortalité, le volume des arbres qui meurent sur pied ;

- les prélèvements, autrement dit les coupes, y compris les coupes sanitaires réalisées pour freiner une épidémie.

Or les deux premiers flux ont évolué dans le mauvais sens en même temps. L'IGN relève que la production biologique a ralenti de 4 %, passant de 91,5 millions de mètres cubes par an sur 2005-2013 à 87,8 millions sur 2015-2023. Dans le même temps, la mortalité a plus que doublé.

## Une mortalité des arbres en hausse de 125 % en dix ans

La mortalité annuelle atteint en moyenne 16,7 millions de mètres cubes par an sur 2015-2023, contre 7,4 millions sur 2005-2013. L'IGN chiffre la hausse à 125 % en dix ans. Les arbres morts représentent désormais 5 % du volume de bois sur pied, toutes dimensions confondues.

Les arbres encore debout ne vont guère mieux. Avec l'indicateur DEPERIS, qui repère les branches mortes en haut du houppier et le manque d'aiguilles ou de ramifications, l'IGN compte sur 2021-2024 environ 193 millions d'arbres altérés, soit 8 % des 2,3 milliards évalués, avec un Nord-Est particulièrement touché.

Trois essences concentrent une grande partie des pertes, selon l'inventaire 2025 :

- l'épicéa commun, avec 2,4 millions de mètres cubes morts par an, victime d'une épidémie de scolytes, de petits coléoptères qui creusent leurs galeries sous l'écorce ;

- le châtaignier, avec 1,7 million de mètres cubes par an, touché par des maladies ;

- le frêne, avec 1,6 million de mètres cubes par an, décimé par la chalarose, une maladie due à un champignon venu d'ailleurs.

Côté symptômes, 26 % des frênes et 21 % des châtaigniers sont classés comme altérés. Pour l'IGN, la chaleur et les sécheresses affaiblissent les arbres et les rendent moins résistants aux bioagresseurs. Les satellites cherchent à détecter ce stress plus tôt, comme [la mission FLEX qui doit mesurer la fluorescence émise par les plantes](https://lepointdujour.fr/sciences/7432-flex-sentinel-3c-fluorescence-vegetation/).

Dans certains massifs du Nord-Est, la mortalité et les coupes sanitaires dépassent même la production biologique, ce qui entraîne selon l'IGN une baisse brutale de stocks constitués sur plusieurs décennies.

## Le stock de carbone grossit encore, mais de plus en plus lentement

La forêt française continue de s'étendre, au rythme moyen de 90 000 hectares par an, et couvre 17,6 millions d'hectares, soit 32 % du territoire hexagonal et corse. L'inventaire dénombre 11,4 milliards d'arbres de plus de 7,5 cm de diamètre, qui renferment 1,35 milliard de tonnes de carbone. En ajoutant le bois mort, la litière et les sols, le réservoir total de l'écosystème forestier est estimé à 2,8 milliards de tonnes de carbone.

![Versant boisé roussi par la sécheresse près de la tour de Châtel-André en Savoie](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/forets-puits-carbone-mortalite-2.jpg)Arbres roussis après plusieurs jours de canicule et de sécheresse au-dessus de Sainte-Marie-de-Cuines, en Maurienne, en août 2026. Crédit : Florian Pépellin, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Ce stock augmente toujours : de 73 tonnes de carbone par hectare en moyenne en 2009, il est passé à 82 tonnes en 2024. C'est sa vitesse d'accroissement qui a chuté. Le carbone circule aussi sous terre, entre racines et champignons, un mécanisme qui reste discuté comme le montre [cette synthèse de 26 études sur les réseaux mycorhiziens](https://lepointdujour.fr/sciences/8082-reseaux-mycorhiziens-arbres-carbone/).

Ce tableau reprend les principaux chiffres de l'inventaire 2025 de l'IGN :

IndicateurPériode anciennePériode récente
Puits de carbone des forêts63 Mt CO2 par an (2005-2013)39 Mt CO2 par an (2015-2023)
Mortalité des arbres7,4 millions de m³ par an (2005-2013)16,7 millions de m³ par an (2015-2023)
Production biologique91,5 millions de m³ par an (2005-2013)87,8 millions de m³ par an (2015-2023)
Carbone dans les arbres vivants73 t par hectare (2009)82 t par hectare (2024)

## Le Citepa observe le même affaiblissement dans l'inventaire national

Le Citepa, chargé de l'inventaire officiel des émissions de gaz à effet de serre de la France, raisonne à une échelle plus large : le secteur des terres et de la forêt, dit UTCATF, qui inclut aussi prairies, cultures, sols et produits bois. Son [rapport Secten 2026, publié en juin 2026](https://www.citepa.org/donnees-air-climat/donnees-gaz-a-effet-de-serre/secten/) estime ce puits net à 52 millions de tonnes d'équivalent CO2 en 2024, ce qui compense environ 14 % des 367 millions de tonnes émises par les autres secteurs.

Le rapport retrace la même trajectoire que l'IGN. Le puits a fortement augmenté entre 1990 et 2005, puis il a drastiquement diminué de 2014 à 2017, passant d'environ 63 millions de tonnes d'équivalent CO2 dans les années 2000 à seulement 46 millions en 2017. Le Citepa attribue cette chute principalement à l'effondrement du puits forestier, sous l'effet de plusieurs causes :

- une forte hausse de la mortalité des arbres liée aux sécheresses répétées depuis 2015 ;

- des crises sanitaires comme les scolytes ou la chalarose ;

- un ralentissement de la croissance des peuplements ;

- une hausse des prélèvements de bois.

Le rapport note que le phénomène touche beaucoup d'autres pays européens, et que les objectifs ont été revus : la dernière version de la stratégie nationale bas carbone, publiée en juin 2026, vise désormais un puits de 24 millions de tonnes d'équivalent CO2 en 2030 et de 22 millions en 2050, des cibles rendues plus réalistes face à l'érosion du puits forestier.

## Des chiffres à manier avec précaution

Les deux séries ne se comparent pas directement. Le chiffre de l'IGN porte sur la seule biomasse des arbres et laisse de côté l'évolution du carbone des sols forestiers, un sujet que l'institut qualifie lui-même de complexe. Le Citepa, lui, couvre l'ensemble des terres, et ses estimations changent avec ses méthodes. Son édition 2025 a intégré le stockage temporaire du carbone dans le bois mort : un arbre qui meurt n'est plus compté tout de suite comme une émission. L'édition 2026 ajoute un puits d'environ 10 millions de tonnes d'équivalent CO2 par an dans les forêts non perturbées de Guyane et corrige à la baisse les défrichements en Hexagone. Le Citepa souligne que ces révisions modifient le niveau du puits sans remettre en cause sa tendance à l'affaiblissement depuis plus d'une décennie.

L'inventaire forestier repose en outre sur cinq années de mesures, et l'IGN rappelle que la dynamique d'une forêt s'analyse sur le temps long. La capacité des peuplements à se renouveler avec des essences plus résistantes reste la grande inconnue.

## Questions fréquentes

### Les forêts françaises émettent-elles désormais plus de CO2 qu'elles n'en absorbent ?

Non, à l'échelle nationale elles restent un puits : 39 millions de tonnes de CO2 par an en moyenne sur 2015-2023 selon l'IGN. En revanche, certains massifs du Nord-Est, où la mortalité et les coupes sanitaires dépassent la croissance, ont perdu cette fonction.

### Pourquoi les arbres meurent-ils davantage ?

L'IGN cite les sécheresses, les incendies et les bioagresseurs, insectes et champignons. Affaiblis par le manque d'eau, les arbres résistent moins bien aux scolytes ou à la chalarose.

### Qu'est-ce qu'un scolyte ?

C'est un petit coléoptère qui creuse ses galeries sous l'écorce des arbres. L'épicéa commun, sa principale victime en France, est l'essence qui perd le plus de volume, avec 2,4 millions de mètres cubes morts par an.

### La surface de forêt diminue-t-elle en France ?

Non, elle progresse d'environ 90 000 hectares par an et atteint 17,6 millions d'hectares. C'est la croissance du bois qui ralentit.

### Que prévoit l'État pour enrayer la baisse ?

La stratégie nationale bas carbone publiée en juin 2026, citée par le Citepa, prévoit notamment de renouveler et d'adapter 10 % de la forêt hexagonale d'ici 2032 et de boiser 200 000 hectares hors forêt de 2030 à 2039.

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