Dossier : Énergie et environnement › Climat et réchauffement
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- Un nom de tempête n’est attribué qu’à partir de la vigilance orange
- Six services météo, une seule liste, et la France qui tient la plume
- D’Adam à Walter, ce que montre la liste 2026-2027
- Pourquoi un prénom change le comportement du public
- Avant 2017, les tempêtes étaient baptisées à Berlin
- Un prénom ne dit rien de la force du vent
Le mistral, lui, ne sera jamais baptisé, et une dépression nommée par les Britanniques gardera son prénom en traversant la France.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : la formation des épisodes méditerranéens et la chaîne de vigilance qui les accompagne.
Un nom de tempête n’est attribué qu’à partir de la vigilance orange
La règle est plus restrictive qu’on ne l’imagine. Météo-France explique qu’une dépression reçoit un prénom uniquement si elle risque de provoquer une vigilance vent au moins de niveau orange sur l’un des six pays qui partagent la liste. Une dépression creuse mais inoffensive reste donc anonyme.
Le service météorologique qui prévoit d’émettre le premier l’alerte orange ou rouge attribue le nom, puis informe les cinq autres. La dépression garde ensuite le même nom pendant tout son cycle de vie, d’un pays à l’autre et jusqu’à sa dissipation. Les vents régionaux, comme le mistral, n’entrent pas dans ce cadre et ne sont jamais nommés, même quand ils soufflent fort.
Reste à savoir ce que recouvre ce seuil. Météo-France considère un vent comme violent, donc dangereux, lorsque sa vitesse atteint 80 km/h en vent moyen et 100 km/h en rafales à l’intérieur des terres, avec des seuils plus élevés sur les côtes et dans le Sud-Est, où ces vitesses sont plus courantes.
Six services météo, une seule liste, et la France qui tient la plume
Le groupe dit Sud-Ouest réunit Météo-France, l’AEMET espagnole, l’IPMA portugais, l’IRM belge, METEOLUX au Luxembourg et, depuis 2025, Meteo ANDORRA. Chaque année, par rotation, l’un de ces services propose la liste principale. Pour la saison 2026-2027, ouverte le 1er septembre, c’est à la France que revenait ce travail.
Météo-France a choisi de faire participer le public : lors d’un sondage organisé au printemps, plus de 40 000 personnes ont soumis des propositions de prénoms. Les noms les plus plébiscités ont ensuite été soumis aux cinq autres services, puis arbitrés en concertation avec les autres groupes européens de nommage, réunis sous l’égide d’EUMETNET, le réseau des services météorologiques du continent.
La coordination ne s’arrête pas aux Pyrénées. Quand une tempête doit d’abord toucher l’Irlande, la Grande-Bretagne ou les Pays-Bas, c’est le groupe Ouest qui la baptise, avec sa propre liste, et Météo-France reprend ce nom. L’inverse vaut aussi, et le dispositif s’étend désormais aux pays méditerranéens, eux aussi constitués en groupes.
D’Adam à Walter, ce que montre la liste 2026-2027
Les 21 prénoms retenus sont, dans l’ordre : Adam, Bruna, Charles, Diane, Eric, Flora, Gabriel, Heloise, Igor, Julia, Kevin, Lola, Michel, Nathalie, Oscar, Paola, Rafael, Sandra, Thomas, Vera et Walter. La lecture de la liste livre deux informations que le communiqué ne commente pas : elle alterne systématiquement un prénom masculin et un prénom féminin, et elle ne compte aucun nom pour les lettres Q, U, X, Y et Z, ce qui ramène l’alphabet à 21 entrées.

Une exception mérite d’être connue. Un pays peut, à titre exceptionnel, nommer une tempête pour autre chose que du vent violent. Ce fut le cas de Patricia, baptisée le 2 août 2023 au titre de la vigilance vagues-submersion. Le nom des tempêtes n’est donc pas réservé mécaniquement au paramètre vent, même si c’est le cas général.
Les règles du dispositif tiennent en cinq points :
| Point de règle | Ce qui s’applique | Précision |
|---|---|---|
| Seuil de déclenchement | une vigilance vent orange ou rouge attendue | sur l’un des six pays du groupe Sud-Ouest |
| Qui attribue le nom | le service qui prévoit d’émettre l’alerte le premier | il informe ensuite les cinq autres |
| Durée du nom | tout le cycle de vie de la dépression | il ne change pas en passant une frontière |
| Nombre de noms | 21 pour la saison 2026-2027 | d’Adam à Walter, liste proposée par la France |
| Hors dispositif | les vents régionaux comme le mistral | ils ne sont jamais nommés |
Pourquoi un prénom change le comportement du public
L’objectif affiché est la communication. Donner un nom permet de parler d’un seul et même phénomène, d’un bulletin à l’autre et d’un média à l’autre, à l’approche d’un épisode de vent violent. Le Royaume-Uni et l’Irlande ont lancé le principe en 2016, rejoints depuis par les Pays-Bas.
Les sondages menés dans ces deux pays ont convaincu les voisins : la population se montre beaucoup plus attentive aux consignes de sécurité quand la menace de vent fort est clairement identifiée comme liée à une tempête nommée. Un nom de tempête fonctionne comme une étiquette qui empêche l’information de se diluer dans le flux météo ordinaire.
Le calendrier de la vigilance accompagne ce dispositif. Les cartes couvrent la journée en cours et le lendemain jusqu’à minuit, et sont actualisées au minimum deux fois par jour, à 6 heures et à 16 heures. La question suivante est celle de l’intensité des phénomènes, qui ne se lit pas dans le prénom retenu.
Avant 2017, les tempêtes étaient baptisées à Berlin
Le système actuel est récent. Depuis 1954, c’était l’Université libre de Berlin qui baptisait l’ensemble des anticyclones et des dépressions circulant sur l’Atlantique et l’Europe. Les noms restés dans la mémoire collective en viennent : Xynthia, Klaus, Dirk, Petra ou Qumaira. En 2017, Météo-France et ses partenaires d’alors ont décidé de bâtir leur propre système, destiné aux médias, au grand public, aux institutions et aux partenaires, et n’utilisent plus les noms berlinois.
Ce changement a aussi modifié le sens de l’exercice. L’université allemande nommait toutes les dépressions, sans distinction de dangerosité. Le dispositif européen, lui, ne nomme que ce qui justifie une alerte, ce qui rend le simple fait d’entendre un prénom à la radio porteur d’une information. Les orages et les tornades localisées n’entrent pas dans ce cadre et restent désignés par leur lieu.
Un prénom ne dit rien de la force du vent
Reste une limite, et elle est de taille. Le nom des tempêtes signale un risque, pas une intensité. Les tempêtes remarquables recensées par Météo-France montrent l’écart : Lothar, les 25 et 26 décembre 1999, a produit des rafales de 173 km/h à Saint-Brieuc et à Orly et de 169 km/h à Paris, et reste la tempête la plus sévère en France depuis 1980. Le lendemain, Martin atteignait 198 km/h à Saint-Denis-d’Oléron et 194 km/h à Royan. Klaus, le 24 janvier 2009, a été mesurée à 191 km/h au cap Béar.
Plus près de nous, Ciarán a conduit Météo-France à déclencher la vigilance rouge dans trois départements, la Manche, le Finistère et les Côtes-d’Armor, le mercredi 1er novembre 2023 à 6 heures. Domingos, deux jours après, a donné 144 km/h à Cognac, 136 km/h à Niort et 129 km/h à Poitiers-Biard. Ces deux dépressions portaient un prénom de la même liste, sans que le prénom laisse deviner cet écart. Le passage de la tempête Floris avait déjà illustré cette distance entre l’étiquette et les faits mesurés.
Enfin, un nom plus fréquent ne signifierait pas un climat plus venteux. Météo-France rappelle qu’en France aucun signal n’apparaît sur l’évolution de l’intensité des vents forts comme ceux des tempêtes, et que le dernier rapport du Giec reste très prudent sur leur évolution future en Europe : seule la partie nord du continent verrait la fréquence et l’amplitude de ces vents augmenter, pour un réchauffement de 2 degrés ou plus. La saison qui commence dira combien de ces 21 prénoms seront utilisés. Ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google permet d’en suivre le décompte.
Crédit photo © LePointDuJour

