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# Le Grand Lac Salé a perdu 73 % de son eau, et quatre ans après son record de 2022, il est presque revenu à son plus bas niveau

**URL:** https://lepointdujour.fr/energie-environnement/8031-grand-lac-sale-niveau-record/
Date: 2026-10-02
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Tombé à 4 188,5 pieds en novembre 2022 selon l'USGS, le Grand Lac Salé est remonté en 2023, puis redescendu à 4 189,7 pieds fin septembre 2026.
Categories: Énergie et environnement
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/grand-lac-sale-niveau-record-scaled.jpg
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Entre l'eau pompée en amont, la poussière chargée de métaux et un rebond trop court, le plus grand lac salé des États-Unis raconte comment une région assèche sa propre réserve.

Le 7 novembre 2022, la sonde de l'USGS installée au port de Saltair, sur la rive sud du Grand Lac Salé, affiche 4 188,5 pieds d'altitude, soit environ 1 277 mètres. Jamais la surface du lac n'était descendue aussi bas depuis le début des relevés au XIXe siècle. Quatre ans plus tard, malgré un hiver très enneigé, la courbe est presque revenue à son point de départ.

## Le Grand Lac Salé au plus bas : ce que mesure l'USGS

Le Grand Lac Salé, dans l'Utah, est un lac terminal : aucune rivière n'en sort, l'eau ne repart que par évaporation. Selon l'[USGS, l'institut géologique américain qui exploite la station de Saltair](https://waterdata.usgs.gov/monitoring-location/USGS-10010000/), le bras sud avait atteint un maximum historique de 4 211,60 pieds le 3 juin 1986, avec une surface d'environ 2 300 miles carrés. Au minimum de 2022, le lac couvrait moins de 1 000 miles carrés.

Le rapport d'urgence publié en janvier 2023 par une équipe de l'[université Brigham Young (BYU)](https://pws.byu.edu/great-salt-lake), dirigé par l'écologue Benjamin Abbott, chiffre l'ampleur de la perte :

- le lac avait perdu 73 % de son eau et 60 % de sa surface ;

- il se trouvait 19 pieds (près de 6 mètres) sous son niveau naturel moyen depuis 1850 ;

- depuis 2020, il perdait en moyenne 1,2 million d'acres-pieds par an, soit environ 1,5 milliard de mètres cubes.

À ce rythme, les auteurs estimaient alors que le lac, tel qu'on le connaît, pouvait disparaître en cinq ans.

## Une baisse fabriquée en amont, par les champs et les villes

La sécheresse a accéléré la chute, mais elle ne l'explique pas seule. La Division des ressources en faune de l'Utah estime que le lac est environ 11 pieds plus bas qu'il ne le serait sans les prélèvements humains. Selon un rapport du Service de recherche du Congrès américain (CRS) daté du 30 avril 2026, la rivière Bear fournit environ 64 % des apports, la Jordan 20 % et la Weber 16 %.

Le rapport de BYU détaille la répartition de la consommation d'eau dans le bassin :

- l'agriculture irriguée représente environ les trois quarts de la consommation totale ;

- l'extraction de minéraux environ 9 % ;

- les villes et l'industrie environ 9 %, dont 90 % pour l'arrosage extérieur.

Selon le CRS, l'irrigation prélève environ 1,5 million d'acres-pieds par an, un volume assez stable entre 1989 et 2023. La NASA ajoute deux tendances : la neige des montagnes fond au moins une semaine plus tôt qu'il y a vingt ans, et le débit cumulé des trois rivières a baissé de 39 % depuis le milieu du XIXe siècle.

## Des rives à nu chargées d'arsenic, à quelques kilomètres de Salt Lake City

Le CRS indique qu'en 2025, plus de 800 miles carrés de fond lacustre, soit plus de 2 000 km², étaient exposés à l'air. Le rapport de BYU y recense notamment de l'arsenic, du mercure, du plomb et du sélénium, transportables par des particules de moins de 10 microns.

Une équipe de l'[université de l'Utah](https://attheu.utah.edu/research/just-how-dangerous-is-great-salt-lake-dust-new-research-looks-for-clues/) menée par Kerry Kelly et Kevin Perry a analysé ces poussières dans la revue Atmospheric Environment en 2024 :

- seuls 9 % du fond exposé, soit environ 175 km², émettent réellement de la poussière ;

- l'arsenic et le lithium dépassent les seuils de dépistage de l'Agence américaine de protection de l'environnement pour les sols résidentiels ;

- les coups de vent arrivent en général du sud-ouest, soufflent vers le nord pendant quelques heures, puis tournent vers le sud, où se trouve l'agglomération.

Le scénario rappelle celui de [la mer d'Aral, dont l'ancien fond soulève chaque année des millions de tonnes de poussière](https://lepointdujour.fr/sciences/7745-mer-aral-desert-aralkum-poussieres/).

## Crevettes de saumure et oiseaux migrateurs : un écosystème suspendu au niveau

Selon le CRS, le lac fournit environ 40 % des œufs de crevettes de saumure (artémias) vendus dans le monde, et ses abords accueillent environ 10 millions d'oiseaux appartenant à plus de 300 espèces.

![Bison broutant parmi des tournesols sauvages sur Antelope Island, devant le Grand Lac Salé et les monts Wasatch](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/grand-lac-sale-niveau-record-2.jpg)Un bison sur Antelope Island, la plus grande île du Grand Lac Salé, en septembre 2019. Crédit : Matthew Dillon, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.
Le danger vient du sel. Une digue ferroviaire coupe le lac en deux, et en 2022 l'eau du bras nord, plus salée, passait vers le bras sud au point de menacer les crevettes et les oiseaux qui s'en nourrissent. En septembre 2022, la [Division des forêts, du feu et des terres de l'État de l'Utah](https://ffsl.utah.gov/uncategorized/dnr-modifies-great-salt-lake-causeway-breach-in-response-to-salinity-issues/) a annoncé que la berme au fond de la brèche de la digue avait été rehaussée de quatre pieds fin juillet, pour freiner ces flux d'eau très salée.

## Le rebond de 2023 et le retour vers le plancher

Selon la NASA, les relevés de février 2023 montraient davantage de neige que la moyenne autour du lac. Les relevés journaliers de l'USGS à Saltair montrent l'effet de la fonte : 4 189,2 pieds le 3 janvier 2023, puis 4 194,0 pieds le 19 juin 2023, soit un gain d'environ 1,5 mètre en six mois. Le lac a encore atteint 4 195,2 pieds le 7 mai 2024.

Depuis, chaque pic printanier est plus bas que le précédent. Les relevés de l'USGS, provisoires pour les derniers mois, résument cette trajectoire :

Date (station USGS de Saltair)Niveau du lac3 juin 1986, record haut4 211,60 pieds7 novembre 2022, record bas4 188,5 pieds19 juin 2023, après le rebond4 194,0 pieds7 mai 2024, pic récent4 195,2 pieds30 septembre 2026, provisoire4 189,7 pieds
Fin septembre 2026, le lac n'est donc plus qu'à 1,2 pied, soit environ 37 centimètres, de son record de 2022. En janvier 2026 déjà, l'équipe MODIS de la NASA décrivait un lac dont le niveau oscillait près des records de basses eaux.

## Les mesures prises par l'Utah depuis 2022

L'État a multiplié les outils en quelques années, selon le CRS et les documents officiels :

- 2023 : création d'un bureau du commissaire au Grand Lac Salé, confié à Brian Steed, aujourd'hui remplacé par Hannah Freeze ;

- 2023 : 40 millions de dollars pour fonder la Great Salt Lake Watershed Enhancement Trust, pour plus d'eau dans le lac et ses zones humides ;

- 2023 : suspension, par proclamation, des nouvelles attributions de droits d'eau dans le bassin ;

- janvier 2024 : plan stratégique fixant une fourchette cible de 4 198 à 4 205 pieds, à atteindre en 30 ans ;

- 2025 : 1 million de dollars pour un programme d'eau à long terme et 50 millions de dollars de financement fédéral du Bureau of Reclamation.

L'écart reste considérable. Le rapport de BYU estimait qu'il fallait un million d'acres-pieds supplémentaires par an pour inverser la tendance, ce qui supposerait de réduire la consommation d'eau du bassin d'un tiers à la moitié. Le cas rappelle celui de [la mer Morte, dont le niveau baisse de 1,2 mètre par an](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7982-mer-morte-baisse-dolines/).

## Ce que l'on ne sait pas encore

Le risque sanitaire des poussières reste débattu. Selon le CRS, plus de dix ans de surveillance n'ont montré aucune hausse de l'arsenic ou des autres métaux dans l'air à mesure que le lac baissait. L'étude de l'université de l'Utah porte sur les sédiments, pas sur l'exposition réelle des habitants.

La disparition en cinq ans annoncée par BYU supposait que le rythme de perte de 2020 à 2022 se poursuive ; l'hiver suivant l'a démentie. Mais le rebond de 2023 montre aussi qu'un seul hiver neigeux ne suffit pas sans baisse durable des prélèvements. Enfin, les dernières valeurs de l'USGS sont provisoires et peuvent être légèrement corrigées.

## Questions fréquentes

### Le Grand Lac Salé peut-il disparaître complètement ?

En janvier 2023, l'équipe de BYU jugeait le lac, tel qu'on le connaît, en voie de disparition en cinq ans si le rythme de perte se maintenait. L'hiver suivant l'a fait remonter, mais fin septembre 2026 il est de nouveau proche du record.

### Pourquoi le lac est-il salé ?

C'est un lac terminal : l'eau des rivières y entre mais n'en ressort que par évaporation. Les sels dissous restent sur place et se concentrent, surtout dans le bras nord, séparé du reste par une digue ferroviaire.

### L'arsenic du lac est-il dangereux pour les habitants de Salt Lake City ?

Les sédiments exposés dépassent les seuils de l'Agence américaine de protection de l'environnement pour l'arsenic dans les sols résidentiels, selon l'université de l'Utah. Mais plus de dix ans de suivi n'ont montré aucune hausse de l'arsenic dans l'air, d'après le CRS.

### Qui consomme l'eau qui manque au lac ?

D'après le rapport de BYU, l'agriculture irriguée représente environ les trois quarts de la consommation d'eau du bassin.

### À quel niveau le lac est-il considéré comme sain ?

Le plan stratégique de l'Utah publié en janvier 2024 vise une fourchette de 4 198 à 4 205 pieds. Fin septembre 2026, le lac se situait autour de 4 189,7 pieds, soit environ 8 pieds sous le bas de cette fourchette.

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