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# Le dixième Ocean State Report de Copernicus mesure un océan 17 % plus acide depuis 1985 et une chaleur stockée record en 2025
**URL:** https://lepointdujour.fr/energie-environnement/8017-ocean-state-report-copernicus-decennie/
Date: 2026-10-01
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Publié le 30 septembre, le dixième Ocean State Report relève aussi des vagues de chaleur à plus de 4,6 degrés au-dessus de la moyenne.
Categories: Énergie et environnement
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/10/07-ocean-state-report-copernicus-decennie-scaled.jpg
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Dix ans de mesures continues permettent maintenant de séparer ce qui relève de la respiration naturelle de l'océan et ce qui n'en relève plus.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [l'alliance OceanEye et les 8 000 plateformes qui mesurent l'océan](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7830-oceaneye-alliance-observation-ocean/).
## Le dixième Ocean State Report décrit un océan en transformation
Le Copernicus Marine Service a mis en ligne le 30 septembre 2026 la dixième édition de son [Ocean State Report](https://marine.copernicus.eu/news/publication-of-10th-ocean-state-report), accompagnée d'un résumé interactif et d'un supplément anniversaire. Ce service européen, mis en oeuvre par Mercator Ocean International dans le cadre du programme Copernicus, publie chaque année un état de l'océan mondial et des mers régionales européennes.
Le constat central tient en une ligne. **La quantité totale de chaleur stockée dans l'océan a atteint en 2025 son niveau le plus élevé jamais enregistré.** Le rapport ajoute que l'océan est devenu environ 17 % plus acide entre 1985 et 2025, et que l'étendue mensuelle moyenne de la banquise arctique a reculé d'environ 490 000 kilomètres carrés par décennie entre 1979 et 2025, soit l'équivalent de la superficie de l'Espagne tous les dix ans.
La dixième édition sert aussi de bilan de méthode. En dix livraisons, l'Ocean State Report a réuni **636 auteurs, 214 publications et 258 organismes issus de 37 pays**. Le chiffre dit l'essentiel : surveiller l'océan n'est pas le travail d'une équipe, mais celui d'un réseau qui agrège satellites, flotteurs dérivants, marégraphes et campagnes en mer.
## Ce que signifie vraiment la chaleur stockée
La chaleur stockée, ou contenu thermique, mesure l'énergie accumulée dans toute la colonne d'eau, et pas seulement en surface. C'est l'indicateur le plus stable dont disposent les océanographes, parce qu'il intègre les couches profondes et lisse les variations saisonnières. Une surface refroidit en quelques jours sous l'effet d'un coup de vent, pas une colonne d'eau de plusieurs centaines de mètres.
L'acidification obéit à une autre logique. Une partie du dioxyde de carbone relâché dans l'atmosphère se dissout dans l'eau de mer et en abaisse le pH. Concrètement, les organismes à coquille ou à squelette calcaire fabriquent plus difficilement leur matière dans une eau plus acide.
Le rapport décrit enfin une redistribution du sel. Entre 2011 et 2024, les régions déjà salées, comme l'Atlantique, le Pacifique tropical et l'ouest de l'Australie, le sont devenues davantage, tandis que les zones plus douces, dont le Pacifique nord, l'est de l'océan Indien et une partie des panaches du Congo et de l'Amazone, se sont encore adoucies. Les principaux indicateurs se résument ainsi :
IndicateurCe que mesure le rapportPériodeChaleur stockée dans l'océanniveau le plus élevé jamais enregistré2025Acidité de l'eau de merenviron 17 % de hausse1985 à 2025Banquise arctique, étendue mensuelle moyenneenviron 490 000 km2 en moins par décennie1979 à 2025Vagues de chaleur en Méditerranée et en mer Noirerecords d'intensité et de durée, plus de 4,6 degrés au-dessus de la moyenne par endroits2024Rythme saisonnier du phytoplanctonenviron 5 % de l'océan mondial durablement modifiétrois dernières décennies
## La Méditerranée et la mer Noire ont battu leurs records en 2024
Les mers européennes concentrent plusieurs résultats. En 2024, la mer Noire et la Méditerranée ont connu des vagues de chaleur marines records, en intensité comme en durée. Certains épisodes ont dépassé trente jours, avec des températures supérieures de plus de **4,6 degrés à la moyenne** dans certaines zones. La Méditerranée a enregistré le plus grand nombre de jours de vague de chaleur des deux dernières décennies, et son bassin oriental détient à la fois le record du nombre d'épisodes, de leur durée moyenne et de leur intensité.
La montée du niveau de la mer y est inégale. Entre 1993 et 2024, elle a varié d'un bassin à l'autre, sous l'effet des différences de température et de salinité entre l'est et l'ouest. Un même océan ne monte donc pas partout à la même vitesse, un point que [la gestion néerlandaise des polders rendus aux rivières](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7936-pays-bas-polders-flevoland-rivieres/) illustre à sa manière.
Les tempêtes complètent le tableau. En février 2024, la tempête Louis, l'un des événements les plus extrêmes de la décennie dans la région, a frappé deux ports espagnols avec des vagues de plus de huit mètres, provoquant des interruptions de transport, des coupures d'électricité étendues et un mort. Le 21 novembre de la même année, une tempête intense a fait chuter le niveau de la mer de 153 centimètres dans le golfe de Botnie, en Baltique, soit 34 centimètres sous le précédent record établi deux ans plus tôt.
## Cinq pour cent de l'océan a changé de rythme
Le résultat le plus discret est peut-être le plus parlant. Sur les trois dernières décennies, environ **5 % de l'océan mondial a connu un décalage durable du cycle saisonnier du phytoplancton**, ces organismes microscopiques qui forment la base des chaînes alimentaires marines et colorent l'eau vue depuis l'espace. Un décalage du moment où ils prolifèrent désorganise tout ce qui en dépend.
Une efflorescence de phytoplancton en mer Noire, vue par le satellite Aqua de la NASA le 29 mai 2017 : les volutes turquoise tracent les courants de surface. Crédit : Norman Kuring, NASA, domaine publicLa mer de Barents fournit un deuxième exemple de bascule. Depuis le début des années 2000, elle subit une atlantification, l'arrivée d'eaux atlantiques plus chaudes et plus salées qui modifient sa densité. Le rapport révèle que ce processus s'est interrompu entre 2016 et 2022, à cause d'un apport d'eau douce sans précédent venu de l'Atlantique nord. Cette densité n'a rien d'anecdotique : les eaux les plus denses plongent et alimentent la branche profonde de la circulation méridienne de retournement atlantique, le système de courants qui redistribue la chaleur dans l'Atlantique et influence le climat européen.
Dans l'Antarctique, le minimum record de banquise de 2022 a coïncidé avec le premier échec de reproduction à grande échelle jamais observé chez les manchots empereurs. [La question suivante est celle de la redistribution des espèces marines](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/6319-ocean-le-rechauffement-le-vide-de-ses-especes-des-forets-sous-marines-disparaissent-dans-le-monde/), déjà documentée sur les forêts sous-marines.
## Les petits États insulaires encaissent plusieurs pressions à la fois
Une partie du rapport est consacrée aux petits États insulaires en développement, qui administrent 8 % de l'océan mondial et abritent certains des écosystèmes les plus riches de la planète. Depuis 1960, toutes leurs zones économiques exclusives se sont réchauffées. Près d'un quart des récifs coralliens menacés de ces régions ont subi, entre 1982 et 2025, un stress thermique cumulé suffisant pour provoquer une mortalité pendant au moins un mois.
Les pressions s'additionnent. Depuis 1999, 65 % des surfaces de ces zones économiques ont été directement exposées à une accélération de la montée du niveau marin. Le potentiel thermique disponible pour les cyclones tropicaux, autrement dit la chaleur que l'océan peut leur céder, a augmenté dans environ 56 % de ces États entre 1960 et 2025. Près d'un cinquième d'entre eux ont connu des submersions de plus de trois mètres entre 1961 et 2012. Dans les régions polaires, le constat est symétrique : environ 60 % des infrastructures côtières arctiques sont déjà vulnérables à l'érosion et à l'élévation du niveau de la mer, un phénomène qui va de pair avec [la fonte mesurée des calottes du Groenland et de l'Antarctique](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7504-calottes-groenland-antarctique-glace-perdue/).
## Un rapport qui mesure, et qui s'arrête là
La seconde partie montre à quoi servent ces données. Des chercheurs ont combiné température de surface et contenu thermique jusqu'à 40 mètres de profondeur pour caractériser les vagues de chaleur en Méditerranée et en mer Noire, et détecter ainsi des extrêmes que les seules observations de surface manquent. En Baltique, l'analyse d'un épisode de niveau marin exceptionnellement bas, qui a suspendu un service de ferry pour la troisième fois en cinquante-six ans, a montré que les systèmes de prévision de Copernicus restaient précis trois à quatre jours avant l'événement.
Reste la limite propre à ce genre d'exercice. [Le dixième Ocean State Report](https://marine.copernicus.eu/access-data/ocean-state-report/ocean-state-report-10) établit un diagnostic partagé, pas une politique. Il indique où le signal est robuste, où il reste incertain, et laisse aux États le soin d'en tirer des décisions. L'anniversaire rappelle d'ailleurs qu'une série de dix ans reste courte au regard des cycles océaniques, et que la valeur de ces mesures tiendra d'abord à leur continuité.
Les prochaines éditions diront si les tendances relevées en 2025 se confirment. Ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google permet de ne pas manquer la suite de ce dossier.
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