Dossier : Énergie et environnement › Eau et ressources
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- Les polders des Pays-Bas : 26 % du territoire sous le niveau de la mer
- De la Zuiderzee à l’IJsselmeer, cinquante ans de chantier
- Une province qui ne reste sèche que grâce à ses pompes
- Dans l’ouest, le sol tourbeux s’enfonce de 8 mm par an
- Rendre de la place aux rivières plutôt que monter les digues
- Plan Delta et mer qui monte : jusqu’où tenir
- Ce que ces chiffres ne disent pas
- Questions fréquentes
Comment un pays qui a fabriqué une province entière avec des digues et des pompes en vient à reculer ses propres ouvrages pour laisser passer l’eau.
En novembre 1956, à Lelystad, les quatre pompes du gemaal Wortman se mettent en marche pour vider l’est du Flevoland. Avec les stations Lovink et Colijn, elles assèchent le polder en neuf mois. Soixante-dix ans plus tard, ce même bâtiment pompe encore 24 millions de m³ d’eau par an vers le Markermeer.
Les polders des Pays-Bas : 26 % du territoire sous le niveau de la mer
Le chiffre le plus cité sur les Pays-Bas est souvent faux. En 2007, un rapport du Giec affirmait que 55 % du pays se trouvait sous le niveau de la mer. L’Agence néerlandaise d’évaluation environnementale (PBL) a corrigé cette formulation : 26 % du territoire est sous le niveau de la mer, et 29 % supplémentaires sont exposés aux crues des fleuves. Les 55 % désignent donc la part menacée d’inondation.
La cartographie du PBL affine encore ce découpage :
- 55 % de la surface terrestre se trouve à l’intérieur des anneaux de digues et bénéficie d’une protection ;
- 4 % se situe hors de ces anneaux, sans protection, dans les plaines alluviales entre les digues et les fleuves ;
- au total, 59 % des terres, hors eaux libres, sont susceptibles d’être inondées.
Une partie de ces terres basses n’existait pas il y a un siècle.
De la Zuiderzee à l’IJsselmeer, cinquante ans de chantier
Tout commence avec la Zuiderzeewet, adoptée en 1918 : fermer le golfe de la Zuiderzee par une digue, en faire un lac d’eau douce, puis en assécher des morceaux. L’institut statistique néerlandais (CBS) retrace les étapes de ce programme :
- 1930 : la Wieringermeer est asséchée ;
- 1932 : l’Afsluitdijk est achevée, la Zuiderzee devient l’IJsselmeer ;
- 1942 : la Noordoostpolder est asséchée ;
- 1957 et 1968 : c’est au tour des polders de l’est puis du sud du Flevoland ;
- 1975 : le Markermeer est créé.
Le CBS évalue la superficie terrestre totale des polders de l’IJsselmeer à 1 600 km². Environ 420 000 personnes y vivaient en 2017, d’après les séries de population du CBS. Ces terres portent 106 000 hectares de surfaces agricoles, près de 6 % de celles du pays.
La répartition de ces terres nouvelles, selon les parts publiées par le CBS (superficies arrondies calculées par la rédaction à partir de ces parts) :
| Polder | Asséché en | Superficie | Part du total |
|---|---|---|---|
| Wieringermeer | 1930 | 208 km² | 13 % |
| Noordoostpolder | 1942 | 464 km² | 29 % |
| Flevopolder est | 1957 | 560 km² | 35 % |
| Flevopolder sud | 1968 | 368 km² | 23 % |
| Total | 1930 à 1968 | 1 600 km² | 100 % |
La province du Flevoland est instituée par une loi du 27 juin 1985 et existe officiellement depuis le 1er janvier 1986, avec Lelystad pour chef-lieu, selon la loi publiée au Staatsblad en 1985.
Une province qui ne reste sèche que grâce à ses pompes
Un polder n’est jamais terminé. Selon le waterschap Zuiderzeeland, l’office de l’eau chargé du secteur, le Flevoland se trouve en moyenne à cinq mètres sous le niveau de la mer. L’eau y entre en permanence par trois voies :

- la pluie qui tombe sur le polder ;
- l’eau d’infiltration, qui traverse les digues depuis les lacs voisins ;
- l’eau qui remonte du sous-sol.
Pour l’évacuer, la province compte sept stations de pompage : Buma, Colijn, De Blocq van Kuffeler, Lovink, Smeenge, Vissering et Wortman. Chacune des quatre pompes de Wortman peut déplacer 500 m³ d’eau par minute.
Dans l’ouest, le sol tourbeux s’enfonce de 8 mm par an
Le drainage a un revers, surtout dans les prairies sur tourbe de l’ouest du pays, autour du Groene Hart. Pour que les tracteurs puissent circuler et que l’herbe pousse bien, les gestionnaires abaissent le niveau de l’eau dans les fossés. Exposée à l’air, la tourbe se tasse et s’oxyde. Le sol descend.
Dans son rapport « Dalende bodems, stijgende kosten » publié en novembre 2016, le PBL estime cette baisse à environ 8 millimètres par an en moyenne, avec de fortes différences locales :
- entre 8 et 10 mm par an pour les prairies tourbeuses selon une étude de 2008 citée par le PBL ;
- de quelques millimètres à plus de 2 centimètres par an selon l’usage du sol ;
- jusqu’à plusieurs centimètres dans les zones profondément drainées, par exemple pour le maïs.
La facture est climatique autant que financière. Selon le même rapport, les tourbières agricoles émettent 4,2 millions de tonnes de CO2 par an, soit 2 % des émissions néerlandaises de gaz à effet de serre. Dans les zones urbaines étudiées, les surcoûts liés à l’affaissement pour les infrastructures sont estimés entre 1,7 et 5,2 milliards d’euros d’ici 2050, et la réparation des fondations à au moins 16 milliards d’euros.
Rendre de la place aux rivières plutôt que monter les digues
Face aux fleuves, le pays a changé de méthode. Le programme Ruimte voor de Rivier, lancé en 2006, ne se contente plus de rehausser les digues. D’après Rijkswaterstaat, l’agence publique des travaux hydrauliques, l’État et les autorités régionales sont intervenus sur 34 sites le long de l’IJssel, du Waal, du Rhin inférieur et du Lek, pour un coût total de 2,3 milliards d’euros. Le programme s’est achevé en 2019 et concerne la sécurité d’environ 4 millions d’habitants.
Les mesures consistent à reculer des digues, creuser des chenaux secondaires, comme à Deventer, ou abaisser les plaines inondables. Le cas le plus parlant est celui de la Noordwaard, dans le Biesbosch : entre 2009 et 2014, 4 450 hectares y ont été réaménagés et les digues partiellement abaissées pour laisser passer l’eau du fleuve en cas de crue. Un polder a ainsi été en partie rendu à la rivière, à rebours des digues qui, ailleurs, privent le delta du Mississippi de ses terres.
Plan Delta et mer qui monte : jusqu’où tenir
Côté mer, la réponse date de l’après-guerre. Rijkswaterstaat a construit les ouvrages du Plan Delta après la catastrophe de 1953 : cinq barrages anti-tempête, deux écluses et six digues, du premier chantier en 1954 jusqu’aux barrières Maeslant et Hartel en 1997.
La question porte désormais sur la suite. Lancé en 2019, le programme de recherche sur la montée des eaux a rendu ses conclusions au Parlement en juin 2026. Le Deltaprogramma résume son verdict : techniquement, la stratégie actuelle permet de faire face à une hausse du niveau de la mer d’au moins 3 mètres, à condition de réserver assez d’espace pour les futurs renforcements de digues. Le commissaire au Delta, Co Verdaas, prévient que cela coûtera beaucoup d’argent et d’espace, et que la salinisation, déjà en hausse, sera aggravée par la montée des eaux.
Ce que ces chiffres ne disent pas
La confusion du Giec en 2007 montre à quel point ces ordres de grandeur circulent mal. Les vitesses d’affaissement de la tourbe sont des moyennes, et le PBL insiste sur leur grande variation d’une parcelle à l’autre. Les coûts estimés en 2016 sont exprimés en prix de l’époque.
Le seuil de 3 mètres, enfin, est une capacité technique, pas un calendrier. Le Deltaprogramma ne chiffre pas encore la facture, et le rythme réel de la hausse du niveau marin reste incertain, comme le rappelle la hausse de 11 cm mesurée depuis 1993.
Questions fréquentes
Quelle part des Pays-Bas est sous le niveau de la mer ?
Selon le PBL, 26 % du territoire se situe sous le niveau de la mer. En y ajoutant les zones exposées aux crues des fleuves, 59 % des terres sont susceptibles d’être inondées.
Qu’est-ce qu’un polder ?
C’est une terre basse entourée de digues, dont le niveau de l’eau est réglé artificiellement. Aux Pays-Bas, beaucoup ont été gagnés sur des lacs ou des bras de mer asséchés.
Quand le Flevoland a-t-il été créé ?
Ses polders ont été asséchés en 1957 et 1968, après la fermeture de l’Afsluitdijk en 1932. La province existe officiellement depuis le 1er janvier 1986, avec Lelystad pour chef-lieu.
Que se passerait-il si les pompes s’arrêtaient ?
L’eau de pluie, les infiltrations à travers les digues et l’eau remontant du sol s’accumuleraient progressivement. Le Flevoland se trouvant en moyenne cinq mètres sous le niveau de la mer, il ne peut pas s’égoutter naturellement.
Pourquoi le sol s’enfonce-t-il aux Pays-Bas ?
Dans les prairies sur tourbe, le drainage expose la tourbe à l’air : elle se tasse et s’oxyde. Le PBL estime la baisse moyenne à environ 8 mm par an, avec des pointes à plus de 2 cm localement.
Qu’est-ce que le programme Ruimte voor de Rivier ?
C’est un programme mené de 2006 à 2019 sur 34 sites, pour 2,3 milliards d’euros. Au lieu de seulement rehausser les digues, il élargit l’espace des fleuves en reculant des digues, en creusant des chenaux et en abaissant des plaines inondables.
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Crédit photo © LePointDuJour

