L’ONU adopte une déclaration sur le niveau de la mer, monté de 11 cm depuis 1993, sans rien imposer

Le 24 septembre, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté par acclamation la première déclaration mondiale sur la montée du niveau de la mer.

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Un texte sans force contraignante, mais qui touche à la mesure de la mer, au tracé des frontières maritimes et à l’existence même de certains États.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : les 11 300 milliards de tonnes de glace perdues par le Groenland et l’Antarctique depuis 1979.

Le niveau de la mer entre pour la première fois dans une déclaration de l’Assemblée générale

Le 24 septembre 2026, au segment de haut niveau de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, les États ont adopté par acclamation une déclaration entièrement consacrée à l’élévation du niveau de la mer. Le texte affirme que ses risques cumulatifs, graves et irréversibles appellent une coopération internationale renforcée et une action urgente et coordonnée. L’OMM y voit une déclaration marquante, adoptée par acclamation après un processus de négociation long et tendu, après un processus de négociation décrit comme long et tendu.

Le Cap-Vert a co-animé la négociation. Son Premier ministre, Francisco Carvalho, a vu dans l’adoption par consensus la preuve que le multilatéralisme fonctionne encore, et rappelé que l’élévation du niveau de la mer n’est pour son pays ni une menace lointaine ni une préoccupation théorique. Les États se sont engagés à revenir sur le sujet lors d’une nouvelle réunion de haut niveau, avant la fin de la 84e session de l’Assemblée.

Six millimètres en un an, onze centimètres depuis 1993

Les chiffres cités à l’ouverture de la réunion donnent la mesure du phénomène. Le niveau moyen des mers monte pour deux raisons principales : l’eau des océans se dilate en se réchauffant, et la fonte des glaces continentales y ajoute de l’eau. Les mécanismes qui accélèrent la fonte des glaciers du Groenland pèsent directement sur ce second terme.

Les repères avancés pendant la séance et par l’Organisation météorologique mondiale :

Repère Valeur Qui l’avance
Hausse du niveau moyen des mers en 2024 près de 6 millimètres, la plus forte hausse annuelle jamais enregistrée António Guterres, secrétaire général des Nations unies
Hausse cumulée depuis janvier 1993 environ 11 centimètres fin 2025 Organisation météorologique mondiale
Population vivant à moins de 5 mètres au-dessus de la ligne de marée haute environ 770 millions de personnes António Guterres
Hausse possible du niveau des mers d’ici 2100 sans réduction forte des émissions de l’ordre d’un mètre Nations unies
Hausse projetée devant New York d’ici 2100 jusqu’à 1,3 mètre Khalilur Rahman, président de la 81e session

Ces mesures viennent de deux familles d’instruments. Les marégraphes, installés à quai, enregistrent la hauteur de l’eau en un point depuis parfois plus d’un siècle. Les satellites altimétriques, eux, mesurent la distance qui les sépare de la surface de l’océan depuis 1993, ce qui explique que cette année serve de point de départ à presque toutes les séries mondiales.

770 millions de personnes sous la barre des cinq mètres

Pour António Guterres, l’élévation du niveau de la mer dépasse largement le champ de l’environnement : il la décrit comme un multiplicateur de menaces, qui frappe les économies, le commerce, les infrastructures et les systèmes alimentaires. Sans adaptation ni réduction des émissions, les risques pesant sur les villes et les communautés côtières devraient être au moins multipliés par dix d’ici 2100.

Le Premier ministre de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Godwin Friday, a donné un exemple concret : 85 % de la population de son pays et 90 % de ses infrastructures critiques sont concentrées sur une étroite bande côtière. Investir maintenant dans la résilience, a-t-il plaidé, coûte bien moins cher que de payer plus tard les pertes et préjudices. La question suivante est celle du rythme, qui varie fortement d’une côte à l’autre et rend toute moyenne mondiale trompeuse à l’échelle d’un port ou d’un village.

Le point le plus neuf est juridique

La partie la plus originale du texte ne porte pas sur l’eau mais sur le droit. La déclaration pose une présomption en faveur de la continuité de l’État et du maintien des zones maritimes établies au titre de la convention des Nations unies sur le droit de la mer, malgré la menace physique que représente la montée des eaux. Autrement dit, un État dont le littoral recule ne perdrait ni sa qualité d’État ni les espaces maritimes qu’il a déclarés.

Marégraphe flottant à trois flotteurs rouges posé sur l'eau, entouré d'éléphants de mer
Un marégraphe installé près de la base de Port-aux-Français, aux Kerguelen : ces instruments mesurent la hauteur de l’eau en un point. Crédit : Sébastien Motreuil, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0

L’enjeu est loin d’être théorique. Les zones économiques exclusives se mesurent à partir de lignes de base tracées sur la côte. Si ces lignes reculaient avec le trait de côte, un État insulaire pourrait perdre, en même temps que sa terre, les droits de pêche et d’exploitation qui font une part de ses ressources. La déclaration reconnaît aussi que, pour les petits États insulaires, il s’agit de préserver une identité historique et culturelle enracinée dans la terre et dans la mer, et la présente comme une question de justice, de droits humains et de paix.

Mesurer la mer reste plein de trous

L’Organisation météorologique mondiale, qui a salué le texte, a profité de la séance pour rappeler une limite rarement exposée. Comprendre l’évolution du niveau de la mer et ce qu’elle signifie localement suppose des observations continues : marégraphes, satellites, mesures du contenu thermique de l’océan, suivi de la cryosphère et des eaux continentales, relevés des mouvements verticaux du sol, auxquels s’ajoutent les observations météorologiques nécessaires pour prévoir tempêtes et submersions.

Or des lacunes importantes subsistent, en particulier au large, dans les petits États insulaires en développement et dans les régions côtières les plus vulnérables. L’organisation insiste sur un point : ce ne sont pas seulement des trous dans la connaissance scientifique, mais des trous dans la capacité collective à évaluer un risque, à s’y préparer et à décider. Le suivi annuel de la banquise arctique montre le même besoin de séries longues et régulières. La déclaration engage donc les États à renforcer l’observation coordonnée, l’échange de données et le soutien aux systèmes mondiaux d’observation de l’océan et du niveau de la mer.

Une déclaration qui n’oblige à rien

Il faut mesurer ce que ce texte n’est pas. Une déclaration de l’Assemblée générale n’a pas de valeur contraignante : elle ne fixe ni objectif chiffré, ni calendrier, ni financement, et ne prévoit aucune sanction. Elle énumère des engagements de méthode, sur la science et les données, sur un financement plus prévisible et accessible pour les petits États insulaires et les pays les moins avancés, sur la protection des moyens d’existence et du patrimoine culturel des populations côtières, et sur les points de droit international déjà décrits.

Les leviers eux-mêmes restent extérieurs au texte. António Guterres a rappelé que, pour infléchir la trajectoire, les émissions mondiales devaient atteindre leur maximum immédiatement puis reculer de 60 % d’ici 2035, et que le financement de l’adaptation devait tripler. Aucun de ces deux chiffres ne figure dans les engagements pris le 24 septembre. Le prochain rendez-vous est déjà fixé, mais il porte sur la mise en oeuvre et non sur la reconnaissance du problème.

Ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google permet de suivre les suites de cette déclaration, du côté des mesures comme du côté du droit. Le texte complet est consultable dans la version adoptée publiée par la présidence de l’Assemblée, et les réactions détaillées figurent dans le communiqué de l’Organisation météorologique mondiale ainsi que dans le compte rendu de la séance publié par l’ONU.

Crédit photo © LePointDuJour

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