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# Porter l'électrification mondiale à 33 % de l'énergie consommée en 2035 est déjà rentable, calcule l'Agence internationale de l'énergie

**URL:** https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7878-electrification-mondiale-rapport-aie/
Date: 2026-09-28
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Le 22 septembre, l'Agence internationale de l'énergie a chiffré à 33 % la part de l'énergie mondiale qu'il serait rentable d'électrifier en 2035.
Categories: Énergie et environnement
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/07-electrification-mondiale-rapport-aie-scaled.jpg
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Derrière ces deux pourcentages se cachent trois secteurs très inégalement avancés, un objectif politique encore en discussion et une crise pétrolière qui rebat les cartes.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [la part des renouvelables dans l'électricité de l'Union européenne au printemps 2026](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7575-eurostat-electricite-renouvelable-solaire/).

## L'électrification mondiale peut couvrir 33 % de l'énergie finale sans technologie nouvelle
Le 22 septembre 2026, l'Agence internationale de l'énergie a publié [un rapport spécial consacré à l'électrification](https://www.iea.org/reports/electrification-2026), préparé à la demande de la Turquie, qui préside la COP31, et de l'Australie, qui en préside les négociations. Sa conclusion tient dans un écart de dix points : **avec les technologies vendues aujourd'hui et au prix de l'énergie observé avant la crise en cours, l'électricité pourrait couvrir de façon rentable 33 % de la consommation finale d'énergie mondiale en 2035, contre 23 % aujourd'hui**.

La consommation finale d'énergie désigne l'énergie livrée aux utilisateurs, une fois retirées les pertes des centrales et des réseaux. Le taux d'électrification en est la part fournie sous forme de courant. Ce chiffre de 33 % n'est donc pas une prévision, mais une mesure de ce qui serait déjà compétitif si chaque acheteur choisissait l'équipement le moins coûteux sur sa durée de vie.

Le rapport a servi de base au dialogue de haut niveau organisé le jour même à New York entre l'agence et la présidence de la COP31, alors que les pays examinent un objectif mondial d'électrification de 35 %. L'agence estime que cet objectif est ainsi ramené à portée de main, sans rupture technologique.

## Trois secteurs qui n'en sont pas au même point
Le mot électrification recouvre des réalités très différentes selon les usages. Dans les bâtiments, la part de l'électricité est passée d'environ 25 % en 2000 à près de 40 % en 2025, portée par les appareils domestiques et la climatisation, qui ne fonctionnent qu'au courant. Dans l'industrie, la progression est plus récente et concerne surtout les secteurs peu consommateurs d'énergie, ainsi que la chaleur à basse et moyenne température.

Les transports restent le parent pauvre. La part de l'électricité y est montée de 1 % en 2015 à près de 2 % en 2025, malgré une vente de voitures neuves électriques passée de moins de 1 % à près de 25 % sur la même période. L'explication est arithmétique : les véhicules électriques restent une petite fraction du parc en circulation, et l'aviation comme le transport maritime longue distance se prêtent mal au courant. Dans le scénario d'électrification élevée du rapport, **la part de l'électricité dans les transports passerait de 2 % aujourd'hui à 13 % en 2035**, la plus forte progression relative des trois secteurs.

Le potentiel compétitif est déjà considérable : la moitié environ de la consommation de combustibles des logements, la moitié du transport routier au pétrole et près de 40 % de la chaleur industrielle fossile à basse et moyenne température. Toutes les régions gagneraient des points, de cinq environ au Moyen-Orient à près de quinze en Europe et en Inde.

## Moins de barils, moins de mètres cubes, moins de tonnes
Le rapport chiffre ce que cette bascule changerait pour les pays qui achètent leur énergie à l'étranger. La comparaison porte sur l'année 2035, par rapport aux niveaux de 2025 :

PosteBaisse en 2035 par rapport à 2025Origine principale de la baisseImportations de pétrole15 millions de barils par jourélectrification des transportsImportations de gaz naturel120 milliards de mètres cubes par anbâtiments et industrieImportations de charbon100 millions de tonnes équivalent charbon par anusages industriels, en partie difficiles à électrifierÉmissions de CO2 des usages finaux40 %transports, bâtiments et industrie réunisAux prix d'importation de 2025, cette baisse de volumes représente environ 300 milliards de dollars par an pour les économies avancées et la Chine, et plus de 100 milliards pour les autres économies émergentes et en développement, soit près de 30 % et plus de 25 % de leur facture d'importation de combustibles de 2025. Le rapport avance aussi un ordre de grandeur agrégé : **plus de 400 milliards de dollars de moins pour l'ensemble des pays importateurs en 2035**.

Sur le climat, l'effet passe par trois secteurs qui pèsent à eux seuls plus de la moitié des émissions de dioxyde de carbone liées à l'énergie. Leur recul de 40 % en dix ans suffirait, selon l'agence, à orienter à la baisse les émissions totales du secteur énergétique, quel que soit le mélange de sources utilisé pour produire le courant. Associée à une production électrique bas carbone, cette trajectoire ramènerait les émissions du secteur énergétique à moins de la moitié de leur niveau de 2025.

## Le paradoxe du prix au kilowattheure
Une objection revient à chaque fois : l'électricité coûte plus cher que le gaz ou l'essence. Le rapport ne le conteste pas. Produire, transporter et distribuer du courant suppose des infrastructures lourdes, et le kilowattheure livré reste presque toujours plus cher que son équivalent en combustible.

Le raisonnement change quand on regarde le service rendu plutôt que l'énergie achetée. Une voiture électrique convertit l'énergie embarquée en mouvement deux à quatre fois mieux qu'un moteur thermique. Une pompe à chaleur, qui puise de la chaleur dans l'air extérieur pour la transférer à l'intérieur, restitue trois à cinq fois l'énergie qu'elle consomme. Résultat mesuré par l'agence : 100 dollars d'électricité font rouler une voiture environ trois fois plus loin que 100 dollars d'essence, et procurent en moyenne 42 jours de chauffage avec une pompe à chaleur contre 30 jours avec une chaudière à gaz.

## Le réseau, le goulet d'étranglement
Rien de tout cela ne se produit sans infrastructure. La demande mondiale d'électricité a progressé de plus de 3 % par an entre 2015 et 2025, deux fois plus vite que la demande d'énergie totale, tirée par la climatisation, les centres de données, l'intelligence artificielle, l'industrie manufacturière avancée et les voitures électriques. Accélérer encore suppose d'augmenter en parallèle la production et les réseaux, et de rendre le système plus flexible.

![Le poste électrique d'Enval à Orcines, en Auvergne, avec ses portiques, ses isolateurs et ses transformateurs](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/07-electrification-mondiale-rapport-aie-photo2.jpg)Le poste électrique d'Enval, à Orcines : accélérer l'électrification suppose d'agrandir en parallèle les réseaux. Crédit : Pymouss, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0Le rapport identifie plusieurs menaces sur la sécurité du système électrique : des chaînes d'approvisionnement concentrées pour les technologies clés et les minéraux critiques, les risques informatiques, les catastrophes naturelles et les aléas climatiques. [La question suivante est celle du réseau lui-même, dont les experts pointent déjà les limites face à l'essor du solaire](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/1755-les-experts-tres-cash-sur-le-defi-du-reseau-electrique-face-a-lessor-des-panneaux-solaires-12052025/). En Europe, [l'ouverture des plateformes d'équilibrage à de nouveaux acteurs](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7737-equilibrage-electricite-picasso-mari/) répond à la même préoccupation : faire tenir un système où la production varie davantage.

Le potentiel n'est pas non plus le même partout. Dans de nombreuses économies émergentes, l'agence cite trois gisements concrets : l'électrification des pompes d'irrigation agricole, l'usage des deux-roues et trois-roues électriques dans les villes denses, et l'accès des petites entreprises de l'agroalimentaire ou du textile à des équipements électriques. [Les scooters électriques illustrent ce basculement à bas coût](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/3082-scooters-electriques-la-chine-fait-le-pari-des-batteries-sans-lithium-01072025/), très loin des débats européens sur l'automobile.

## Un objectif de 35 % encore en discussion
Il faut mesurer ce que ce rapport n'est pas. Il ne décrit pas une trajectoire décidée, mais un potentiel économique à un instant donné, calculé avec des prix et des coûts qui bougeront. L'agence le dit elle-même : aux prix de l'énergie actuels, marqués par la crise du détroit d'Ormuz, la part rentable à électrifier serait encore plus élevée, ce qui revient à reconnaître que ce chiffre dépend d'abord du prix du pétrole et du gaz.

L'objectif de 35 % reste une proposition en cours de négociation, portée par la présidence de la COP31, et [la publication de l'agence accompagne ces discussions](https://www.iea.org/news/electrification-takes-centre-stage-as-hormuz-shock-spurs-countries-to-seek-to-enhance-energy-security) plutôt qu'elle ne les tranche. L'écart entre 33 % et 35 % paraît mince, mais il porte sur la consommation d'énergie de la planète entière, et chaque point suppose des équipements achetés un par un, par des ménages, des entreprises et des collectivités.

Le rapport pose enfin une condition rarement citée : l'électrification demande d'investir d'abord et d'économiser ensuite. Tant que le coût initial n'est pas franchi, le potentiel rentable sur la durée de vie d'un équipement reste théorique.

Les prochaines étapes se joueront dans les négociations de la COP31. Ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google permet de suivre ce dossier de près.

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