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# Sous les bâches blanches, les glaciers suisses fondent 60 % moins vite, mais le Valais a fait retirer celles du glacier du Rhône
**URL:** https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7843-baches-glacier-rhone-fonte/
Date: 2026-09-28
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Selon le WSL et l'ETH Zurich, les bâches réduisent la fonte d'environ 60 %, mais couvrir tous les glaciers suisses coûterait plus d'un milliard par an.
Categories: Énergie et environnement
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/baches-glacier-rhone-fonte-scaled.jpg
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Ces toiles blanches protègent bien la glace qu'elles recouvrent, et c'est précisément leur limite que les glaciologues suisses ont chiffrée.
Au pied du col de la Furka, dans le Haut-Valais, la langue du glacier du Rhône disparaissait chaque été sous un patchwork de toiles blanches d'environ 50 000 mètres carrés, la plus grande couverture de Suisse selon l'institut fédéral de recherche WSL. En août 2026, les inspecteurs du service cantonal de l'environnement ont constaté que ces bâches avaient été retirées. Quelques jours plus tard, le gouvernement valaisan confirmait la fermeture de la grotte de glace qu'elles servaient à protéger.
La technique, étudiée par l'ETH Zurich et le WSL, fonctionne, mais seulement là où l'on pose la toile.
## Pourquoi on recouvre de bâches le glacier du Rhône et d'autres glaciers suisses
Les premières bâches géotextiles des Alpes suisses ont été posées en 2004, sur le Gurschenfirn, au Gemsstock (Uri). Depuis 2012, la surface couverte artificiellement a doublé, rapportait Swissinfo en février 2021. Le principe est simple : on déroule les toiles à la fin du printemps, on les retire à l'automne.
Ces bâches ont des caractéristiques précises :
- un voile non tissé, généralement en fibres de polyester et de polypropylène ;
- une épaisseur de 3 à 4 millimètres ;
- une surface blanche, qui renvoie le rayonnement solaire que la glace nue, plus sombre, absorberait ;
Les usages sont touristiques. Au glacier du Rhône, les toiles protégeaient l'accès à une grotte creusée chaque année dans la glace, qui attirait jusqu'à 100 000 visiteurs par an selon la RTS. Sur le domaine de la Diavolezza, dans les Grisons, un petit glacier presque disparu il y a une dizaine d'années a été entièrement recouvert et, d'après le WSL, son épaisseur augmente désormais grâce à cette protection estivale répétée.
## Une fonte réduite d'environ 60 % sous les toiles
En 2021, une équipe emmenée par le glaciologue Matthias Huss (WSL, ETH Zurich, université de Fribourg) a publié dans la revue Cold Regions Science and Technology le premier bilan des couvertures glaciaires en Suisse, portant sur la période 2005 à 2019. Le résultat principal est net : sous les bâches, la fonte de la neige et de la glace est [réduite de quelque 60 %](https://www.wsl.ch/fr/news/couverture-des-glaciers-efficace-mais-couteuse/) par rapport aux surfaces voisines non protégées. Swissinfo, s'appuyant sur les mêmes travaux, évoque une fourchette de 50 à 70 % selon les sites.
À l'échelle du pays, la technique a permis de préserver jusqu'à 350 000 mètres cubes de glace par an. Rapporté à la surface concernée, c'est peu : environ 0,18 kilomètre carré, soit seulement 0,02 % de la superficie totale des glaciers suisses. Le WSL recense huit glaciers recouverts, Swissinfo parlait de neuf sites en 2021.
## Pourquoi la méthode ne peut pas sauver les glaciers suisses
Le même travail chiffre le prix de la glace sauvée. Éviter la fonte d'un mètre cube coûte entre 0,60 et 7,90 francs suisses par an, selon le type d'installation et sa position sur le glacier. Les chercheurs évaluaient à 700 000 à 900 000 francs les sommes investies en 2019 dans ces dispositifs. Étendre la couverture à tous les glaciers du pays coûterait plus d'un milliard de francs par an, selon Matthias Huss.
Les toiles blanches déployées sur le glacier du Rhône en septembre 2018. Crédit : Remeo Walser, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Plusieurs obstacles s'additionnent :
- le coût, supportable pour une piste ou une attraction qui génère des recettes, hors de portée à l'échelle d'un massif ;
- l'environnement : la Fondation suisse pour la protection et l'aménagement du paysage dénonce un risque de pollution aux microplastiques ;
- l'effet purement local : la glace protégée ne change rien au climat qui fait fondre le reste du glacier.
Matthias Huss le résume dans le communiqué du WSL : selon lui, la seule façon de limiter efficacement le recul des glaciers au niveau mondial reste de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Les ordres de grandeur tirés de l'étude et des relevés suisses :
IndicateurValeurSource
Fonte évitée sous les bâchesenviron 60 %WSL, ETH Zurich (2021)
Surface couverte en Suisse0,18 km², soit 0,02 % des glaciersWSL (2021)
Glace préservéejusqu'à 350 000 m³ par anWSL (2021)
Coût du mètre cube sauvé0,60 à 7,90 francs par anWSL (2021)
Couvrir tous les glaciers suissesplus d'un milliard de francs par anWSL (2021)
Volume perdu en 2022 et 202310 %GLAMOS, Académie suisse des sciences
## Au glacier du Rhône, les bâches retirées et la grotte condamnée
Le glacier du Rhône, symbole de cette pratique, est aussi le lieu où elle vient de s'arrêter. La chronologie, d'après la RTS :
- août 2025 : la commission cantonale des constructions exige le retrait des bâches en plastique, l'arrêt des travaux de percement et la remise en état du site ;
- 5 août 2026 : cinq organisations, dont Pro Natura et le WWF, déposent une pétition de 10 066 signatures demandant la suppression de la grotte et la dépollution du site, où des toiles ont sombré dans le lac glaciaire ;
- août 2026 : une inspection constate que les bâches ont effectivement été retirées ;
- début septembre 2026 : le Conseil d'État [rejette le recours de l'exploitant](https://www.rts.ch/info/regions/valais/2026/article/glacier-du-rhone-la-grotte-de-glace-contrainte-de-fermer-29347832.html).
Le gouvernement valaisan estime que la galerie comme les bâches auraient dû faire l'objet d'une autorisation de construire, impossible à délivrer dans une zone de protection des plaines alluviales d'importance nationale. L'exploitant, une famille valaisanne qui gère le site depuis plusieurs générations, disposait de 30 jours pour saisir le Tribunal cantonal.
## Des pertes record en 2022 et 2023, et une décennie noire
Pendant ce temps, le réseau de mesure GLAMOS, piloté par l'ETH Zurich et les universités de Fribourg et de Zurich, enregistrait des chiffres sans précédent. Les glaciers suisses ont perdu 6 % de leur volume en 2022, la plus forte baisse jamais mesurée, puis 4 % en 2023. Au total, [10 % du volume de glace a disparu en deux ans](https://www.geo.uzh.ch/en/news/2023/glamos-2023.html), autant qu'entre 1960 et 1990, selon la Commission d'observation de la cryosphère de l'Académie suisse des sciences naturelles.
La tendance ne s'est pas inversée depuis. En 2025, les glaciers ont encore perdu 3 % de leur volume, la quatrième plus forte baisse depuis le début des mesures, et [un quart de leur volume en dix ans](https://www.wsl.ch/fr/news/la-fonte-des-glaciers-nen-finit-pas/). Plus de 1 000 petits glaciers ont déjà disparu. Le recul déstabilise aussi les versants : l'effondrement de glace et de roche qui a détruit le village de Blatten en mai 2025 en est l'exemple le plus brutal, un type de danger qui rejoint [les cinq risques glaciaires recensés par le BRGM dans les Alpes françaises](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7669-risques-glaciaires-brgm-alpes/).
Côté français, le Parc national des Écrins suit le Glacier Blanc depuis 25 ans. En 2025, son front a reculé de 17 mètres et se situe vers 2 650 mètres d'altitude, pour un bilan de masse de moins 0,73 mètre d'équivalent en eau, une valeur dans la moyenne de la série. Le recul avait atteint 30 mètres en 2022. Pour comparer avec les calottes polaires, lire notre article sur [la glace perdue par le Groenland et l'Antarctique depuis 1979](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7504-calottes-groenland-antarctique-glace-perdue/).
## Ce que l'on ne sait pas encore
Le chiffre de 60 % est une moyenne : il varie selon l'exposition, l'altitude et l'état des toiles, et l'étude couvre la période 2005 à 2019, avant les étés extrêmes de 2022 et 2023. L'impact des fibres synthétiques en montagne reste peu quantifié. Au glacier du Rhône, l'issue dépend encore d'un éventuel recours devant le Tribunal cantonal. Enfin, le bilan officiel de l'année hydrologique 2026 des glaciers suisses n'était pas publié à la date de rédaction de cet article : GLAMOS le communique habituellement au début de l'automne.
## Questions fréquentes
### Les bâches ralentissent-elles vraiment la fonte des glaciers ?
Oui, localement. L'étude de 2021 mesure une fonte réduite d'environ 60 % sous les toiles. L'effet s'arrête au bord de la bâche.
### Combien de glacier est couvert en Suisse ?
Environ 0,18 kilomètre carré selon le WSL, soit 0,02 % de la surface glaciaire du pays. Le glacier du Rhône représentait à lui seul environ 50 000 mètres carrés de couverture.
### Combien coûterait la couverture de tous les glaciers suisses ?
Plus d'un milliard de francs suisses par an, selon Matthias Huss. C'est pourquoi la technique reste réservée à des sites rentables.
### Pourquoi les bâches du glacier du Rhône ont-elles été retirées ?
Le canton du Valais estime qu'elles nécessitaient une autorisation de construire, impossible à obtenir dans une zone alluviale protégée d'importance nationale. Une inspection d'août 2026 a constaté leur retrait.
### Combien de glace les glaciers suisses ont-ils perdue ?
GLAMOS a mesuré 6 % de volume perdu en 2022 et 4 % en 2023, puis 3 % en 2025. Sur les dix dernières années, les glaciers suisses ont perdu un quart de leur volume.
### Couvre-t-on aussi des glaciers en France ?
Nos sources portent sur la Suisse. En France, le front du Glacier Blanc a reculé de 17 mètres en 2025.
Pour retrouver nos articles dans votre fil Google, ajoutez Le Point du Jour à vos sources préférées.
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