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# Premier inventaire européen des papillons de nuit : près de 11 % des 3 082 espèces évaluées sont menacées, et une sur quatre reste mal connue
**URL:** https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7785-papillons-nuit-europe-liste-rouge/
Date: 2026-09-26
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Le 21 septembre, la Commission européenne a présenté la première liste rouge européenne des papillons de nuit, 3 082 espèces passées au crible.
Categories: Énergie et environnement
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/07-papillons-nuit-europe-liste-rouge-scaled.jpg
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Derrière ce pourcentage se cache une seconde information, moins visible et pourtant décisive pour la suite : l'ampleur de ce que les spécialistes ignorent encore.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [comment l'agriculture sort du dilemme entre partager et épargner les terres](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/6519-biodiversite-lagriculture-depasse-le-dilemme-partager-ou-epargner-les-terres/).
## Près de 11 % des papillons de nuit d'Europe sont menacés d'extinction
Le 21 septembre 2026, la direction générale de l'environnement de la Commission européenne a présenté [la première liste rouge européenne des papillons de nuit](https://environment.ec.europa.eu/news/new-red-list-shows-1-9-moth-species-could-face-extinction-2026-09-21_en). Le constat tient d'abord dans un pourcentage : **près de 11 % des espèces évaluées à l'échelle du continent sont menacées d'extinction**, et la proportion approche 12 % si l'on se limite aux vingt-sept pays de l'Union. Une espèce sur neuf, en somme.
Une liste rouge n'est pas une liste d'espèces protégées. C'est un diagnostic : des spécialistes appliquent à chaque espèce les catégories et critères de l'Union internationale pour la conservation de la nature, l'UICN, puis la rangent selon son risque de disparition, de la préoccupation mineure jusqu'à l'extinction. Le classement indique où le risque se concentre, il ne décide pas de la protection juridique qui suivra.
L'exercice porte sur **3 082 espèces de papillons de nuit à l'échelle européenne**, dont 704 endémiques, c'est-à-dire présentes nulle part ailleurs dans le monde, et sur 2 828 espèces dans l'Union à vingt-sept, dont 488 endémiques. Il se concentre sur les macrolépidoptères, les papillons nocturnes de grande taille, répartis en 23 familles. La plupart des espèces examinées ressortent en préoccupation mineure, la catégorie la plus rassurante de l'échelle. Une seule est classée éteinte, Eupithecia ogilviata, connue des seules Açores, et plusieurs autres sont en danger critique avec la mention possiblement éteinte.
## Le dernier des quatre groupes de pollinisateurs à passer au crible
Cette publication referme une série. L'initiative européenne pour les pollinisateurs suit quatre groupes : les abeilles, les papillons de jour, les syrphes, ces mouches qui imitent les guêpes et butinent en vol stationnaire, et les papillons de nuit. Les trois premiers avaient déjà été évalués. Avec ce quatrième volet, l'Europe dispose enfin d'un état du risque d'extinction pour l'ensemble de ses pollinisateurs sauvages suivis à ce titre.
Un moro-sphinx butine des fleurs de lavande, trompe déployée. Crédit : Thorsten Denhard, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0Le rôle des papillons de nuit passe d'autant plus inaperçu qu'il s'exerce quand personne ne regarde. Beaucoup d'espèces butinent après le coucher du soleil, transportent du pollen sur des distances importantes et visitent des fleurs que les abeilles délaissent. Certaines volent aussi de jour, comme le moro-sphinx, qui reste en vol stationnaire devant une corolle pour y plonger sa trompe.
Les ordres de grandeur aident à mesurer l'enjeu. Selon Grethel Aguilar, directrice générale de l'UICN, quatre espèces cultivées et de fleurs sauvages sur cinq dans l'Union dépendent de la pollinisation par les insectes. Denis Michez, professeur à l'université de Mons et coordinateur de l'évaluation des abeilles sauvages, avance de son côté que jusqu'à 90 % des plantes à fleurs d'Europe reposent sur une pollinisation animale. Retirer un maillon de cet ensemble ne se répare pas en installant des ruches, puisque les colonies gérées représentent moins de 1 % des espèces existantes.
## Une espèce sur quatre classée faute de données
Le second chiffre du rapport est peut-être le plus parlant. Pour **une espèce sur quatre, les données manquent** : la catégorie données insuffisantes signifie que les informations disponibles ne permettent même pas d'estimer le risque de disparition. Répartition mal cartographiée, écologie mal décrite, tendances de population inconnues : le rapport y voit une lacune majeure de la connaissance européenne.
La lacune est encore plus large pour les espèces endémiques évaluées à l'échelle européenne, dont environ 35 % tombent dans cette catégorie. Ce sont précisément celles qui n'existent nulle part ailleurs, et dont la disparition serait donc définitive. Le risque réel peut ainsi être plus élevé que celui affiché, simplement parce que personne n'a compté. La question suivante est celle des effets mesurables d'une décision de protection, et [le bannissement des néonicotinoïdes en France offre un précédent instructif sur les populations d'oiseaux](https://lepointdujour.fr/actualite/6483-neonicotinoides-en-france-le-bannissement-relance-timidement-les-populations-doiseaux/).
## Les pressions, dans l'ordre où elles se cumulent
Le rapport hiérarchise les causes. Vient en tête la modification et la dégradation des habitats, puis le changement climatique, puis les pressions liées à l'agriculture intensive. Derrière ce trio, une longue liste complète le tableau : urbanisation, pollution, fragmentation des milieux, usage des pesticides, simplification des paysages et lumière artificielle nocturne.
Ce dernier facteur mérite une explication, car il est propre aux insectes nocturnes. Un éclairage permanent désorganise leur orientation, les détourne des fleurs à visiter et les concentre autour des lampadaires, où ils se fatiguent et deviennent des proies faciles. La simplification des paysages agit autrement : quand un territoire perd ses haies, ses friches et ses prairies fleuries, il ne reste plus assez de plantes hôtes pour nourrir des chenilles très spécialisées. [Plusieurs gestes de jardinage courants entretiennent cette même simplification](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/1595-5-gestes-a-eviter-dans-votre-jardin-au-printemps-pour-soutenir-la-biodiversite-02052025/), à petite échelle.
## Abeilles, papillons de jour, syrphes : le même diagnostic ailleurs
Les trois autres groupes ne s'en tirent pas mieux. En octobre 2025, l'UICN a publié des évaluations européennes montrant qu'environ 10 % des abeilles sauvages du continent sont menacées, soit au moins 172 espèces sur 1 928 évaluées, contre 77 espèces menacées en 2014. Le chiffre paraît stable en apparence, mais la comparaison est trompeuse : la part d'abeilles classées en données insuffisantes est passée de 57 % à 14 %, si bien qu'une grande partie des espèces nouvellement menacées étaient simplement inconnues auparavant.
Chez les papillons de jour, [la même série d'évaluations](https://iucn.org/press-release/202510/mounting-risks-threaten-survival-wild-european-pollinators-iucn-red-list) chiffre à 15 % la part d'espèces exposées à un risque d'extinction, soit 65 espèces sur 442, contre 37 espèces en 2010, une progression de 76 % en une décennie. Plus de 40 % des papillons de jour propres à l'Europe sont menacés ou proches de l'être, et le changement climatique concerne désormais 52 % des espèces menacées, environ deux fois plus que dans le rapport précédent. Les syrphes, évalués en 2022, affichaient déjà 37 % d'espèces menacées.
Les quatre groupes suivis par l'initiative européenne pour les pollinisateurs affichent désormais chacun leur part d'espèces menacées :
Groupe de pollinisateursPart des espèces menacées en EuropeAnnée de l'évaluationAbeilles sauvagesEnviron 10 %, soit au moins 172 espèces sur 1 928 évaluées2025Papillons de jour15 %, soit 65 espèces sur 442 évaluées2025Syrphes37 % des espèces d'Europe2022Papillons de nuitPrès de 11 % sur 3 082 espèces évaluées2026
## Un état des lieux, pas encore un plan de sauvetage
Il faut prendre la mesure de ce que ce document ne dit pas. Première évaluation du genre pour les papillons de nuit, il fournit un point de départ, pas une tendance : contrairement aux abeilles ou aux papillons de jour, aucune comparaison avec un état antérieur n'est possible. Les auteurs formulent quatre priorités d'action, protéger, restaurer et reconnecter les habitats, promouvoir des usages du sol durables, réduire les pressions comme la pollution et la lumière nocturne, et renforcer le suivi et la collecte de données dans les régions les moins documentées.
La suite dépendra de dispositifs déjà en place. Le rapport et sa publication compagnon, consacrée au passage de l'évaluation à la planification de la conservation, sont présentés comme une base de preuves pour la stratégie européenne de biodiversité à l'horizon 2030, pour l'initiative sur les pollinisateurs et pour le règlement sur la restauration de la nature. Un dispositif européen de suivi des pollinisateurs doit par ailleurs combler les trous de connaissance. [Le rapport complet](https://op.europa.eu/en/publication-detail/-/publication/2ff7e251-7f58-11f1-bf5e-01aa75ed71a1/language-en) reste, à ce stade, un inventaire : utile pour décider, insuffisant pour agir seul.
Les prochaines étapes se joueront sur le terrain du suivi, espèce par espèce. Ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google permet de ne pas manquer les mises à jour de ces évaluations européennes.
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