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# Achevé en 1970, le haut barrage d'Assouan retient un lac qui perd environ 10 milliards de m³ d'eau par an, l'équivalent du débit de la Seine à Paris
**URL:** https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7757-barrage-assouan-lac-nasser-evaporation/
Date: 2026-09-26
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Le lac Nasser, retenu par le haut barrage d'Assouan depuis 1970, perd environ 10 milliards de m³ par an en évaporation et autres pertes, selon la FAO.
Categories: Énergie et environnement
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/barrage-assouan-lac-nasser-evaporation-scaled.jpg
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Pourquoi le grand réservoir de l'Égypte rend chaque année au ciel une part de l'eau qu'il devait garder, et ce que le barrage a changé en aval, des champs du delta aux temples de Nubie.
En 1973, le phare de Rosette, construit par les Britanniques en 1954 à l'embouchure ouest du Nil, se trouvait encore à environ un kilomètre à l'intérieur des terres. Dix ans plus tard, les photos aériennes le montrent isolé en mer, à quelque 1,4 km du rivage. Entre les deux dates, à 1 000 km plus au sud, le haut barrage d'Assouan avait fermé le fleuve.
Commencé en 1960 et achevé en 1970, l'ouvrage a créé un immense plan d'eau exposé au soleil du désert, qui perd chaque année l'équivalent d'un grand fleuve français, et il a privé le Nil de ce qui fertilisait ses berges.
## Le haut barrage d'Assouan et le lac Nasser en quelques chiffres
Selon [l'observatoire de la Terre de la NASA](https://science.nasa.gov/earth/earth-observatory/aswan-high-dam-85992), le haut barrage d'Assouan est l'un des plus grands barrages en remblai du monde : 3 830 mètres de long et près de 1 000 mètres de large à la base. Il retient 132 km³ d'eau dans le lac Nasser, un réservoir de 550 km de long au rivage très découpé, bien visible depuis la Station spatiale internationale.
Décidé en 1954 selon l'UNESCO, l'ouvrage devait étendre l'irrigation, protéger la vallée des crues et des sécheresses et produire de l'électricité : l'encyclopédie Britannica attribue à ses 12 turbines une capacité de 10 milliards de kilowattheures par an.
## Environ 10 milliards de m³ perdus chaque année, un calcul inscrit dans le traité
Le point le plus étonnant se trouve dans l'accord de 1959 lui-même. Le profil Égypte publié par la FAO dans sa base [AQUASTAT](https://openknowledge.fao.org/server/api/core/bitstreams/040dd3d4-d165-47f6-bbb4-6594ebbb996d/content) explique que le partage a été calculé sur le débit moyen du Nil entre 1900 et 1959, soit 84 000 millions de m³ par an. De ce total, les négociateurs ont retiré d'office les pertes du futur réservoir : l'évaporation et les autres pertes du barrage et du lac Nasser étaient estimées à 10 000 millions de m³ par an, soit 10 milliards de m³.
Il restait 74 000 millions de m³ : 55 500 millions pour l'Égypte et 18 500 millions pour le Soudan. Avant même que le lac ne se remplisse, les deux pays acceptaient donc de perdre chaque année plus de la moitié de la part soudanaise.
Les mesures récentes confirment cet ordre de grandeur. Une étude publiée en 2011 dans l'International Journal of Digital Earth rappelle que l'Égypte perd entre 10 et 20 milliards de m³ par an par évaporation de surface et évapotranspiration autour du lac. À partir de 24 images satellite prises en 2008, ses auteurs estiment les pertes par évaporation entre 12,5 et 16,3 milliards de m³ sur l'année.
Pourquoi autant ? Plusieurs facteurs se cumulent :
- une très grande surface d'eau libre, étirée sur des centaines de kilomètres ;
- un climat hyperaride, chaud et presque sans pluie ;
- la chaleur apportée par le désert voisin, qui augmente encore l'évaporation d'après l'étude de 2011 ;
## Presque le débit annuel de la Seine à Paris
Selon [une fiche du programme de recherche PIREN-Seine](https://www.piren-seine.fr/sites/default/files/piren_documents/fiches_4_pages/Fiche%20PS-Hydrologie_2109.pdf), le débit moyen du fleuve à la station de Paris Austerlitz est de 310 m³ par seconde, avec moins de 100 m³/s en été et plus de 600 m³/s en hiver.
Le grand temple d'Abou Simbel, découpé en blocs puis remonté 64 mètres plus haut pour échapper au lac Nasser. Crédit : Olaf Tausch, Wikimedia Commons, licence CC BY 3.0.
Sur une année entière, 310 m³ par seconde représentent environ 9,8 milliards de m³ (calcul de la rédaction). Les pertes estimées par la FAO pour le lac Nasser correspondent donc, à peu de chose près, à tout ce que la Seine fait passer sous les ponts de Paris en un an.
## Les limons bloqués derrière le mur
L'eau n'est pas la seule chose que le réservoir retient. Chaque été, la crue du Nil charriait des sédiments arrachés aux hauts plateaux d'Éthiopie. Dans une étude de 1988 publiée par le Journal of Coastal Research, le géologue Omran Frihy cite une estimation selon laquelle la charge sédimentaire du Nil est passée d'environ 120 à 140 millions de tonnes par an à des quantités insignifiantes, à cause du haut barrage et des autres aménagements.
Ces limons se déposent désormais au fond du lac, avec deux conséquences en aval :
- dans les champs : d'après la Britannica, environ 1 million de tonnes d'engrais artificiels épandus chaque année compensent mal les 40 millions de tonnes de limon que la crue déposait autrefois ;
- sur le littoral : privé d'apports, le front du delta recule face à la mer.
Sur des photos aériennes de 1955 et 1983, Omran Frihy mesure une érosion maximale de 114 mètres par an à la pointe de Rosette, soit 3,2 km en 28 ans, contre 31 mètres par an au plus sur le promontoire de Damiette. C'est ce recul qui a fini par mettre le phare de Rosette à l'eau.
Ailleurs, les prélèvements soviétiques pour le coton ont eu des effets plus extrêmes encore : [la mer d'Aral s'est vidée et son fond asséché soulève aujourd'hui des tempêtes de poussière](https://lepointdujour.fr/sciences/7745-mer-aral-desert-aralkum-poussieres/).
## Abou Simbel découpé en blocs de 30 tonnes
La montée du lac menaçait aussi un patrimoine millénaire. En 1959, l'Égypte et le Soudan ont demandé l'aide de l'UNESCO. Le 8 mars 1960, l'organisation a lancé la campagne internationale de sauvegarde des monuments de Nubie, qui a duré jusqu'en 1980. Selon le Centre du patrimoine mondial de l'UNESCO, 22 monuments et complexes ont été sauvés par 40 missions techniques venues de cinq continents, pour un coût total de 80 millions de dollars, dont la moitié donnée par une cinquantaine de pays.
Pour les deux temples de Ramsès II à Abou Simbel, le découpage a commencé en novembre 1963, à la scie à fil. Plus d'un millier de blocs d'environ 30 tonnes chacun ont été numérotés, stockés puis remontés dans une falaise artificielle, 64 mètres plus haut et 180 mètres plus loin du fleuve. Le site a été inauguré à son nouvel emplacement le 22 septembre 1968.
Le coût humain est moins connu : d'après la Britannica, 90 000 paysans égyptiens et Nubiens du Soudan ont dû être déplacés.
## Les chiffres clés du barrage
Les principaux ordres de grandeur cités dans cet article :
IndicateurValeurSource
Fin du chantier1970NASA
Eau retenue dans le lac Nasser132 km³NASA
Évaporation et autres pertes du lac10 000 millions de m³ par anFAO, AQUASTAT
Part du Nil attribuée à l'Égypte55 500 millions de m³ par anFAO, AQUASTAT
Débit moyen de la Seine à Paris Austerlitz310 m³ par secondePIREN-Seine
Recul maximal du rivage à Rosette (1955 à 1983)114 m par anFrihy, 1988
## Ce que ces chiffres ne disent pas
L'évaporation du lac Nasser n'est pas une valeur fixe. Elle dépend de la surface en eau, donc du niveau du réservoir, de la chaleur et du vent. Les estimations varient selon les méthodes : 10 milliards de m³ pour l'hypothèse retenue lors du traité, 12,5 à 16,3 milliards selon l'étude satellite de 2011.
Ces pertes doivent aussi être mises en regard des gains : une eau disponible toute l'année, de l'électricité et la fin des crues destructrices.
La bilharziose, souvent citée comme un effet pervers du barrage, illustre bien ces débats. Une revue publiée en 2012 dans le Journal of Advanced Research rappelle que certains chercheurs prévoyaient une forte hausse de cette maladie parasitaire liée à l'irrigation permanente. D'autres travaux, portant sur plus de 15 000 ruraux, n'ont pas trouvé de hausse imputable au barrage.
À une tout autre échelle, retenir l'eau peut aussi se faire sans béton, comme le montrent [des retenues naturelles construites par les castors](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7744-barrages-castors-reserves-eau-secheresse/).
## Questions fréquentes
### Combien d'eau le lac Nasser perd-il chaque année ?
La FAO cite 10 000 millions de m³ par an pour l'évaporation et les autres pertes, soit 10 milliards de m³. Une étude satellite de 2011 avance 12,5 à 16,3 milliards de m³.
### Quand le haut barrage d'Assouan a-t-il été construit ?
Selon la NASA, les travaux ont duré de 1960 à 1970. La décision remonte à 1954, d'après l'UNESCO.
### Pourquoi les agriculteurs égyptiens utilisent-ils plus d'engrais depuis le barrage ?
La crue déposait chaque année des limons fertiles sur les terres de la vallée. Ces sédiments restent désormais piégés dans le lac Nasser, et les engrais artificiels ne remplacent qu'en partie cet apport naturel.
### Le delta du Nil recule-t-il vraiment ?
Oui, par endroits. Une étude de 1988 fondée sur des photos aériennes mesure un recul maximal de 114 mètres par an à la pointe de Rosette entre 1955 et 1983.
### Le temple d'Abou Simbel a-t-il été déplacé ?
Oui. Découpés en plus d'un millier de blocs d'environ 30 tonnes à partir de 1963, les temples de Ramsès II ont été remontés 64 mètres plus haut. Le site a rouvert à son nouvel emplacement le 22 septembre 1968.
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