Dossier : Énergie et environnement › Réseau électrique
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- L’équilibrage européen passe par deux plateformes, PICASSO et MARI
- Ce que veut dire préqualifier un fournisseur d’équilibrage
- Trois chemins d’entrée au lieu d’un seul
- Des règles taillées pour les grosses centrales
- La France n’a rejoint ces plateformes que récemment
- Harmonisé sur le papier, pas encore sur le terrain
Derrière deux noms de code se joue la façon dont l’Europe rattrape, minute après minute, l’écart entre ce qu’elle produit et ce qu’elle consomme.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : la batterie de 240 MWh construite dans la Somme pour rendre service au réseau.
L’équilibrage européen passe par deux plateformes, PICASSO et MARI
Le 22 septembre 2026, l’ACER, l’agence de l’Union européenne qui coordonne les régulateurs nationaux de l’énergie, a approuvé deux propositions des gestionnaires de réseau de transport reçues le 18 décembre 2025. Ses décisions 12/2026 et 13/2026 modifient pour la troisième fois les cadres de mise en oeuvre de PICASSO et de MARI, les deux plateformes européennes d’échange d’énergie d’équilibrage.
Quelques mots méritent d’être posés. Un gestionnaire de réseau de transport, RTE en France, exploite les lignes à très haute tension et doit maintenir en permanence l’égalité entre l’électricité injectée et l’électricité soutirée. Les réserves de restauration de la fréquence sont les capacités qu’il appelle pour ramener la fréquence du réseau à sa valeur normale quand cet équilibre se rompt. PICASSO coordonne celles qui sont activées automatiquement, MARI celles qui le sont manuellement. Ensemble, elles permettent à chaque gestionnaire d’aller chercher ces ressources au-delà de ses propres frontières.
Les deux projets sont anciens. PICASSO, pour Platform for the International Coordination of Automated Frequency Restoration and Stable System Operation, découle de l’article 21 du règlement européen du 23 novembre 2017 sur l’équilibrage. MARI, pour Manually Activated Reserves Initiative, a été lancé en 2017 par 19 gestionnaires de réseau européens, après l’approbation du même règlement le 16 mars 2017, et l’ACER avait fixé le 24 janvier 2020 un délai de trente mois pour sa mise en place. Cette coordination compte d’autant plus que la production varie davantage qu’avant, alors que les renouvelables ont fourni 54,1 % de l’électricité de l’Union au printemps 2026.
Ce que veut dire préqualifier un fournisseur d’équilibrage
Un fournisseur de services d’équilibrage est l’acteur qui vend cette énergie au gestionnaire de réseau. Avant de pouvoir le faire, il passe par une préqualification, la procédure qui vérifie qu’une unité de production ou de consommation respecte les exigences techniques et opérationnelles de la plateforme. Sans ce feu vert, aucune offre n’est recevable.
Or cette procédure n’est pas la même d’un pays à l’autre, ce qui complique la vie des acteurs présents dans plusieurs États. Les gestionnaires de réseau proposaient donc de l’harmoniser davantage, et d’installer au passage un processus commun pour faire évoluer ensemble les règles des deux plateformes.
Trois chemins d’entrée au lieu d’un seul
L’agence a validé les propositions en les amendant. Le changement le plus concret tient en trois options de préqualification : le test d’activation, la vérification a posteriori et une procédure accélérée. Les deux dernières ouvrent un accès plus rapide et plus simple, parce que le service est surveillé pendant son exploitation au lieu d’être éprouvé en amont. Chaque gestionnaire pourra retenir une, deux ou les trois options, sous réserve de l’accord de son régulateur national.

L’ACER a aussi ajouté des exigences sur le changement de fournisseur, sur la nouvelle préqualification d’une unité, sur la fin d’une préqualification et sur l’échange de données. Elle reconnaît toutefois que l’expérience reste limitée : une partie des exigences continuera d’être fixée au niveau national, l’harmonisation devant progresser à mesure que les gestionnaires accumulent de la pratique.
Des règles taillées pour les grosses centrales
Le point le plus intéressant se lit en creux. L’agence a simplifié la préqualification des petits participants au motif que les procédures existantes avaient été conçues autour des grands moyens de production conventionnels. Elle les a adaptées pour que tout acteur capable de rendre un service d’équilibrage sûr et fiable puisse entrer sur ce marché, et pour améliorer la liquidité, c’est-à-dire le nombre d’offres disponibles à chaque instant.
Pour que l’alignement ne s’arrête pas là, l’ACER impose un rendez-vous régulier : tous les deux ans, les gestionnaires devront interroger les acteurs du marché pour repérer les points sur lesquels les conditions divergent encore d’un pays à l’autre, puis élaborer une proposition commune et la soumettre à consultation publique. La question suivante est celle du réseau lui-même, et des experts ont détaillé le défi que lui pose l’essor des panneaux solaires.
La France n’a rejoint ces plateformes que récemment
PICASSO est entrée en service le 1er juin 2022, avec les gestionnaires allemands et autrichien. RTE n’y a accédé que le 4 avril 2025. MARI a démarré le 5 octobre 2022 avec quatre gestionnaires allemands et le tchèque ČEPS, et RTE l’a rejointe le 16 avril 2026. La plateforme manuelle comptait 29 gestionnaires membres en juillet 2026, le slovène ELES étant le dernier arrivé sur les deux plateformes, en juillet. Ce déploiement lent explique pourquoi une décision technique de préqualification pèse autant sur l’accès réel au marché, y compris pour les moyens flexibles comme les projets censés fournir du courant jour et nuit. Le calendrier de ces deux plateformes tient en quelques dates :
| Étape | Date | Ce qui change |
|---|---|---|
| Règlement européen sur l’équilibrage | 23 novembre 2017 | Fonde les deux plateformes, dont PICASSO par son article 21 |
| Décision de l’ACER sur le cadre de MARI | 24 janvier 2020 | Fixe un délai de trente mois pour la mise en oeuvre |
| Mise en service de PICASSO | 1er juin 2022 | Premiers échanges automatiques, gestionnaires allemands et autrichien |
| Mise en service de MARI | 5 octobre 2022 | Quatre gestionnaires allemands et le tchèque ČEPS |
| Arrivée de RTE | 4 avril 2025 puis 16 avril 2026 | La France rejoint PICASSO, puis MARI |
| Décisions 12/2026 et 13/2026 | 22 septembre 2026 | Trois voies de préqualification et un accès simplifié pour les petits acteurs |
Harmonisé sur le papier, pas encore sur le terrain
Il faut se garder de conclure trop vite. La décision ne change rien dans l’immédiat : les gestionnaires disposent de six mois pour soumettre à leur régulateur national une proposition alignant les conditions nationales sur les nouvelles exigences, puis de vingt-quatre mois pour appliquer la préqualification harmonisée une fois cette proposition approuvée. Le nouveau régime ne sera donc pleinement opérationnel qu’à la fin de la décennie.
Le texte ne dit rien non plus des volumes échangés sur chacune des deux plateformes, ni de l’effet attendu sur le nombre de participants. Le détail des règles se trouve dans les documents publiés par ENTSO-E, l’association des gestionnaires de réseau européens, pour la plateforme automatique comme pour la plateforme manuelle. L’enjeu, lui, reste net : rendre accessible à des acteurs plus petits un marché bâti pour des centrales de grande taille.
Pour suivre l’arrivée des prochains gestionnaires sur ces plateformes et les décisions à venir de l’ACER, ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google reste le geste le plus simple.
Crédit photo © LePointDuJour

