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# Le stock d'uranium appauvri français doit atteindre 569 000 tonnes en 2040, et l'ASNR veut en requalifier une part substantielle en déchet

**URL:** https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7544-uranium-appauvri-requalification-dechet/
Date: 2026-09-20
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: Dans un avis publié le 16 septembre, l'ASNR prévient aussi que les piscines de La Hague pourraient saturer vers 2040, sans marge sur le calendrier.
Categories: Énergie et environnement
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/05-uranium-appauvri-requalification-dechet-scaled.jpg
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Derrière ce débat de vocabulaire entre matière et déchet se joue une question très concrète : qui assumera, et à partir de quand, la garde de ces substances pendant des siècles.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [le gisement de 30 millions de tonnes d'uranium repéré dans le désert d'Ordos](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/1717-une-decouverte-colossale-30-millions-de-tonnes-d-uranium-dans-le-desert-d-ordos-10052025/).

## Uranium appauvri : l'ASNR veut en classer une part substantielle comme déchet
Le 16 septembre 2026, l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a rendu public un avis adopté le 10 septembre par son collège. Le texte porte sur la gestion des matières radioactives françaises et prépare le sixième Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs, le PNGMDR, qui fixe tous les cinq ans la feuille de route du pays dans ce domaine.

Sa conclusion la plus nette concerne l'**uranium appauvri**. Pour fabriquer le combustible des centrales, l'uranium doit être enrichi, et l'opération laisse derrière elle un résidu : l'uranium appauvri. Le gendarme du nucléaire juge « indispensable » qu'une quantité substantielle de ce stock soit requalifiée « dès à présent » en déchet radioactif. Il demande aussi que l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, l'Andra, intègre dès maintenant une part de cet uranium dans les inventaires de ses projets de stockage.

Les volumes en jeu sont considérables. Selon l'inventaire national de l'Andra cité dans [l'annonce de l'ASNR](https://www.asnr.fr/actualites/dans-le-cadre-de-la-preparation-du-6e-pngmdr-lasnr-rend-son-avis-sur-la-gestion-des), le stock atteignait **352 000 tonnes de métal lourd fin 2024**, une unité qui ne compte que la masse de l'uranium lui-même. Il devrait passer à 471 000 tonnes en 2030, puis à 569 000 tonnes en 2040. Pour se représenter la masse actuelle, elle équivaut à environ 35 fois celle de la tour Eiffel.

## Matière ou déchet : une frontière qui décide de qui paie
La distinction peut sembler administrative. Elle ne l'est pas. Le code de l'environnement définit une matière radioactive comme une substance dont une utilisation ultérieure est prévue ou envisagée. Un déchet, au contraire, est une substance pour laquelle aucune utilisation n'est prévue, ou que l'État a requalifiée comme telle.

Or le classement change tout pour le propriétaire. Tant qu'une substance reste une matière, elle a en théorie une valeur future. Dès qu'elle devient un déchet, l'exploitant nucléaire doit constituer des provisions financières pour sa gestion future. L'ASNR rappelle que confier pour des périodes très longues des matières à la valorisation incertaine à des entreprises privées, dont la pérennité ne peut être garantie sur les mêmes durées, présente « un risque important ».

Pour trancher, l'autorité propose deux repères chiffrés. Une valorisation est plausible si une filière industrielle est réaliste à un horizon d'une trentaine d'années. Si aucune perspective n'apparaît à l'horizon d'une centaine d'années, la question de la requalification se pose, et une décision devrait alors être prise pendant la durée du prochain plan. Autrement dit, l'ASNR ne veut plus que des stocks restent indéfiniment dans une catégorie d'attente. Précision importante : la requalification est réversible, et aucune n'a été décidée à ce jour.

## La Hague, des piscines sans marge avant 2040
L'avis consacre une large place à un second sujet, plus immédiat : l'entreposage des combustibles usés, c'est-à-dire le combustible qui a déjà servi dans les réacteurs. En France, ils sont refroidis dans les piscines du site d'Orano à La Hague, dans la Manche, avant un éventuel retraitement.

![Piscine d'entreposage de combustible usé dans le bâtiment d'une centrale nucléaire, avec passerelles et garde-corps au bord de l'eau](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/05-uranium-appauvri-requalification-dechet-photo2.jpg)La piscine d'entreposage du combustible usé de la centrale italienne de Caorso, photographiée en 2005 : le même principe de refroidissement sous l'eau est utilisé à La Hague. Crédit : Simone Ramella, Wikimedia Commons, licence CC BY 2.0Le projet de nouvelle piscine centralisée que portait EDF a été abandonné au profit d'un autre projet, toujours à La Hague mais sous la maîtrise d'Orano, validé par l'État en mars 2025. Ces nouvelles capacités doivent entrer en service **vers 2040**. Problème : c'est précisément l'échéance à laquelle les capacités actuelles pourraient saturer, si les réacteurs de 900 mégawatts d'EDF fonctionnent au-delà de 50 ans. L'ASNR relève que ce calendrier « ne présente pas de marge ».

Orano dispose d'une parade, baptisée densification. Elle consiste à remplacer les paniers qui rangent le combustible dans les piscines par des modèles plus compacts. Autorisée en décembre 2024 et déployée depuis 2025, elle crée des places supplémentaires. L'ASNR insiste toutefois : cette réserve doit servir uniquement en cas d'aléa majeur sur les usines, et jamais pour le fonctionnement courant.

## Un stock qui ne cessera pas de grossir
Pourquoi un tel durcissement sur l'uranium appauvri ? Parce que les chiffres ne laissent guère de place au doute. Le stock augmente d'environ 10 000 tonnes par an, au rythme de l'enrichissement nécessaire au parc nucléaire. En face, sa seule réutilisation actuelle, dans le combustible MOX, en consomme moins de 200 tonnes par an.

Les autres pistes ne changent pas l'équation. Enrichir à nouveau cet uranium produirait d'autres stocks appauvris en quantités proches. Même un parc composé uniquement de réacteurs à neutrons rapides, capables de consommer cet uranium, ne ferait pas baisser le stock, qui représenterait alors l'équivalent de plusieurs millénaires de fonctionnement. Quant aux usages hors électricité, comme les protections contre les rayonnements, les catalyseurs ou les batteries, ils demandent encore d'importants efforts de recherche aux débouchés incertains.

Pendant ce temps, Orano envisage de construire **8 bâtiments à Bessines-sur-Gartempe**, en Haute-Vienne, pour entreposer environ 352 000 tonnes de ce résidu d'ici 2039. Entreposer, c'est aussi manipuler et surveiller pendant des décennies. D'où la question suivante, celle des machines qui travaillent en milieu radioactif : lire aussi comment [un robot humanoïde français prend les risques du nucléaire à la place des humains](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/6448-robot-humanoide-en-france-prend-les-risques-du-nucleaire-a-la-place-des-humains/).

## Plutonium, thorium, uranium de retraitement : l'inventaire complet
L'uranium appauvri n'est pas la seule substance examinée. L'avis passe en revue les plans remis par EDF, Orano, le CEA et Solvay pour chaque matière. Le thorium, entreposé depuis la fin des années 1970 à La Rochelle, Bessines-sur-Gartempe, Tricastin et Cadarache, fait l'objet du même verdict : l'ASNR estime que tout ou partie de ces substances devraient être requalifiées en déchets. Pour le plutonium séparé, dont le stock d'EDF reste stable, elle demande à Orano et EDF d'être plus précis sur les pistes de recyclage.

Les principaux stocks cités dans l'avis se résument ainsi :

SubstanceStock connuÉvolution prévuePosition de l'ASNRUranium appauvri352 000 t (fin 2024)569 000 t en 2040Requalifier une quantité substantielleUranium de retraitement34 900 t (fin 2021)17 700 t en 2040Stratégies à préciserThorium8 510 t (fin 2024)7 540 t fin 2040Requalifier tout ou partieCombustibles usés MOXEn hausse d'environ 100 t par anJusqu'à 5 000 t en 2050Études à consoliderCombustibles usés à l'uranium enrichiEnviron 11 000 t entreposéesRelativement stableClassement en matière pertinentL'uranium de retraitement fait exception, avec un stock en baisse. EDF vise à écouler le sien d'ici 2050 en rechargeant ce combustible recyclé dans les quatre réacteurs de 900 mégawatts de Cruas, et, en projet, dans plusieurs réacteurs de 1 300 mégawatts. Un second avis publié le même jour, consacré aux déchets, n'oublie pas la fusion : il recommande qu'ITER définisse une stratégie claire et opérationnelle pour les déchets tritiés que produira son réacteur, dont [les couvertures censées fabriquer le tritium](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7436-iter-tritium-couvertures-fertiles/) ont été validées cet été.

## Un avis ferme, mais pas encore une décision
Il faut mesurer la portée exacte du texte. L'ASNR rend un avis : la requalification d'une matière en déchet relève de l'autorité administrative, donc de l'État, qui arbitrera dans le cadre du prochain plan national. Le débat public sur le plan 2027-2031 a déjà eu lieu, et ses conclusions figurent parmi les documents visés par l'avis.

Plusieurs inconnues demeurent. Aucun volume précis n'est avancé pour la part d'uranium appauvri à requalifier. Aucun site de stockage n'est prêt à le recevoir : l'étude de l'Andra sur un stockage peu profond dans l'argile de Vendeuvre-Soulaines, dans l'Aube, ne l'intégrait pas, faute de classement en déchet. Et le calendrier de La Hague reste tendu, sans droit à l'erreur jusqu'en 2040. Le détail figure dans [l'avis n° 2026-AV-033 publié au bulletin officiel de l'ASNR](https://reglementation-controle.asnr.fr/reglementation/bulletin-officiel-de-l-asnr/installations-nucleaires/avis/avis-no-2026-av-033-de-l-asnr-du-10-septembre-2026).

Pour suivre l'arbitrage de l'État sur ces stocks et le chantier des futures installations de La Hague, il suffit d'ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google.

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