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# Les calottes glaciaires du Groenland et de l'Antarctique ont perdu 11 300 milliards de tonnes depuis 1979, surtout par des glaciers qui accélèrent
**URL:** https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7504-calottes-groenland-antarctique-glace-perdue/
Date: 2026-09-19
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: L'étude IMBIE, publiée le 16 septembre dans Scientific Data, attribue 3,14 cm de hausse des mers entre 1979 et 2023 à la fonte des deux calottes.
Categories: Énergie et environnement
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/05-calottes-groenland-antarctique-glace-perdue-scaled.jpg
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Derrière ce total vertigineux se cache surtout un changement de mécanisme, qui compte davantage pour l'avenir des côtes que la fonte visible chaque été.
Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [pourquoi la montée de la mer ne frappe pas toutes les côtes au même rythme](https://lepointdujour.fr/actualite/6559-montee-du-niveau-de-la-mer-certaines-regions-paient-deja-le-prix-fort-le-rythme-varie-fortement-selon-les-cotes/).
## Les calottes glaciaires ont perdu plus de 11 000 milliards de tonnes en 45 ans
Le 16 septembre 2026, la revue Scientific Data, du groupe Nature, a publié le bilan le plus long jamais dressé de l'état des deux grandes **calottes glaciaires** de la planète, celles du Groenland et de l'Antarctique. Une calotte, ou inlandsis, est un immense dôme de glace posé sur une terre, qui s'écoule lentement vers la mer sous son propre poids.
Le verdict tient en un chiffre : entre 1979 et 2023, les deux calottes ont perdu **11 309 milliards de tonnes de glace**, avec une marge d'incertitude de 565 milliards de tonnes. Cette eau, arrivée dans l'océan, a fait monter le niveau moyen des mers de 3,14 centimètres. Rapporté à ces 45 années, cela représente en moyenne un peu plus de 250 milliards de tonnes par an.
Ce travail est celui d'IMBIE, l'exercice international d'intercomparaison du bilan de masse des calottes, soutenu par l'Agence spatiale européenne et la NASA. L'article compte 58 auteurs, parmi lesquels des chercheurs de l'Institut des géosciences de l'environnement de Grenoble et du Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement, à Gif-sur-Yvette. Selon [l'annonce de l'ESA](https://www.esa.int/Applications/Observing_the_Earth/FutureEO/Faster-flowing_glaciers_fuel_decades_of_polar_ice_loss), le Groenland et l'Antarctique réunis pèsent aujourd'hui environ un quart de la hausse mondiale du niveau des mers.
## La glace part surtout par la mer, pas par la fonte
Le résultat le plus frappant ne porte pas sur le volume, mais sur la manière dont la glace disparaît. Sur l'ensemble des pertes, **84 % viennent de glaciers qui accélèrent** et déversent davantage de glace dans l'océan. La fonte à la surface des calottes, celle qu'on imagine spontanément, n'explique que les 16 % restants.
Le front du glacier Jakobshavn, dans l'ouest du Groenland, photographié depuis un avion de la NASA le 21 avril 2012 : c'est par ces glaciers émissaires que part l'essentiel de la glace perdue. Crédit : NASA/GSFC/Jefferson Beck (domaine public)Pour comprendre, il faut voir une calotte comme un réservoir qui se vide par des tuyaux. Ces tuyaux sont les glaciers émissaires, des fleuves de glace qui drainent l'intérieur du continent vers la côte. Quand l'océan qui les baigne se réchauffe, il attaque la glace à leur contact et ces glaciers se mettent à couler plus vite. Les scientifiques parlent de déséquilibre dynamique : la calotte perd plus de glace par ses glaciers qu'elle n'en reçoit sous forme de neige.
« Plus des quatre cinquièmes de la glace perdue ont été évacués vers l'océan par des glaciers plus rapides, plutôt que fondus en surface », résume Inès Otosaka, chercheuse à l'université de Northumbria, au Royaume-Uni, qui a dirigé l'étude. Pour elle, cela montre que la tendance de long terme est pilotée par la réponse des calottes à un océan qui se réchauffe.
## Un demi-siècle reconstitué avec 27 missions satellites
Mesurer la glace d'un continent entier n'a rien de simple. Certains satellites portent des altimètres, qui suivent la hauteur de la surface. D'autres mesurent le champ de gravité de la Terre, sensible aux variations de la masse de glace. D'autres encore, radars ou optiques, suivent la vitesse d'écoulement des glaciers. Chaque méthode a ses biais, et les instruments ont beaucoup changé en cinquante ans.
L'équipe a donc confronté et combiné **42 estimations indépendantes**, tirées de 27 missions satellites, parmi lesquelles CryoSat, la mission glace de l'ESA, les Sentinel du programme européen Copernicus, les missions germano-américaines Grace et les premiers Landsat. Le bilan de masse, c'est-à-dire la différence entre la neige qui s'accumule et la glace qui s'en va, remonte ainsi à 1972 pour le Groenland et à 1979 pour l'Antarctique. Des modèles climatiques régionaux ont ensuite servi à séparer la part de la surface et celle des glaciers, comme le détaille [l'article publié dans Scientific Data](https://www.nature.com/articles/s41597-026-08088-0).
## Deux calottes, deux trajectoires
Le Groenland était proche de l'équilibre dans les années 1970 : il gagnait à peu près autant de glace qu'il en perdait. Sa perte annuelle est ensuite passée d'environ 60 milliards de tonnes dans les années 1980 à 264 milliards de tonnes dans les années 2010, une décennie marquée par plusieurs étés de fonte extrême. L'Antarctique a suivi une pente comparable, d'environ 48 à 202 milliards de tonnes par an sur la même période.
Les principaux chiffres de l'étude IMBIE :
IndicateurGroenlandAntarctiqueDébut de la série satellite19721979Perte annuelle dans les années 1980Environ 60 milliards de tonnesEnviron 48 milliards de tonnesPerte annuelle dans les années 2010264 milliards de tonnes202 milliards de tonnesHausse des mers de 1979 à 20231,81 cm1,33 cmPrincipal moteur des pertesFonte en surface et glaciers plus rapidesOcéan et glaciers plus rapides uniquementLa différence entre les deux tient au climat de surface. Au Groenland, les étés chauds jouent un rôle. En Antarctique, en revanche, la perte nette s'explique entièrement par la fonte venue de l'océan et l'accélération des glaciers émissaires. Dans l'Antarctique de l'Ouest, les rejets de glace ont augmenté à chaque décennie de la série, tirés en particulier par les glaciers de Pine Island et de Thwaites.
## Trois centimètres qui pèsent plus lourd qu'il n'y paraît
Trois centimètres, cela paraît peu. Andrew Shepherd, lui aussi de l'université de Northumbria et fondateur d'IMBIE, prévient pourtant que cette hausse expose six à neuf millions de personnes de plus aux inondations côtières et à l'érosion. Autrement dit, même une hausse modeste se traduit en millions d'habitants concernés sur les littoraux bas.
Surtout, les calottes restent la plus grande source d'incertitude des projections. Selon l'ESA, les estimations hautes de la hausse du niveau des mers à l'horizon 2150 sont multipliées par 2,6 lorsqu'on tient compte du risque d'instabilité des calottes. D'où l'intérêt d'une série longue et cohérente : elle sert aussi à tester les modèles qui prévoient les pertes futures. L'ESA prépare la suite avec deux missions, CRISTAL et ROSE-L, présentées comme essentielles pour prolonger ce suivi. L'Europe applique la même logique d'observation continue à la végétation, avec [les satellites FLEX et Sentinel-3C lancés cette semaine depuis la Guyane](https://lepointdujour.fr/sciences/7432-flex-sentinel-3c-fluorescence-vegetation/).
## Un ralentissement récent qui ne renverse pas la tendance
Un détail pourrait prêter à confusion. Entre 2020 et 2023, les pertes globales ont ralenti. En Antarctique de l'Est, des chutes de neige inhabituellement fortes ont ajouté assez de glace pour compenser une partie des pertes ailleurs. Au Groenland, une série d'étés relativement doux a réduit la fonte de surface, qui a été environ divisée par deux.
Les chercheurs y voient une variation de court terme, pas une inversion. Les calottes restent en perte nette, et les caprices d'une année sur l'autre, qu'il s'agisse de neige, de température ou de vitesse des glaciers, peuvent masquer un moment la tendance de fond. Il faut aussi garder en tête ce que l'étude mesure et ce qu'elle ne mesure pas : le total de 11 309 milliards de tonnes est une estimation assortie d'une marge, la répartition entre surface et glaciers repose sur des modèles, et la série s'arrête en 2023. Les mécanismes qui accélèrent les glaciers, comme [ces vagues internes qui brassent l'eau sous les glaciers du Groenland](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/6354-vagues-fantomes-sous-les-glaciers-du-groenland-hautes-comme-un-gratte-ciel-elles-accelerent-la-fonte/), restent d'ailleurs un champ de recherche actif.
Pour suivre les prochains bilans des calottes polaires, il suffit d'ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google.
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