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# Seine : un orage a presque doublé les métaux dans l'eau à Rouen, l'Ifremer veut mieux surveiller l'estuaire

**URL:** https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7471-seine-orages-crues-contaminants/
Date: 2026-09-18
Author: Christophe Cohen
Post Type: post
Summary: L'étude TARANIS de l'Ifremer et de l'université de Reims a suivi dix campagnes en 2023 et 2024 : orages et crues dopent métaux, pesticides et résidus.
Categories: Énergie et environnement
Featured Image: https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/06-seine-orages-crues-contaminants-scaled.jpg
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Pour mesurer ce que la pluie charrie vraiment vers la mer, les chercheurs ont dû sortir sous l'orage, et leurs résultats bousculent la façon dont on contrôle la qualité d'un fleuve.

Pour aller plus loin, lire notre article dédié : [ces résidus de pesticides qui persistent dans les sols et les rivières](https://lepointdujour.fr/actualite/6401-pesticides-des-residus-fantomes-polluent-sols-et-rivieres-en-france-pendant-des-decennies/).

## Dans l'estuaire de la Seine, orages et crues remobilisent la pollution
Le 17 septembre 2026, l'Ifremer a présenté les conclusions du projet TARANIS, conduit pendant deux ans avec l'université de Reims Champagne-Ardenne. Ce rapport de recherche de 111 pages s'inscrit dans le programme Seine-Aval, porté et financé par le groupement d'intérêt public du même nom.

Son principal enseignement tient en une phrase : les fortes pluies et les crues révèlent et remettent en circulation la pollution chimique déjà présente dans l'**estuaire de la Seine**. Ces épisodes favorisent le transfert de nombreux contaminants depuis le bassin versant, c'est-à-dire l'ensemble des terres dont les eaux s'écoulent vers le fleuve, avec des effets mesurables sur la qualité de l'eau et sur les organismes aquatiques.

« Dans ce contexte déjà dégradé, les événements météorologiques intenses constituent un facteur aggravant », résume Florence Menet, chercheuse à l'Ifremer et responsable scientifique du projet, dans [le communiqué de l'institut](https://www.ifremer.fr/fr/presse/dans-l-estuaire-de-la-seine-les-orages-et-les-crues-accentuent-ponctuellement-la).

## Des moules zébrées envoyées en sentinelles
L'estuaire est la partie aval du fleuve soumise à la marée. Pour la Seine, il s'étend sur 170 kilomètres, du barrage de Poses, dans l'Eure, jusqu'à la baie de Seine, selon [la fiche du projet publiée par le GIP Seine-Aval](https://www.seine-aval.fr/projet/taranis/). Dix campagnes de terrain y ont été menées en 2023 et 2024, de Poses à la mer pendant les crues, avec un zoom sur l'agglomération rouennaise pour les orages.

![Grappe de moules zébrées aux coquilles rayées brun et crème, fixées sur une plus grande coquille au bord de l'eau](https://lepointdujour.fr/wp-content/uploads/2026/09/06-seine-orages-crues-contaminants-photo2.jpg)Des moules zébrées, ou dreissènes : ces coquillages d'eau douce filtrent l'eau et accumulent les contaminants qu'elle transporte. Crédit : Holger Krisp, via Wikimedia Commons, licence CC BY 4.0La difficulté tient au moment. Un pic de pollution dure peu, et un prélèvement programmé à date fixe peut le manquer. Les équipes ont donc déclenché leurs mesures au moment même des orages et des crues, en combinant trois outils. Des échantillonneurs passifs, plongés dans l'eau, captent les niveaux moyens de contamination. Des moules zébrées, ou dreissènes, servent d'organismes sentinelles : en filtrant l'eau, elles accumulent ce qu'elle contient, ce qui permet de mesurer la bioaccumulation, la contamination virale d'origine fécale et des signes de toxicité. Enfin, des pièges à particules recueillent les matières en suspension.

Au total, plus de 200 pesticides et 90 substances pharmaceutiques ont été recherchés, ainsi que des métaux traces, des HAP, les hydrocarbures aromatiques polycycliques issus notamment des combustions, et des PCB, d'anciens composés industriels chlorés.

## Un fleuve plus propre qu'avant, mais pas encore sain
L'étude ne décrit pas une Seine en chute libre. Depuis 40 ans, la qualité de son eau s'est améliorée, grâce au meilleur traitement des eaux usées et à la baisse des rejets industriels, urbains et agricoles. Mais la contamination chimique tend désormais à se stabiliser à des niveaux jugés trop élevés pour garantir un bon état écologique.

Métaux, HAP, PCB, pesticides, résidus de médicaments, PFAS, des composés fluorés très persistants, microplastiques et contaminants microbiologiques coexistent dans le milieu. Sur ce fond chronique viennent se greffer des pics. Certains sont imprévisibles, comme un accident industriel. D'autres reviennent chaque année avec la météo : ce sont eux que TARANIS a voulu mesurer.

## L'orage frappe fort, la crue plus diffusément
Lors du premier orage suivi dans la boucle de Rouen, en juin 2023, les concentrations cumulées de huit métaux traces, dont le cadmium, le cuivre, le plomb et le zinc, ont atteint près de **40 microgrammes par litre**. C'est presque le double du niveau ambiant mesuré quelques semaines plus tard. Un microgramme représente un millionième de gramme.

Surprise à Val-des-Leux, station la plus en aval du secteur étudié et pourtant peu urbanisée : cadmium, cuivre, nickel et zinc y étaient jusqu'à cinq fois plus élevés qu'à Petit-Couronne. Les chercheurs avancent comme explication possible le lessivage des sols industriels et agricoles du secteur.

Les pesticides suivent la même pente. Sur 227 molécules recherchées dans l'eau, 84 ont été quantifiées, c'est-à-dire mesurées avec une concentration précise. Après les orages, les concentrations cumulées de certaines familles ont grimpé de 36 % à 98 % selon les stations. Pendant les crues de novembre à avril, le chlortoluron, un herbicide encore autorisé, a été multiplié par 30 et a franchi sa valeur de référence environnementale, le seuil au-delà duquel un impact sur le milieu est attendu.

Les principaux écarts relevés par l'équipe :

MesureLieu ou périodeRésultatMétaux traces cumulésBoucle de Rouen, orage de juin 2023Près de 40 µg/L, presque le double du niveau ambiantPesticides quantifiésEau de l'estuaire84 sur 227 recherchésPesticides cumulésAprès les oragesDe +36 % à +98 % selon les stationsChlortoluronCrues de novembre à avrilMultiplié par 30, seuil dépasséBactériophages fécaux dans les moulesStation de Rouen, après l'orage de 2023Jusqu'à 200 UFP/g, dix fois plus qu'à AmfrevilleCôté médicaments, 60 des 92 molécules recherchées ont été quantifiées. À Petit-Couronne, un orage a fait bondir le kétoprofène jusqu'à 45 fois son niveau de la campagne suivante. Les moules ont aussi enregistré à Rouen un pic de bactériophages ARN-F spécifiques, des virus qui infectent les bactéries et trahissent une pollution fécale. L'unité UFP compte les particules virales infectieuses. Le signal disparaît presque en aval, à Val-des-Leux, ce qui pointe les rejets d'eaux pluviales urbaines. Dans les jours suivant les orages, des dommages sur l'ADN des moules ont été observés près de l'agglomération.

## Des polluants interdits depuis des décennies toujours là
L'estuaire garde la mémoire de son passé. L'équipe a retrouvé des PCB et des pesticides historiques interdits depuis plus de 20 ans. Ces polluants persistants se dégradent très lentement, restent stockés dans les sols et les sédiments pendant des décennies et continuent de circuler. Dans les particules en suspension, sept métaux dépassent leurs valeurs de référence, dont le mercure et le plomb, ainsi que 10 HAP, 5 PCB et le TBT, un composé autrefois utilisé dans les peintures antisalissures des bateaux.

En comparant les mesures à ces seuils, les chercheurs ont dressé une liste de substances à suivre en priorité : des pesticides aujourd'hui non approuvés comme le fipronil et l'imidaclopride, des herbicides autorisés, des fongicides, deux substances pharmaceutiques et un dérivé de l'atrazine. Le glyphosate et l'AMPA, sa molécule de dégradation, dépassent systématiquement leur seuil lors des orages, avec des concentrations qui peuvent presque tripler. Le lien entre pluies et pollution rejoint une tendance de fond, alors que [l'Europe de l'Ouest vient de battre ses records de chaleur](https://lepointdujour.fr/energie-environnement/7399-copernicus-record-chaleur-europe-ouest/).

## Des pics bien mesurés, une surveillance encore à inventer
Plusieurs limites s'imposent. Les hausses les plus fortes sont comparées à une campagne ultérieure ou au niveau ambiant du moment, sur une zone et une période précises : elles décrivent des pics, pas une moyenne annuelle. L'explication avancée pour Val-des-Leux reste une hypothèse. Et les seuils cités sont des valeurs de référence pour le milieu aquatique.

La portée de l'étude est surtout méthodologique. Selon [la version PDF du communiqué de l'Ifremer](https://www.ifremer.fr/sites/default/files/2026-09/communique_orages_et_crues_pollution_estuaire_de_la_seine_1.pdf), les résultats plaident pour faire évoluer la surveillance et la liste des substances suivies au titre de la directive-cadre européenne sur l'eau, qui fixe les polluants prioritaires. Rien n'est encore décidé. Quant à l'intensification des épisodes extrêmes, l'institut la présente comme une évolution attendue avec le changement climatique, sans la chiffrer pour la Seine.

Ajouter Le Point du Jour à ses sources préférées sur Google permet de suivre la façon dont ces recommandations seront, ou non, reprises dans la surveillance des fleuves français.

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